vendredi 16 octobre 2009

29ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



1ère lecture : Isaïe 53, 10 – 11
2ème lecture : Lettre aux Hébreux 4, 14 – 16
Evangile : Saint Marc 10, 35 – 45



Pour bien comprendre la page d'évangile que nous venons d'entendre, il me semble opportun de rappeler dans quel contexte il se situe. Jésus monte avec ses disciples vers Jérusalem. Il vient d'annoncer à Ses compagnons de route le sort qui Lui est réservé dans la Ville Sainte. Il va être livré aux grands-prêtres et aux scribes qui Le condamneront à mort, Le tueront... et trois jours après Il ressuscitera. Ces déclarations du Maître laissent les apôtres perplexes. Ils ont comme l'impression qu'effectivement ils vont être témoins de grands événements et qu'il est sans doute opportun de tirer des plans, combien humains et intéressés, certes, sur leur propre avenir. C'est tout le sens de la démarche vraiment intempestive de deux d'entre eux, Jacques et Jean.
Ces deux apôtres occupaient une place de choix dans le collège apostolique. Le Seigneur les avait appelés parmi les premiers, et ils faisaient partie avec Pierre de Ses plus proches familiers. N'avaient-ils pas été les témoins privilégiés de la résurrection de la fille de Jaïre et de la Transfiguration ? Bientôt, ils seront aussi témoins de l'agonie de Jésus à Gethsémani. Y a-t-il beaucoup d'apôtres qui puissent revendiquer pareil honneur ? On comprend mieux dès lors, que les fils de Zébédée se soient prévalus naïvement de ces titres, pour obtenir du Maître, quelque situation enviable dans le futur "Royaume".

