dimanche 27 décembre 2009

EPIPHANIE

1ère lecture : Isaïe 60, 1 – 6

2ème lecture : Lettre aux Ephésiens 3, 2 – 3a. 5 - 6

Evangile : Saint Matthieu 2, 1 – 12


Le récit que nous venons d’entendre est dans toutes les mémoires, mais il importe d’en dégager le sens exact pour en mieux apprécier les enseignements qu’il nous livre pour notre propre vie.

Ces mages venus d’Orient pouvaient être des astrologues babyloniens ou perses qui auraient été mis au courant de l’attente d’un sauveur par les Juifs. En effet, les Israélites qui avaient connu la dure épreuve de la captivité de Babylone, avaient pu faire connaître à leurs nouveaux maîtres l’espérance messianique qui les habitait.

Ces mages se mirent donc en route sur l’indication d’une étoile qu’ils avaient observée. L’antiquité admettait en effet, comme une vérité, que la naissance des grands personnages était signalée par des apparitions de nouvelles étoiles dans le ciel. La réaction du roi Hérode à l’annonce que des mages venus d’orient sont en quête du lieu où réside le roi des juifs qui vient de naître », cette réaction est fort bien notée par saint Matthieu, comme étant celle de la peur. Le triste Hérode craint pour son pouvoir personnel ; il a peur d’une intervention romaine à la faveur d’une agitation messianique ; il a peur d’une réaction violente des romains à ces nouvelles inquiétantes. Et l’évangéliste nous révèle très clairement le mélange de terreur, de fureur et de mensonge qui caractérisa de fait, tout le règne d’Hérode. Les Mages renseignés par les scribes, poursuivent leur route, toujours guidés par l’étoile, et, étant parvenus à la maison où la sainte Famille a pu trouver refuge, ils se prosternent devant l’Enfant. Quant aux trésors qu’ils lui offrent, les Pères de l’Église y ont vu les symboles de la royauté avec l’or, de la divinité avec l’encens, et de la sépulture future de Jésus avec la myrrhe.

Sans nous arrêter à tous les aspects spirituels de cette page d’évangile, soulignons-en quelques traits principaux qui peuvent nous aider dans le cheminement de nos vies quotidiennes.

« Nous avons vu l’étoile… et nous sommes venus. » Tout simplement. Ils disent cela, tout simplement , les mages aux premiers passants qu’ils rencontrent dans les rues de Jérusalem. Tout est simple pour les cœurs simples : ils ont vu, ils sont venus, voilà tout. Ne pourrait-on pas souhaiter, qu’au cours de cette année qui commence, Dieu donne à chacun de nous la même pureté de cœur qui nous fasse voir l’étoile de nos vies, et la même force de volonté pour la suivre jusqu’au bout ?

Les mages ont vu l’étoile… Ca ne paraît pas tout d’abord tellement difficile, car comme nous l’avons expliqué tout à l’heure, ce devait être une nouvelle étoile, dont l’apparition a dû frapper tous les astronomes de l’époque : mais là où se trouve la différence pour ces mages de l’évangile, c’est qu’ils se sont mis en route ; ils n’ont pas simplement vu cette étoile dans son existence ; ils ont compris aussi son langage ; tout au fond de leurs cœurs, elle a éveillé de vieilles croyances, des prophéties très anciennes, cette vieille foi en un sort meilleur, dans le salut définitif de l’humanité, dans cette vieille foi toujours jeune qu’aucun échec ne décourage, qu’aucune attente n’affaiblit ; la foi au Messie, la foi au Sauveur. Or tous les hommes sont appelés à suivre cette étoile. Dieu veut, en effet que tous les hommes soient sauvés. A tous, un jour ou l’autre, l’espérance est proposée, l’espérance apparaît. Mais l’appel à l’espérance n’est pas toujours compris. L’avons-nous compris nous-mêmes ? Elle continue, l’étoile de l’Épiphanie de nous faire signe. Et il en sera toujours ainsi. A nous de garder le regard suffisamment pur, et le cœur assez disponible pour y acquiescer. Tant que nous verrons l’étoile qui marche au-devant de nous, nous aussi, comme les mages, nous ne cesserons d’éprouver une grande joie. Gardons ce regard fixé sur l’étoile pour que notre joie demeure.

