mardi 27 octobre 2009

SOLENNITÉ DE LA TOUSSAINT

1ère lecture : Apocalypse 7, 2… 14

2ème lecture : 1ère Lettre St Jean 3, 1 - 3

Evangile : Saint Matthieu 5, 1 – 12


L’abbé Carmignac, un savant exégète contemporain, remarque que dans les béatitudes, chaque fois qu’il est question du Royaume de Dieu, il n’est pas promis pour l’avenir, il est donné par Jésus dans le présent. Bienheureux, vous, les pauvres car le Royaume de Dieu est à vous, il ne dit pas sera vôtre, ni même que vous y entrerez à force de pauvreté, de mortification, de pénitence, mais il dit : bienheureux les pauvres parce que le Royaume des Cieux est à vous, non pas en espérance, mais à vous actuellement. Il est vrai que ces béatitudes alternent avec les autres où la récompense est donnée comme future. Cela s’explique assez en ce sens que pour notre intelligence humaine trop matérielle, il est difficile de comprendre qu’on puisse avoir faim et soif et dans le même temps être rassasiés. Cela aurait paru trop contradictoire. Voilà pourquoi Jésus a dit : vous qui pleurez maintenant, eh bien vous vous réjouirez plus tard, de même vous qui avez faim sur la terre, vous serez rassasiés dans le ciel. Voilà une continuité qui semble s’imposer. Et il n’est pas faux d’interpréter les béatitudes comme un contraste entre la misère de la vie présente et la gloire de la vie future. Cependant les paroles de Jésus ont ce petit quelque chose d’équivoque qui nous invite à interpréter aussi les béatitudes de manière à amener peu à peu notre sens charnel à la compréhension des choses spirituelles. En effet pour Notre Seigneur la béatitude est déjà en ce monde, et ceux qui ont la faim des biens terrestres, c à d. ceux qui en sont dépourvus, et non ceux qui en sont avides, sont rassasiés au plan spirituel. C’est de la même manière que Jésus a dit que celui qui aura quitté tous ses biens, sa femme, son père, sa mère etc.. pour le royaume de Dieu recevra non seulement la vie éternelle, mais aussi le centuple dès ici-bas ; ici-bas, il n’est pas dit que ce sera dans le ciel. Ce qui est absolument incompréhensible aux cœurs charnels, mais compréhensible aux cœurs spirituels.

C’est pourquoi quand nous fêtons les saints aujourd’hui, nous ne tournons pas nos regards vers le ciel comme vers un autre univers, un univers différent de l’univers présent où l’on passe après la mort et dans des conditions mystérieuses. De même que le Christ est tout à la fois ici-bas dans nos tabernacles et au ciel, de même les saints habitent la terre tout autant que le ciel, et c’est vraiment l’esprit de l’Eglise de ne pas distinguer un état d’un autre état et de placer les saints de la terre tout près des saints du ciel. Car les saints du ciel ont été d’abord des saints sur la terre, et c’est parce qu’ils étaient des saints sur la terre qu’ils sont maintenant au ciel. La gloire change, mais quant au bonheur, on peut dire qu’il reste fondamentalement le même et qu’il y a une certaine continuité entre le bonheur du ciel et le bonheur de la terre promis par Jésus. S’il y a une différence c’est dans les conceptions du bonheur, entre ce bonheur selon l’évangile, et le bonheur que nous offre le monde, bonheur terrestre fondé sur l’argent et les plaisirs.

Voilà pourquoi, Frères et Sœurs dans le Christ, en cette fête de la Toussaint nous devons prendre conscience que la grâce a déjà commencé de nous béatifier, que nous sommes déjà pleins de joie et d’allégresse jusque dans les malheurs présents, que nous sommes infiniment rassasiés par l’Eucharistie, surtout dans la mesure où nous jeûnons des biens matériels, que nous sommes comblés de richesses dans la mesure où nous acceptons la pauvreté matérielle, et ainsi pour les autres paradoxes évangéliques qui font la vie du chrétien sur la terre et le mettent en lien étroit avec le ciel. N’est-ce pas ce qu’avait vécu une sainte fondatrice d’une Congrégation au XIX° siècle quand elle écrivait à une amie ces lignes que je ne peux m’empêcher de vous lire : « Nous sommes favorisées, écrivait-elle, de beaucoup de béatitudes évangéliques que le monde appelle tribulations comme embarras, pauvreté, persécutions, calomnies, contradictions. La plus grande partie de la ville est déchaînée contre nous. Ce sont des intrigues, des propos.. On nous appelle « voleuses » ! N’est-ce pas charmant ? Oui, en prenant la longue vue de la foi, car la nature dirait : « ceci est fort désagréable ». Mais la grâce dit : « Chut, aveugle nature, tu n’y entends rien ! Ceci est superbe, c’est un grand sujet de joie, car c’est dans l’Evangile. »