A la différence de St.Marc dont nous venons de lire le récit évangélique, St.Matthieu nous signale que c'est la mère elle-même qui a pris les devants; une telle démarche ne relevait-elle pas de ses prérogatives maternelles ? Mais les deux fils étaient là pour manifester leur accord et appuyer sa demande. Elle aborde Jésus avec discrétion et habileté, n'exprimant pas d'emblée l'objet de sa requête, tablant tout simplement sur la délicatesse coutumière du Maître. Mais Celui-ci l'amène à parler clair:"Que veux-tu?" lui dit-Il." Ordonne, répond-elle, que dans ton Royaume, mes deux fils que voici siègent l'un à ta droite et l'autre à ta gauche". La supplique, vraiment inattendue, ne manque ni d'outrecuidance ni de vanité, car, outre l'honneur, se trouve sollicitée une étroite participation à l'autorité du futur Roi !
Jésus, toutefois, connaissant les dispositions intimes et au fond généreuses, de Ses quémandeurs, ne s'offusque pas. "Vous ne savez pas, se contente-t-Il de leur dire, vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?" Allusion évidente, étant donné la signification du mot "coupe" dans l'Ancien Testament, aux souffrances et à la crucifixion qui, bientôt, telle une eau baptismale, vont submerger le Maître.
Alors, avec une tranquille et inconsciente assurance, où ne manque pas, toutefois, un réel attachement au Christ plus fort que toute épreuve, les deux disciples n'hésitent pas à répondre affirmativement. Ils se montrent plus généreux, somme toute, que Pierre lui-même, entendant pour la première fois l'annonce de la Passion et la repoussant avec force:"A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne t'arrivera pas!".
Devant Jacques et Jean ainsi résolus, Jésus connaissant l'avenir et assuré de la grâce de Dieu qui ne manquera pas en temps voulu à ses deux interlocuteurs, Jésus, de leur répondre:"Oui, la coupe que je vais boire, vous la boirez", vous serez plongés, vous aussi, dans les grandes eaux de la souffrance et de la mort. Mais quant au rôle que vous aurez à jouer dans mon Royaume, cela dépend de la volonté du Père dont je ne suis que l'humble serviteur: Siéger à ma droite et à ma gauche, ce sera donné à ceux pour qui mon Père l'a préparé". Cette dernière précision est de St.Matthieu. Au fond, c'est une leçon d'abandon filial à Dieu que Jésus tient à donner à Ses apôtres et qu'ils se doivent de retenir avant tout pour leur comportement personnel.
En fait, Jacques sera le premier membre du Collège apostolique à recevoir la palme du martyre: il sera décapité vers l'an 44 à Jérusalem, par ordre d'Hérode Agrippa. Quant à Jean, il ne mourra que vers 102 ou 104, de mort naturelle, à Ephèse. Mais il eut, au cours de sa longue vie d'apôtre, une large part du calice annoncé, ne serait-ce que par ses épreuves de toutes sortes et son exil à Pathmos (Apoc.l,9).
Nul, en vérité, parmi les fidèles du Christ, ne saurait échapper à la croix. Répondant à une question de Pierre quelque temps auparavant, Jésus avait déclaré que ceux qui ont tout quitté pour Le suivre, recevront le centuple dès ici-bas… avec des persécutions (notation que St.Marc est seul à nous rapporter). Dans cette scène évangélique que nous méditons, Jésus le redit équivalemment avec netteté aux fils de Zébédée: le disciple, en effet, ne saurait être au-dessus du Maître.
Naturellement, l'attitude de Jacques et de Jean avait suscité une vive indignation, teintée de jalousie, de la part des autres apôtres. Comme ils étaient tous terriblement humains, ces apôtres. Jésus en profite pour rappeler Sa vraie conception de l'autorité que nul ne devra oublier dans l'avenir, et qu'à vingt siècles de distance, le 2ème Concile du Vatican devait mettre en si grand relief !
Jésus avait déjà eu l'occasion d'enseigner ce qu'est pour Lui l'autorité en prenant pour exemple un petit enfant:"Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous… Celui qui se fera petit, c'est-à-dire humble et confiant, comme cet enfant, voilà le plus grand dans le Royaume des cieux." Il le réaffirmera solennellement, en joignant le geste à la parole, lorsqu'il lavera les pieds de Ses apôtres, au soir de la sainte Cène, avant qu'il ne consacre la première Eucharistie et ne fasse de Ses apôtres les premiers prêtres.
Dans l'évangile de ce jour, Jésus tire une comparaison de ce qui se passe avec les autorités humaines de son temps : elles font sentir durement leur domination et l'exercent parfois avec tyrannie. Il n'en doit pas être ainsi dans l'Eglise qu'il est venu fonder. La vraie grandeur n'est pas de dominer avec hauteur et suffisance, mais de travailler au bien de tous, dans un oubli sincère de ses ambitions personnelles et de ses préoccupations égoïstes. L'exercice de l'autorité ne doit pas être autoritarisme, mais dévouement et service. "Celui qui voudra devenir grand parmi vous, se fera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, se fera l'esclave de tous" (non pas par la servilité d'âme, mais par le dévouement total). Telle est la pensée intime et la consigne formelle du Maître. Quand le chef de l'Eglise, le successeur de Pierre, s'arroge le noble titre de "Serviteur des serviteurs de Dieu", il ne fait que traduire fidèlement la pensée de Jésus.
Et le modèle de cet esprit de service, c'est Jésus Lui-Même qui est venu ici-bas non "pour être servi, mais pour servir." Il l'a montré maintes fois, surtout quand Il a donné "sa vie en rançon pour la multitude" de tous ceux qui sauront profiter des grâces de Sa mort. En raison de ce suprême service, accompli par Celui qui est à jamais notre"Grand-prêtre", Médiateur entre Dieu et les hommes, serviteur incomparable de son Père et de l'humanité toute entière, nous pouvons nous avancer, comme le dit la 2de lecture de cette messe dominicale, nous pouvons nous avancer "avec pleine assurance vers le Dieu Tout-Puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours."
C'est à chaque messe, surtout, que pareille faveur peut nous être accordée. Aussi prierons-nous le Seigneur en Lui disant:"Dieu éternel et Tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que Tu veux et servir Ta gloire d'un coeur sans partage". Accorde-nous surtout de Te servir autour de cet autel en toute liberté d'esprit. Ainsi la grâce pourra nous purifier dans le mystère que nous célébrons, et nous obtenir cet esprit de service et de sacrifice vis-à-vis de nos frères, que Jésus nous a tant recommandé. Amen.

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