dimanche 31 janvier 2010

5ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Isaïe 6, 1 – 2a.3 - 8

2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 15, 1 – 11

Evangile : Saint Luc 5, 1 - 11

De tout temps la population riveraine du lac de Génésareth vivait surtout de la pêche. Souvent plusieurs familles s’y livraient en commun car la manœuvre des engins de grandes dimensions dont on faisait alors usage exigeait un grand nombre de bras. C’est ainsi qu’un couple de frères—Pierre et André, Jacques et Jean—étaient associés quand ils entendirent l’appel du Seigneur. Quand donc Jésus eut terminé sa prédication, il demanda à Pierre de repartir à la pêche ; ce n’était pas une petite affaire, car comme nous l’avons déjà dit, l’important matériel employé supposait un rude travail à ces hommes déjà fatigués par une nuit de pêche infructueuse. De plus, ils se croyaient bien certains, par expérience, qu’un nouvel essai ne donnerait rien. Humainement parlant, c’était un surcroît de fatigue inutile. Aussi l’acte de foi méritoire de saint Pierre fut-il récompensé par un prompt succès : la charge des poissons capturés menaçaient de rompre les filets ! Un pareil résultat, obtenu à point nommé, dans un endroit vainement exploré quelques heures plus tôt, tenait évidemment du prodige. Saint Pierre fut le premier à s’en rendre compte. Il avait déjà vu d’autres miracles du Seigneur—tout au moins celui de Cana—mais ces miracles l’avaient moins frappé parce qu’ils ne le touchaient pas personnellement. C’est pourquoi à la vue d’une si merveilleuse capture, il fut sans doute saisi d’un effroi religieux comme on l’éprouve devant une manifestation surnaturelle, mais surtout du sentiment de son indignité pour avoir bénéficié d’une si grande faveur. Car saint Pierre était un homme si humble qu’il ne pouvait pas s’imaginer pouvoir devenir le bénéficiaire d’un miracle et se croire ainsi l’objet d’une faveur divine exceptionnelle.

Ce récit du miracle de la pêche miraculeuse par saint Luc éclaire les circonstances de l’appel des premiers disciples et la promptitude de leur réponse. Saint Luc qui écrit en historien, explique l’empressement des disciples à suivre l’appel du Seigneur par l’enchaînement des causes et des effets. Parce qu’ils avaient contemplé auparavant ses miracles et même déjà vécu dans son intimité comme l’a rappelé de son côté, saint Jean, les premiers apôtres quittèrent tout pour suivre Jésus ; dès lors leur promptitude à suivre son appel n’a plus rien de contraire aux lois de la psychologie. Mais alors comment expliquer que Jésus invite maintenant à le suivre ceux qui le suivaient déjà depuis si longtemps, depuis son baptême par Jean-Baptiste au Jourdain ? Il est vrai que les 6 premiers apôtres rencontrés par Jésus sur les bords du Jourdain, l’avaient accompagnés partout depuis ce moment. Mais ce n’était pas encore un appel à l’apostolat ; c’était plutôt une sorte de noviciat et de probation, de stage préliminaire. Après l’arrestation de Jean-Baptiste, nous voyons

Jésus revenir en Galilée prêcher dans les synagogues ; mais il est seul ; c’est sans ses apôtres qu’il vint à Nazareth rendre visite à ses concitoyens. C’est alors que les apôtres qui l’avaient déjà suivi, étaient retournés à leurs barques d’où le Seigneur les retira pour en faire désormais des pêcheurs d’hommes.

« Vous serez pêcheurs d’hommes ! » Combien de fois, au cours des siècles, le même appel a-t-il retenti au cœur d’autres disciples qui, sans hésiter, ont tout quitté, amis, parents, patrie, pour suivre le Seigneur et lui donner leur vie pour la diffusion de l’Evangile. On pense naturellement aux missionnaires et aux prêtres, mais ce sont aussi les religieux et les religieuses, actifs ou contemplatifs, et même, tout fidèle qui accomplit son devoir d’état jusqu’au sacrifice par amour de Jésus ? C’est pour tous l’amour, l’abandon, l’élan du cœur, le don total de tout soi-même. Ainsi, après avoir tout sacrifié au service du Maître, joies du présent et rêves de l’avenir, tous pourront s’éteindre dans la paix et le bonheur à la pensée que le sacrifice de leur vie aura été le plus fécond des apostolats et aura contribué au salut de beaucoup d’âmes. Amen.