Les mages ont suivi l’étoile. Ils sont venus. Faut-il insister sur les dangers de l’incertaine aventure de ces voyageurs ? Quels sourires ils ont dû susciter autour d’eux, parmi les faux sages qu’une étoile ne suffit pas à arracher à leurs habitudes. Et quelle folie, n’est-ce pas ? d’abandonner le calme et la paix du chez soi pour courir les grandes routes vers quel but, toujours poursuivi, toujours fuyant. Ils sont partis cependant, et ils ont marché longtemps, avec confiance, avec obstination, bien assurés au fond d’eux-mêmes qu’ils aboutiraient finalement à Celui qui comblerait avec magnificence les plus ardents désirs de leurs cœurs. Et de fait, un jour, ce jour que nous célébrons, ils trouvèrent l’Enfant avec Marie, sa Mère.

Frères et sœurs dans le Christ, si nous marchons à l’étoile avec la même constance, sur la route de notre destinée chrétienne, si nous ne nous laissons arrêter ni par l’incompréhension, ni par l’indifférence de nos contemporains et même de nos proches, ni par le découragement, ni par les obstacles, ni par la fatigue ; si nous faisons fi des dangers des déceptions, des menaces, des craintes, si nous laissons l’argent et les plaisirs de ce monde à leur juste place, nous aussi nous trouverons Jésus avec Marie, sa Mère. Et un jour viendra où nous leur serons unis pour toujours ; et nous ne penserons plus alors à autre chose qu’au bonheur d’être avec eux pour l’éternité. Amen.

vendredi 25 décembre 2009

FÊTE DE LA SAINTE FAMILLE

1ère lecture : I Samuel 1, 20 – 22.24 - 28

2ème lecture : 1ère Lettre de St Jean 3, 1 – 2.21 - 24

Evangile : Saint Luc 2, 41 - 52


L’institution familiale traverse aujourd’hui une crise sans précédent. En effet combien de foyers sont vides d’amour, de bonheur et de joie ! C’est au contraire les soupçons, les infidélités, les provocations, la mésentente et la désunion des cœurs. C’est l’insoumission, l’irrespect d’enfants capricieux, gâtés à l’excès, à l’égard de parents sans autorité ou en usant à mal escient.

C’est pourquoi la fête de la Sainte Famille nous offre aujourd’hui le modèle d’une famille vraiment heureuse et unie. Peut-être nous dira-t-on que Joseph et Marie n’ont pas été confrontés aux problèmes que connaissent les familles de nos sociétés modernes ? Sans doute, mais il n’empêche qu’ils eurent leurs difficultés, et quelles difficultés ! Naissance de Jésus, loin de leur ville de Nazareth et dans les circonstances de pauvreté que l’on connaît ; fuite des soldats d’Hérode qui en voulait à la vie de l’enfant ; exil en Egypte ; et cette aventure que nous rapporte l’évangile de ce dimanche et qui a tant angoissé Marie pendant ces trois jours où elle a recherché Jésus resté à Jérusalem. Certes il ne s’agissait pas d’une fugue que Jésus n’avait aucune raison de faire puisque ses parents l’entouraient d’une réelle et profonde affection. Du reste l’attitude de la Vierge Marie qui retrouve son Fils au Temple, est-elle un exemple d’éducation. Elle ne frappe pas Jésus, ni ne le gronde vertement comme certaines mères qui ont la main leste et les cris faciles à l’égard de leurs enfants qui ont manqué. Marie ne juge même pas Jésus, mais elle cherche à comprendre son comportement : « pourquoi nous avoir fait cela ? » lui dit-elle.

Déjà quand elle avait constaté la disparition de Jésus, elle ne s’en était pas prise à Joseph, elle ne s’était pas emportée en durs reproches envers lui, elle ne s’était pas abandonnée à des scènes dramatiques. Pour beaucoup moins, d’autres femmes le font pour être remarquées et attirer la pitié ! C’est que Marie était humble et douce. Elle aimait Joseph saintement, bien qu’elle aurait pu se faire « adorer » par son conjoint ; n’était-elle pas en effet celle qui a été choisie par Dieu pour devenir la Mère de son Fils ? Mais non Marie a servi son époux et a été toute affectueuse pour lui. Joseph, de son côté, ne s’est pas prévalu de sa qualité de chef de famille pour s’imposer en tyran, se faire servir et se dispenser de toutes les taches ménagères. Au contraire, il s’est chargé des plus humbles et des plus pénibles occupations de la maison pour épargner les fatigues à Marie.

Quant à Jésus, il a été un modèle d’obéissance, car s’il répond à sa Mère qu’il se doit d’abord à Dieu, comme cela est juste, il ne suit pas moins pour autant ses parents à Nazareth où « il leur était soumis », nous dit Saint Luc. Voilà l’idéal que les enfants et les jeunes devraient suivre, plutôt que de vouloir s’émanciper et se livrer à des expériences dangereuses.