mercredi 21 octobre 2009

30ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE




1ère lecture : Jérémie 53, 10 – 11
2ème lecture : Lettre aux Hébreux 5, 1 – 6
Evangile : Saint Marc 10, 46b – 52



Sept ou huit jours avant la passion, Jésus traversa Jéricho avec une nombreuse escorte de disciples et de pèlerins. Jéricho aussi dénommée la Cité des palmes, avait changé de place depuis Josué. Elle était descendue vers le sud, le long de la route qui mène directement de Jérusalem au gué du Jourdain. Hérode et Archélaüs l’embellirent à qui mieux mieux, en sorte que Jéricho était alors en importance la deuxième ville de Palestine et égalait Jérusalem en superficie.
Le passage du Sauveur à Jéricho fut marqué par deux conquêtes : un mendiant aveugle, Bartimée, et Zachée, le riche publicain. Le fils de Timée était accroupi dans l’ornière du chemin, pour solliciter la charité des passants sans risquer d’être heurté ou écrasé par eux. Quand on lui eut dit que Jésus allait passer par là, ce nom, qu’il connaissait de réputation, éclaira son âme d’un rayon d’espoir. Il se mit à crier à tue-tête, pour dominer le bruit de la foule : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». « Fils de David » était l’appellation courante du Messie, et il semble bien que c’est le sens que lui donnait l’aveugle. Le dialogue entre Jésus et l’aveugle fut bref. Instantanément, l’aveugle recouvra la vue et s’associa aux disciples qui suivaient Jésus. Le soin qu’a pris St Marc de nous conserver son nom, indique assez qu’il faisait partie de la première communauté chrétienne.
Dans Bartimée, nous avons d’abord un aveugle. Nous ne savons généralement estimer la vue que lorsque nous sommes menacés de la perdre. La vue est certainement l’un des dons les plus excellents de la bonté divine. La vue n’est-elle pas pour nous la source de tant de lumières sur la nature et sur nos semblables ? Notre regard n’est-il pas aussi, dans son expression, l’éloquent interprète de ce que nous vivons et de ce que nous sommes ? Sans doute la vue est un bien précieux, mais encore faut-il que nous en fassions bon usage. Il importe en nos temps actuels où la pornographie est présente partout, à la Télévision, au cinéma, dans les affiches, les magazines, il importe de savoir conserver le contrôle de nos regards. Rappelons-nous à ce sujet les paroles du Seigneur qu’il faut, certes, interpréter dans leur langage hyperbolique, mais qui invitent aussi à la retenue : « Si ton œil te scandalise, arrache-le car il vaut mieux entrer borgne dans le royaume des Cieux que d’être jeté avec ses deux yeux dans la géhenne de feu. » Comprenons l’avertissement.
Par ailleurs, cet aveugle ne nous ressemble-t-il pas comme un frère ? N’avons-nous pas, nous aussi, tout au long de notre vie, à nous tenir sur le chemin par où Jésus doit passer ? Et à certaines heures de notre existence, plus douloureuses, plus ténébreuses, n’avons-nous pas fait nôtre le cri que l’infirme adresse à Jésus du fond de sa misère : « Fils de David aie pitié de moi ».
Frères et sœurs dans le Christ, sachons demander comme l’aveugle ; supplions le Seigneur de nous donner chaque jour Sa lumière. Lui seul peut nous donner la vraie lumière. Mais demandons-la avec la confiance qu’il peut, car Il est tout-puissant, qu’il veut, car Il nous aime et ne veut que notre plus grand bien. Si parfois, Il nous fait attendre, c’est en vue de nous obliger à purifier et augmenter notre foi, et aussi de nous faire mieux apprécier le don qu’Il nous fait. Dieu va se donner à nous dans l’Eucharistie de ce dimanche, et Il nous accordera sa lumière, une lumière que nous essaierons de rayonner autour de nous, en authentiques messagers d’espérance et d’amour. Amen.

