mardi 5 janvier 2010

BAPTÊME DU SEIGNEUR

1ère lecture : Isaïe 40, 1… 11

2ème lecture : Tite 2, 11-14 ; 3, 4-7

Evangile : Saint Luc 3, 15... 22

Le fleuve du Jourdain qui coupe la Palestine dans toute sa longueur est un des plus rapides et des plus sinueux du monde. Contemplé des hauteurs voisines, il apparaît comme un long ruban de verdure qui serpente au fond d’une tranchée creusée par un puissant tremblement de terre. Ce fourré d’arbres et d’arbustes enguirlandés de lianes qu’on appelait la gloire ou l’orgueil du Jourdain, était jadis le repaire des lions, des léopards et des sangliers. Sur une grande partie de son cours, les bords du fleuve restent incultes. Cependant, au sortir du lac de Tibériade et aux approches de la Mer Morte, la plaine qui s’étend des deux côtés du fleuve, s’élargit et présente au nord de la Mer Morte l’aspect d’un vaste amphithéâtre auquel les Hébreux donnaient le nom de Cercle ou Cirque du Jourdain. Il y avait là au temps du Christ, une forêt de palmiers et un bois de balsamiers qui faisaient la fortune de la région.

D’ordinaire Jean baptisait à Béthanie, au delà du Jourdain. Cette Béthanie n’est pas la Béthanie près de Jérusalem où demeurait Lazare que Jésus ressusciterait ; c’est à Béthanie d’au-delà du Jourdain aussi que Jean-Baptiste rendit à Jésus son triple témoignage. Cependant il ne s’ensuit pas qu’il l’ait baptisé à cet endroit, parce qu’il changeait souvent de place. Du reste, l’église qui a été construite et qui conserve le souvenir du baptême de Jésus est située plus au nord, à 7 ou 8 km de la Mer Morte.

Comme la prédication enflammée de Jean, le prodige de sa vie pénitente et le prestige qui l’environnait suggéraient à plusieurs l’idée qu’il pourrait bien être le Messie, il s’en défendait énergiquement, refusant de prendre une place qui ne lui revenait pas et de s’attribuer un rôle qui ne lui appartenait pas.

Un jour d’hiver, Jésus encore ignoré de tous, se présenta sur les bords du Jourdain, mêlé à la foule des pénitents. Chose étrange et pourtant certaine, son cousin Jean ne le connaissait pas personnellement. Vivant au désert depuis sa tendre enfance, il n’avait pas eu occasion de rencontrer Jésus qui ne quittait sa solitude de Nazareth que pour le pèlerinage de Jérusalem. Certes Jean avait pleinement conscience de son rôle de précurseur ; il savait qu’il préparait les voies au Messie dont l’apparition était imminente. Mais quand Jésus s’avança pour recevoir de sa main le baptême, il fallut qu’une lumière surnaturelle l’éclaira intérieurement pour reconnaître en Lui le Messie. Comme pour le prophète Samuel qui, cherchant parmi les fils de Jessé le futur roi d’Israël, à la vue du jeune David qu’il ne connaissait pas, entendit une voix intérieure qui lui dit : « C’est lui. »

Aussitôt après son baptême, sans s’attarder comme les autres à confesser des péchés dont il se savait innocent, Jésus sortit du Jourdain; C’est alors que tout à coup, le ciel s’entr’ouvrant, le Saint-Esprit descendit sur Lui sous la forme d’une colombe et que du haut du ciel, la voix du Père retentit. La théophanie n’était pas pour Jésus seul. Jean, à qui elle avait été promise, y eut part sans aucun doute, et probablement aussi, quoique l’Evangile ne le dise pas, quelques uns de ceux qui se trouvaient présents.

Il nous est maintenant facile de reconnaître dans cette scène du Baptême de Jésus, la manifestation des trois personnes divines ; mais les spectateurs en comprirent-ils le mystère et saisirent-ils toute la portée réelle de cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » ? Il est permis d’en douter. Du moins ceux qui virent la colombe et entendirent les paroles tombées du ciel, durent comprendre que Jésus qui fut l’objet d’une faveur si extraordinaire, n’était pas un homme comme les autres, qu’il était supérieur au Baptiste lui-même et qu’il fallait lui prêter foi et obéissance comme à un messager divin. Ainsi apparaît le but providentiel du baptême de Jésus : non pas comme le prétendent certains exégètes, donner à Jésus lui-même la conscience de sa mission, conscience qu’il a toujours eu depuis sa conception, mais Dieu voulait, en présence de Jean-Baptiste et de ses disciples, authentifier la mission de son Fils bien-aimé qui l’inaugurait officiellement à son baptême par Saint Jean-Baptiste. Amen.

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