Ajoutons aussi que Marie et Joseph remplissaient leurs devoirs religieux. Chaque année ils se rendaient avec Jésus en pèlerinage au Temple de Jérusalem. Ainsi nous donnent-ils l’exemple d’une vie familiale où les démarches religieuses sont faites ensemble. N’est-il pas vrai qu’une famille authentiquement chrétienne devrait pouvoir prendre toute sa force et son unité quand tous ses membres se retrouvent pour la prière commune et dans la pratique religieuse demandée par l’Eglise ?

Tout à l’heure, frères et sœurs dans le Christ, l’Eucharistie nous rassemblera autour de Celui qui se donne à nous comme Pain vivant pour renouveler et fortifier la charité en nos âmes. Qu’Il nous aide à découvrir sa présence dans l’humble quotidien de nos vies, et à être de meilleurs témoins de Son Amour auprès de nos frères qu’Il est venu sauver. Amen.

dimanche 20 décembre 2009

SOLENNITÉ DE NOËL

1ère lecture : Isaïe 9, 1 - 6

2ème lecture : Lettre à Tite 2, 11 – 14

Evangile : Saint Luc 2, 1 - 14


En ce jour de Noël, il nous est bon de méditer le mystère de l’Incarnation, dont le contenu se résume en quelques mots du langage dogmatique qui sont des affirmations de notre foi et qui nous viennent des grands conciles œcuméniques des premiers siècles de l’Eglise. Cela consiste très précisément à dire que le Fils de Dieu fait homme est composé de deux natures, nature divine et nature humaine, dans l’unité d’une même personne, la personne divine du Fils. Et cela s’appelle l’union hypostatique, d’un nom qui vient du grec, autrement dit c’est l’union des natures, divine et humaine, dans la même hypostase, dans la même réalité concrète, personnelle qui s’appelle le Fils de Dieu. Voilà ce qu’il faut savoir pour être chrétien.
Après avoir affirmé notre foi, ne cherchons pas comment cela s’explique, mais vivons cette foi, ayons l’expérience de ce que nous croyons. C’est-à-dire en voyant l’enfant Jésus dans la crèche, disons-nous que c’est Dieu. Et usons de cette grande comparaison qui facilite la compréhension du mystère, cette grande comparaison que l’on trouve dans les Pères de l’Eglise. Ils disaient de même que vous voyez le corps et que par ce corps vous connaissez les sentiments d’une âme, de la même manière vous voyez Jésus homme, et en voyant Jésus homme, vous connaissez le Fils de Dieu. Un enfant qui regarde le visage de sa mère qui lui sourit, sait que sa mère est contente. Sur le visage de sa mère, il lit les sentiments de l’âme de sa mère. Ainsi par les expressions du visage on connaît les sentiments de l’âme. Voilà comment Dieu nous a donné un corps pour manifester nos pensées intérieures. Et en celui qui le fait en toute loyauté, en toute vérité, on peut dire qu’entre son corps et son âme, il n’y a pas de différence, on passe de l’un à l’autre. De son âme il manifeste par son corps ses sentiments et les autres en voyant son corps, découvre les sentiments de son âme : on appelle cela des êtres purs, des êtres de lumière, leur corps est comme un vase, mais non pas un vase de terre qui éteint la lumière, mais un vase de cristal qui laisse passer la lumière de l’âme. Avec tous les Pères de l’Eglise re-transposons cela dans l’Incarnation et disons que Jésus s’est donné une nature humaine, un corps pour laisser paraître les sentiments de son être le plus profond qui est sa nature divine. Et donc quand nous regardons l’enfant Jésus dans la crèche, quand nous voyons ce sourire, ces bras tendus, ces yeux profonds qui faisaient l’admiration de Marie et de Joseph, ce que nous découvrons, c’est la bonté de Dieu, l’amour si tendre et immensément généreux du Fils de Dieu qui vient ouvrir son Cœur aux hommes pécheurs. Et dorénavant, nous savons que voyant Jésus agir, parler, souffrir et bénir, c’est le Fils de Dieu, c’est Dieu lui-même qui manifeste ses sentiments aux hommes.
Voilà frères et sœurs dans le Christ, ce qu’il faut tirer de ce dogme des deux natures en une seule personne. Et en cette fête de Noël, disons seulement qu’il nous est bon de venir à la crèche et de regarder cet enfant comme le miroir, l’image de Dieu, comme le Fils de Dieu. Car si la ressemblance entre des parents humains et leurs enfants n’est jamais parfaite, parfois même elle est très lointaine, entre Dieu le Père, et son Fils, il y a une identité parfaite, il est son Image parfaite. Ce Fils qui s’est donné une nature humaine, l’a modelée à son gré, il l’a rendu parfaitement expressive de ce qu’il était, de ce qu’il voulait nous dire et nous manifester. Il n’y a point de trace de mensonge en Lui, c’est la vérité de Dieu qui nous apparaît dans le Christ; et cette lumière de Dieu qui resplendit dans le visage de cet enfant de la crèche, elle est toute douceur, tout amour et toute miséricorde. Amen.