vendredi 16 octobre 2009

29ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



1ère lecture : Isaïe 53, 10 – 11
2ème lecture : Lettre aux Hébreux 4, 14 – 16
Evangile : Saint Marc 10, 35 – 45



Pour bien comprendre la page d'évangile que nous venons d'entendre, il me semble opportun de rappeler dans quel contexte il se situe. Jésus monte avec ses disciples vers Jérusalem. Il vient d'annoncer à Ses compagnons de route le sort qui Lui est réservé dans la Ville Sainte. Il va être livré aux grands-prêtres et aux scribes qui Le condamneront à mort, Le tueront... et trois jours après Il ressuscitera. Ces déclarations du Maître laissent les apôtres perplexes. Ils ont comme l'impression qu'effectivement ils vont être témoins de grands événements et qu'il est sans doute opportun de tirer des plans, combien humains et intéressés, certes, sur leur propre avenir. C'est tout le sens de la démarche vraiment intempestive de deux d'entre eux, Jacques et Jean.
Ces deux apôtres occupaient une place de choix dans le collège apostolique. Le Seigneur les avait appelés parmi les premiers, et ils faisaient partie avec Pierre de Ses plus proches familiers. N'avaient-ils pas été les témoins privilégiés de la résurrection de la fille de Jaïre et de la Transfiguration ? Bientôt, ils seront aussi témoins de l'agonie de Jésus à Gethsémani. Y a-t-il beaucoup d'apôtres qui puissent revendiquer pareil honneur ? On comprend mieux dès lors, que les fils de Zébédée se soient prévalus naïvement de ces titres, pour obtenir du Maître, quelque situation enviable dans le futur "Royaume".

