jeudi 28 janvier 2010

4ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Jérémie 18, 4 – 5.17 - 19

2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 12, 31 – 13, 13

Evangile : Saint Luc 4, 21 - 30

L’extrait de la 1° lettre de Saint Paul aux Corinthiens qu’on a entendu en 2° lecture est communément appelée : l’hymne à la Charité. Pour bien la comprendre, il faut rappeler les circonstances dans lesquelles elle a été écrite. Depuis qu’au baptême, ils ont reçu l’Esprit-Saint, les Corinthiens font preuve d’une avidité inconsidérée pour les dons spirituels et les manifestations charismatiques. Du coup, ces dons qui devraient les unir, suscitent entre eux des rivalités, et leurs assemblées se déroulent non dans un climat de paix, mais dans le désordre. Dans le passage précédent notre lecture, Saint Paul s’est efforcé de remédier à cette situation très grave qui dénote une perversion des dons de Dieu. Aux Corinthiens charnels, aveuglés par leurs passions, l’Apôtre rappelle que le bien commun est le principe du bon usage des charismes ; les dons de Dieu ne sont pas une richesse à s’approprier, mais un appel à se mettre au service des autres, de la communauté. « Cherchez les dons les meilleurs » exhorte Saint Paul. Quels sont-ils ? Certainement pas ceux qui mettent en vedette le bénéficiaire, mais ceux qui le rendent plus utile à ses frères. Mais en plus de ces dons du Saint-Esprit, il y a une réalité, « une voie » qui est supérieure aux dons les meilleurs : cette voie, c’est la charité.

La charité n’est pas n’importe quel amour : elle a sa source en Dieu. St Paul n’en fait pas un don parmi les autres ; il en fait une voie sans égale… et même mieux la charité est une vie, une vie branchée (connectée dirait-on aujourd’hui) sur Dieu qui devient notre vie. Pour mieux faire saisir ce qu’elle est, St Paul la décrit par une hymne en 3 strophes qui proclame tout à tour la nécessité de la charité, sa fécondité et son éternité.

Et d’abord sa nécessité. Sans la charité, les dons de l’Esprit resteraient comme extérieur au chrétien qui n’en retirerait aucun profit spirituel personnel. St Paul donne l’exemple de gens qui possèdent ces dons de façon matérielle où la charité est absente. Le don de l’Esprit fait alors de celui qui l’a reçu et le met en œuvre, un instrument de l’action divine, mais il ne sanctifie pas cet instrument qui agit à la manière d’un robot. Faute de charité les charismatiques seraient personnellement privés de vie spirituelle authentique, et tout ce qu’ils pourraient faire, resterait sans valeur pour leur sainteté. La nécessité de la charité tient au fait qu’elle est la vie même du croyant, de l’enfant de Dieu. Elle a, dans l’organisme spirituel du chrétien, la même fonction essentielle que le cœur de l’organisme corporel. Par le sang qu’il propulse dans le corps, le cœur vivifient tous les membres qui agissent. De même la charité. Répandue dans le cœur du croyant par l’Esprit-Saint, elle inspire toutes ses actions et leur donne vie parce qu’elle fait aimer comme le Christ a aimé et ne cesse d’aimer. Voilà pourquoi le chrétien authentique, peut dire: « ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Aussi bien sans cette charité indispensable, sans cette vie divine, l’homme spirituel n’existe pas, il est mort.

Aimer comme Jésus qui est venu servir et non être servi et qui a donné sa vie pour la multitude, fait que St Paul insiste sur la charité fraternelle : pour l’amour du Christ, il faut être toujours prêt et disponible à rendre service. Il va de soi que ce dévouement sans mesure qui répond à tout appel au secours, exige une patience d’ange, surtout quand, dans le prochain, il se mêle de l’incompétence ou pire encore de la mauvaise volonté ou de la paresse comme l’expérience nous l’apprend dans la vie quotidienne. La patience est donc un signe important d’authenticité de la charité. Et si, tout en rendant service, notre charité est vraiment intérieure, sincère, pleine de bienveillance, généreuse, automatiquement seront exclues de notre cœur tous ces cancers de la charité que sont : l’envie, la vantardise, l’arrogance, la colère, la rancune, toutes ces grimaces qui déformeraient le vrai visage de l’amour divin opérant en nous et par nous et qui nous feraient perdre le mérite du bien accompli.

L’Apôtre souligne un autre critère important de l’amour véritable : la joie, cette joie qui trouve sa source dans tout ce qui est vrai et bon, et jamais dans ce qui serait malhonnête, faux, injuste et nuirait au prochain. La voie de la charité donne accès à cette joie, à cette sérénité qui est un écoulement de la joie infinie de Dieu.

Enfin Frères et Sœurs dans le Christ, St Paul nous rappelle que l’Amour est éternel. Cela tout le monde l’admet facilement, sans preuves, tellement aimer toujours et être aimé sans fin est un besoin inné de notre cœur. Et nous avons l’espérance de goûter la plénitude de ce bonheur au ciel. Que cette pensée nous soutienne dans nos épreuves passagères d’ici-bas ; qu’elle nous encourage à semer sans cesse la charité autour de nous pour en recueillir les fruits pour l’éternité, puisque c’est sur l’Amour que nous serons jugés. Amen.

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