mardi 15 décembre 2009

4ème DIMANCHE DE L’AVENT

1ère lecture : Michée 5, 1 – 4a

2ème lecture : Lettre aux Hébreux 10, 5 – 10

Evangile : Saint Luc 1, 39 - 45


Le récit que Saint Luc vient de nous faire, de l’épisode de la Visitation, est d’une telle simplicité, d’une telle fraîcheur, qu’il semblerait à première vue ne guère mériter d’explication ou de commentaire. Cependant si nous voulons davantage tirer parti de la Parole vivante de Dieu, il convient que nous nous laissions interroger par elle, afin de la mieux comprendre et d’en appliquer les fruits à notre vie de tous les jours. On ne fait pas honneur à la Parole de Dieu quand on se contente de l’écouter sans la méditer.

Si nous ajoutons que ce n’est pas sans intention que l’Eglise la veille de Noël, nous fait lire cet épisode évangélique, nous nous persuaderons de l’utilité de prendre Marie comme compagne de route pour nous ouvrir plus facilement au mystère de l’Incarnation.

Dans ce récit, St Luc s’en tient à l’essentiel. « En ces jours-là ». La date est vague. Le fait semble se situer peu après l’annonce faite à Marie de la conception du Sauveur en son sein virginal. La route que la Vierge emprunte est sommairement indiquée : elle se dirige vers la montagne, dans une ville de la tribu de Juda. La seule caractéristique que St Luc ait précisée pour ce voyage, c’est l’empressement, la hâte avec laquelle Marie se met en route. Pourquoi Marie se hâte-t-elle de la sorte ? St Ambroise de Milan donne l’explication suivante : « Ce n’est pas que Marie se montre incrédule devant l’oracle de l’ange, incertaine du message, prête à douter de l’exemple cité » ; ici St Ambroise fait allusion au message de l’ange de l’Annonciation qui a révélé à Marie l’heureux avènement attendu par sa cousine Elisabeth. « Mais, poursuit Saint Ambroise, Marie est remplie de joie d’apporter ses souhaits à sa parente, remplie de piété pour lui offrir ses services, remplie d’empressement pour répandre l’allégresse… » Tel est le sens exact que St Ambroise assigne à la démarche de la Vierge Marie.

Cet empressement de Marie pour aller féliciter sa parente, nous interroge sur notre propre comportement vis-à-vis du Seigneur. Sommes-nous toujours soucieux, empressés de remercier le Seigneur, non seulement pour le bien qu’Il accomplit en nous, mais aussi en nos frères ? La reconnaissance ne devrait pas être un devoir à accomplir. C’est plutôt un sentiment qui semble aller de soi, fruit d’une délicatesse de cœur qui jaillit spontanément, surtout quand il s’agit des bienfaits de Dieu à notre égard. On a souligné aussi, et c’est vrai, la charité de Marie, allant rendre auprès de sa parente les services que nécessitait son état. Il y avait bien en soi de quoi être en souci pour une maternité arrivant hors des limites d’âge habituelles. L’entraide, l’esprit secourable de Marie nous dictent notre attitude vis-à-vis de tous ceux qui peuvent avoir besoin de nous, soit dans notre entourage immédiat, le plus proche prochain, soit dans des milieux de vie plus éloignés : mais alors une lettre n’est-elle pas, au fond, une visite par écrit ? N’hésitons pas à céder, quand il le faut, à cette forme de charité.

Frères et Sœurs dans le Christ, nous allons continuer de célébrer ensemble le sacrifice-sacrement de l’Eucharistie. Demandons à Celui qui vient au nom du Seigneur, de nous faire progresser dans l’action de grâces et dans la charité, mais aussi dans l’accueil du don qu’Il va nous faire de Lui-Même. Et ce sera pour nous comme une Incarnation de Dieu dans nos âmes transfigurées. Amen.

