1ère lecture : Isaïe 62, 1 – 5
2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 12, 4 – 11
Evangile : Saint Luc 2, 1 - 11
Si l’on s’en tenait aux 3 évangiles synoptiques de St Mt, St Mc et St Luc, on pourrait croire qu’après son jeûne au désert, Jésus était revenu en Galilée pour commencer son apostolat. En réalité, St Jean, plus précis, mentionne un double retour en Galilée et intercale entre les deux des faits qui sont passés sous silence par les autres évangiles et qui ont précédé l’apostolat effectif de Jésus en Galilée. Parmi ces faits, il y a le premier miracle de Jésus à Cana que Saint Jean est seul à rapporter. Quand Jésus arriva à Cana, tout le bourg était déjà en fête. Chez les Sémites, et en Israël en particulier, la fondation d’un foyer, n’était pas seulement une fête de famille, c’était un événement qui intéressait tout le clan. Aussi le mariage était-il célébré avec toute la magnificence possible et les festivités pouvaient durer une semaine entière.
On suppose donc que Jésus et ses nouveaux disciples n’arrivèrent pas à Cana tout à fait au début des fêtes. Marie s’y trouvait déjà, soit comme amie ou parente de l’un des époux, soit comme aide dont on appréciait les services et les conseils, ou comme les deux à la fois. Les calculs de l’ordonnateur du repas ont pu être trompés par la venue imprévue de nouveaux convives, et il arriva que le vin fit défaut avant la fin du repas. Marie fut la première à s’en apercevoir et elle eut le désir d’épargner à ses hôtes la confusion de ne pas pouvoir pleinement satisfaire leurs invités. La fête aurait pu tourner court. Pourtant la Sainte Vierge n’adresse pas à proprement dit une prière à son Fils. Elle ne lui demande rien formellement, elle se contente de Lui exposer la situation pénible de leurs hôtes, non sans l’espoir, bien sûr, que Jésus saurait y remédier. Elle dit simplement à Jésus : « Ils n’ont plus de vin ». La réponse de Jésus nous paraît un peu sèche : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Ce n’est pas que le nom de femme adressé à sa mère ait quelque chose d’irrespectueux : Jésus le lui adressera une fois encore du haut de la croix. Ce qui produit l’impression de brusquerie, c’est plutôt l’expression suivante « que me veux-tu ? » qui traduit une formule très usitée en hébreu dont le sens exprime en général la surprise, le déplaisir ou l’embarras causé par une rencontre imprévue ou une demande insolite. Telle qu’elle est la réponse de Jésus n’implique sans doute pas un blâme ou un reproche, mais sûrement un refus au moins momentané. En entendant la réponse de Jésus, Marie crut si peu à un refus définitif, qu’elle se sentit au contraire exaucée d’avance.
Saint Cyrille d’Alexandrie dit que Jésus veut nous enseigner « ici quel honneur on doit aux parents, puisqu’il fait, par égard pour sa mère, ce qu’il n’aurait pas fait sans cela. » L’heure de sa manifestation publique n’avait pas encore sonné, et Jésus n’aurait pas pris de lui-même l’initiative du miracle. C’est la muette supplication de sa mère, à laquelle il ne peut rien refuser, qui lui fait devancer son heure et déranger, en quelque sorte, le plan divin.
Les enseignements que nous pouvons tirer de cette courte explication de l’Evangile coulent de source. C’est d’abord le respect qui est dû aux parents, comme l’a souligné St Cyrille d’Alexandrie. Non seulement, Jésus fut soumis à Joseph et à Marie pendant sa vie cachée de Nazareth, mais une fois devenu adulte et ayant quitté la maison familiale, il obtempère encore au désir de sa Mère et ainsi lui témoigne sa piété filiale. Cet évangile nous dévoile aussi l’amour ardent et délicat de Marie. Remplie de pitié et de miséricorde, elle a eu de la sollicitude pour son prochain. Modèle de discrétion et de confiance, la Vierge laisse aussi voir sa puissance d'intercession auprès de son Fils. Comme le souligne St Jean de la Croix : « Celui qui aime discrètement ne se met pas en peine de demander ce qui lui manque et ce qu'il désire, mais il représente seulement sa nécessité, afin que l'Aimé fasse ce qu'Il trouvera bon ». Marie aujourd'hui, est toujours ainsi présente à ce qui fait notre quotidien, elle est toujours prête à intercéder pour nous auprès de Jésus, car c'est à travers notre vie de tous les jours que, comme une mère attentive et pleine d’affection, elle nous conduit à Jésus. Amen.
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