1ère lecture : 1er livre des Rois 17, 10 – 16
2ème lecture : Lettre aux Hébreux 9, 24 – 28
Evangile : Saint Marc 12, 38 – 44
Désireux de prendre un peu de repos, au déclin d’une longue journée de fatigue, Jésus s’était retiré au Temple dans le parvis des femmes. C’était une vaste cour carrée entourée de trois côtés d’une colonnade supportant la galerie d’où les femmes pouvaient assister aux cérémonies liturgiques. On montait à celle-ci par un large escalier et c’est probablement sur l’une de ses marches que Jésus s’était assis au milieu de ses douze apôtres. Il voyait à ses pieds la salle du trésor, le long de laquelle était rangés treize troncs en forme de trompette, où les fidèles déposaient leurs aumônes. A l’époque des fêtes, l’affluence était énorme, car c’était surtout alors qu’on payait les cotisations en retard, qu’on acquittait les vœux et qu’on déposait des offrandes volontaires. Ces opérations exigeaient le plus souvent la présence d’un prêtre, chargé de déterminer les prix et de vérifier le bon aloi des monnaies, de sorte que le public pouvait se rendre compte de la libéralité de chacun.
Au milieu de cette foule grouillante, s’avançait timidement une pauvre veuve, désireuse de contribuer, selon ses moyens, aux dépenses du culte sacré. On parle de l’obole ou du denier de la veuve; mais la femme de l’évangile n’était pas assez riche pour offrir une pareille somme. Elle tenait en main deux minuscules monnaies de bronze valant ensemble le quart d’un as, moins de deux francs de notre ancienne monnaie. La destination des aumônes volontaires était bien inscrite sur les troncs, mais la pauvre femme, ne sachant pas lire, dut s’adresser au prêtre de service, qui annonça tout haut le montant de l’offrande et la jeta dans le tronc destiné à cet effet, non sans provoquer peut-être dans l’assistance un sourire de pitié.
Du haut des gradins où il était assis, Jésus suivait du regard la pauvre veuve qui s’éloignait confuse sous les yeux moqueurs de la foule. Jusqu’ici, Jésus n’avait rien dit, il s’était contenté de regarder en silence le geste des riches. Quand la veuve jette son obole, il fait signe à ses disciples comme pour leur faire une communication importante. Visiblement son cœur a été touché par la modeste offrande de la pauvre veuve. Il y avait là pour les apôtres une leçon qu’il ne voulut pas laisser perdre ! « En vérité, je vous le dis, cette veuve si dénuée a donné plus que tous les autres; car les autres ont donné de leur superflu, tandis qu’elle s’est privée du nécessaire en donnant tout ce qu’elle avait. » Elle a donné plus que les autres non en quantité absolue, mais en quantité relative car ce qu’elle a donné, elle en avait besoin pour vivre. Elle aurait pu garder une piécette sur les deux qu’elle avait ; le jeune homme riche n’avait pas su renoncer à tous ses biens pour suivre Jésus, et il s’en alla tout triste. Cette pauvre veuve donna tout ce qu’elle avait, sans hésiter, sans rien se réserver, et il ne lui resta plus rien, si ce n’est cette joie intérieure d’avoir tout sacrifier pour Dieu.
Et c’est ainsi que la pauvre veuve, sans avoir dit un seul mot a parlé à l’humanité entière. Elle passait sans faire de bruit, mais le bruit fait par son offrande en tombant dans le tronc du Temple et en émouvant le Cœur du Christ retentira dans le monde jusqu’à la fin des temps. Amen.
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