A la différence de St.Marc dont nous venons de lire le récit évangélique, St.Matthieu nous signale que c'est la mère elle-même qui a pris les devants; une telle démarche ne relevait-elle pas de ses prérogatives maternelles ? Mais les deux fils étaient là pour manifester leur accord et appuyer sa demande. Elle aborde Jésus avec discrétion et habileté, n'exprimant pas d'emblée l'objet de sa requête, tablant tout simplement sur la délicatesse coutumière du Maître. Mais Celui-ci l'amène à parler clair:"Que veux-tu?" lui dit-Il." Ordonne, répond-elle, que dans ton Royaume, mes deux fils que voici siègent l'un à ta droite et l'autre à ta gauche". La supplique, vraiment inattendue, ne manque ni d'outrecuidance ni de vanité, car, outre l'honneur, se trouve sollicitée une étroite participation à l'autorité du futur Roi !
Jésus, toutefois, connaissant les dispositions intimes et au fond généreuses, de Ses quémandeurs, ne s'offusque pas. "Vous ne savez pas, se contente-t-Il de leur dire, vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?" Allusion évidente, étant donné la signification du mot "coupe" dans l'Ancien Testament, aux souffrances et à la crucifixion qui, bientôt, telle une eau baptismale, vont submerger le Maître.
Alors, avec une tranquille et inconsciente assurance, où ne manque pas, toutefois, un réel attachement au Christ plus fort que toute épreuve, les deux disciples n'hésitent pas à répondre affirmativement. Ils se montrent plus généreux, somme toute, que Pierre lui-même, entendant pour la première fois l'annonce de la Passion et la repoussant avec force:"A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne t'arrivera pas!".
Devant Jacques et Jean ainsi résolus, Jésus connaissant l'avenir et assuré de la grâce de Dieu qui ne manquera pas en temps voulu à ses deux interlocuteurs, Jésus, de leur répondre:"Oui, la coupe que je vais boire, vous la boirez", vous serez plongés, vous aussi, dans les grandes eaux de la souffrance et de la mort. Mais quant au rôle que vous aurez à jouer dans mon Royaume, cela dépend de la volonté du Père dont je ne suis que l'humble serviteur: Siéger à ma droite et à ma gauche, ce sera donné à ceux pour qui mon Père l'a préparé". Cette dernière précision est de St.Matthieu. Au fond, c'est une leçon d'abandon filial à Dieu que Jésus tient à donner à Ses apôtres et qu'ils se doivent de retenir avant tout pour leur comportement personnel.
En fait, Jacques sera le premier membre du Collège apostolique à recevoir la palme du martyre: il sera décapité vers l'an 44 à Jérusalem, par ordre d'Hérode Agrippa. Quant à Jean, il ne mourra que vers 102 ou 104, de mort naturelle, à Ephèse. Mais il eut, au cours de sa longue vie d'apôtre, une large part du calice annoncé, ne serait-ce que par ses épreuves de toutes sortes et son exil à Pathmos (Apoc.l,9).
Nul, en vérité, parmi les fidèles du Christ, ne saurait échapper à la croix. Répondant à une question de Pierre quelque temps auparavant, Jésus avait déclaré que ceux qui ont tout quitté pour Le suivre, recevront le centuple dès ici-bas… avec des persécutions (notation que St.Marc est seul à nous rapporter). Dans cette scène évangélique que nous méditons, Jésus le redit équivalemment avec netteté aux fils de Zébédée: le disciple, en effet, ne saurait être au-dessus du Maître.
Naturellement, l'attitude de Jacques et de Jean avait suscité une vive indignation, teintée de jalousie, de la part des autres apôtres. Comme ils étaient tous terriblement humains, ces apôtres. Jésus en profite pour rappeler Sa vraie conception de l'autorité que nul ne devra oublier dans l'avenir, et qu'à vingt siècles de distance, le 2ème Concile du Vatican devait mettre en si grand relief !
Jésus avait déjà eu l'occasion d'enseigner ce qu'est pour Lui l'autorité en prenant pour exemple un petit enfant:"Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous… Celui qui se fera petit, c'est-à-dire humble et confiant, comme cet enfant, voilà le plus grand dans le Royaume des cieux." Il le réaffirmera solennellement, en joignant le geste à la parole, lorsqu'il lavera les pieds de Ses apôtres, au soir de la sainte Cène, avant qu'il ne consacre la première Eucharistie et ne fasse de Ses apôtres les premiers prêtres.
Dans l'évangile de ce jour, Jésus tire une comparaison de ce qui se passe avec les autorités humaines de son temps : elles font sentir durement leur domination et l'exercent parfois avec tyrannie. Il n'en doit pas être ainsi dans l'Eglise qu'il est venu fonder. La vraie grandeur n'est pas de dominer avec hauteur et suffisance, mais de travailler au bien de tous, dans un oubli sincère de ses ambitions personnelles et de ses préoccupations égoïstes. L'exercice de l'autorité ne doit pas être autoritarisme, mais dévouement et service. "Celui qui voudra devenir grand parmi vous, se fera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, se fera l'esclave de tous" (non pas par la servilité d'âme, mais par le dévouement total). Telle est la pensée intime et la consigne formelle du Maître. Quand le chef de l'Eglise, le successeur de Pierre, s'arroge le noble titre de "Serviteur des serviteurs de Dieu", il ne fait que traduire fidèlement la pensée de Jésus.
Et le modèle de cet esprit de service, c'est Jésus Lui-Même qui est venu ici-bas non "pour être servi, mais pour servir." Il l'a montré maintes fois, surtout quand Il a donné "sa vie en rançon pour la multitude" de tous ceux qui sauront profiter des grâces de Sa mort. En raison de ce suprême service, accompli par Celui qui est à jamais notre"Grand-prêtre", Médiateur entre Dieu et les hommes, serviteur incomparable de son Père et de l'humanité toute entière, nous pouvons nous avancer, comme le dit la 2de lecture de cette messe dominicale, nous pouvons nous avancer "avec pleine assurance vers le Dieu Tout-Puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours."
C'est à chaque messe, surtout, que pareille faveur peut nous être accordée. Aussi prierons-nous le Seigneur en Lui disant:"Dieu éternel et Tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que Tu veux et servir Ta gloire d'un coeur sans partage". Accorde-nous surtout de Te servir autour de cet autel en toute liberté d'esprit. Ainsi la grâce pourra nous purifier dans le mystère que nous célébrons, et nous obtenir cet esprit de service et de sacrifice vis-à-vis de nos frères, que Jésus nous a tant recommandé. Amen.