mardi 8 décembre 2009

3ème DIMANCHE DE L’AVENT

1ère lecture : Sophonie 3, 14 – 18a

2ème lecture : Lettre aux Philippiens 4, 4 – 7

Evangile : Saint Luc 3, 10 - 18


Dimanche dernier, s’il vous en souvient, l’évangile de saint Luc nous avait présenté le Précurseur du Messie, Jean le Baptiste, en le situant dans son époque, dans le lieu qu’il avait choisi pour sa prédication, et dans l’accomplissement de sa mission : baptême de pénitence et prédication. C’est toujours à ses exhortations que se réfère l’évangile de ce jour. On y discerne mieux encore le rôle qui lui échoit de préparer les voies du Seigneur qui vient.
Saint Jean Baptiste s’adresse à tout le peuple qui se presse autour de lui et où se côtoient entre autres, des collecteurs de l’impôt romain et des militaires. Et à tout ce monde qui l’interroge, Jean ne prêche pas de se retirer avec lui au désert, mais il les élève vers un idéal réalisable par des gens qui ne sauraient tout abandonner de leurs conditions habituelles de vie. Partagez vos biens, leur dit-il, montrez-vous charitables, exercez loyalement votre métier, soyez justes. Comme on le constate, la bonne nouvelle que Jean proclame n’est pas réservée à une élite ; elle apporte une lumière à tous.
Saint Luc veut aussi souligner que la prédication de Jean tout comme l’appartenance à la race juive, ne sont pas des assurances-vies pour le salut. Dieu est capable de créer un peuple selon son bon vouloir. Le Baptiste invite à se convertir et à porter des fruits. Lesquels ? Concrètement, le partage et la justice sont les exigences de cette conversion. Il n’y a pas de vrai retour au Seigneur, sans justice sociale, quelle que soit la profession qu’on exerce.
Nous sommes ainsi amenés à dégager pour notre vie spirituelle, quelques points de repères que nous suggère le commentaire de ce texte. Sauf dans des cas exceptionnels, la parole de Dieu ne vient pas de façon inattendue : elle doit être préparée. La bonne nouvelle de l’évangile est un message de liberté. Et les croyants que nous sommes, épris de ce message et soucieux de le rayonner, doivent prendre conscience que les aspirations à la liberté dans le monde d’aujourd’hui sont peut-être moins faciles à faire coïncider avec un idéal évangélique fort exigeant. Or St Paul indique comment doit se comporter une communauté qui veut témoigner de la joie de l’évangile et la rendre crédible aux autres. Il dit : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes ». Le mot grec que nous traduisons par « sérénité » signifie tout un ensemble d’attitudes qui vont de la clémence à la capacité de savoir céder et de se montrer aimable, tolérant et accueillant. Nous pourrions le traduire par « gentillesse ». Il est nécessaire de redécouvrir avant tout la valeur humaine de cette vertu. La gentillesse est une vertu à risque ou même en voie de disparition dans la société dans laquelle nous vivons. La violence gratuite dans les films, à la télévision et dans les jeux vidéos, le langage délibérément vulgaire, la compétition qui pousse toujours au-delà des limites du tolérable, créent en nous une accoutumance à la laideur et à la vulgarité. La gentillesse est un baume dans les relations humaines. On vivrait tellement mieux en famille et en société s’il y avait un peu plus de gentillesse dans les gestes, dans les paroles et avant tout dans le cœur. Rien n’étouffe davantage la joie d’être ensemble que la grossièreté. « Une aimable réponse apaise la fureur, une parole blessante fait monter la colère » dit le livre des Proverbes (Pr 15, 1-4). Et, « une bouche agréable multiplie les amis, une langue affable attire maintes réponses aimables » (Si 6, 5). Une personne gentille laisse une traînée de sympathie et d’admiration partout où elle passe.
Parallèlement à cette valeur humaine, nous devons redécouvrir la valeur également évangélique de la gentillesse. Dans la Bible, le terme « doux » n’a pas le sens passif de « soumis », « docile », mais le sens actif d’une personne qui agit avec respect, courtoisie, clémence envers les autres. La gentillesse est indispensable surtout pour celui qui veut aider les autres à découvrir le Christ. L’apôtre saint Pierre recommandait aux premiers chrétiens d’être toujours « prêts à la défense contre quiconque (leur) demandent raison de l'espérance qui est en (eux) », mais il ajoutait immédiatement : « Mais que ce soit avec douceur et respect » (cf. 1P 3, 15 s), ce qui signifie, avec gentillesse.
Demandons au Seigneur de nous aider, par la grâce de son Eucharistie, à nous transformer intérieurement, afin que nous puissions non seulement L’accueillir dans un cœur bien préparé, mais aussi Le manifester à nos frères par un effort de transparence et d’amabilité où se lise vraiment la joie qui nous habite et dont Il est Lui-même la source. Amen