jeudi 28 janvier 2010

4ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Jérémie 18, 4 – 5.17 - 19

2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 12, 31 – 13, 13

Evangile : Saint Luc 4, 21 - 30

L’extrait de la 1° lettre de Saint Paul aux Corinthiens qu’on a entendu en 2° lecture est communément appelée : l’hymne à la Charité. Pour bien la comprendre, il faut rappeler les circonstances dans lesquelles elle a été écrite. Depuis qu’au baptême, ils ont reçu l’Esprit-Saint, les Corinthiens font preuve d’une avidité inconsidérée pour les dons spirituels et les manifestations charismatiques. Du coup, ces dons qui devraient les unir, suscitent entre eux des rivalités, et leurs assemblées se déroulent non dans un climat de paix, mais dans le désordre. Dans le passage précédent notre lecture, Saint Paul s’est efforcé de remédier à cette situation très grave qui dénote une perversion des dons de Dieu. Aux Corinthiens charnels, aveuglés par leurs passions, l’Apôtre rappelle que le bien commun est le principe du bon usage des charismes ; les dons de Dieu ne sont pas une richesse à s’approprier, mais un appel à se mettre au service des autres, de la communauté. « Cherchez les dons les meilleurs » exhorte Saint Paul. Quels sont-ils ? Certainement pas ceux qui mettent en vedette le bénéficiaire, mais ceux qui le rendent plus utile à ses frères. Mais en plus de ces dons du Saint-Esprit, il y a une réalité, « une voie » qui est supérieure aux dons les meilleurs : cette voie, c’est la charité.

La charité n’est pas n’importe quel amour : elle a sa source en Dieu. St Paul n’en fait pas un don parmi les autres ; il en fait une voie sans égale… et même mieux la charité est une vie, une vie branchée (connectée dirait-on aujourd’hui) sur Dieu qui devient notre vie. Pour mieux faire saisir ce qu’elle est, St Paul la décrit par une hymne en 3 strophes qui proclame tout à tour la nécessité de la charité, sa fécondité et son éternité.

Et d’abord sa nécessité. Sans la charité, les dons de l’Esprit resteraient comme extérieur au chrétien qui n’en retirerait aucun profit spirituel personnel. St Paul donne l’exemple de gens qui possèdent ces dons de façon matérielle où la charité est absente. Le don de l’Esprit fait alors de celui qui l’a reçu et le met en œuvre, un instrument de l’action divine, mais il ne sanctifie pas cet instrument qui agit à la manière d’un robot. Faute de charité les charismatiques seraient personnellement privés de vie spirituelle authentique, et tout ce qu’ils pourraient faire, resterait sans valeur pour leur sainteté. La nécessité de la charité tient au fait qu’elle est la vie même du croyant, de l’enfant de Dieu. Elle a, dans l’organisme spirituel du chrétien, la même fonction essentielle que le cœur de l’organisme corporel. Par le sang qu’il propulse dans le corps, le cœur vivifient tous les membres qui agissent. De même la charité. Répandue dans le cœur du croyant par l’Esprit-Saint, elle inspire toutes ses actions et leur donne vie parce qu’elle fait aimer comme le Christ a aimé et ne cesse d’aimer. Voilà pourquoi le chrétien authentique, peut dire: « ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Aussi bien sans cette charité indispensable, sans cette vie divine, l’homme spirituel n’existe pas, il est mort.

Aimer comme Jésus qui est venu servir et non être servi et qui a donné sa vie pour la multitude, fait que St Paul insiste sur la charité fraternelle : pour l’amour du Christ, il faut être toujours prêt et disponible à rendre service. Il va de soi que ce dévouement sans mesure qui répond à tout appel au secours, exige une patience d’ange, surtout quand, dans le prochain, il se mêle de l’incompétence ou pire encore de la mauvaise volonté ou de la paresse comme l’expérience nous l’apprend dans la vie quotidienne. La patience est donc un signe important d’authenticité de la charité. Et si, tout en rendant service, notre charité est vraiment intérieure, sincère, pleine de bienveillance, généreuse, automatiquement seront exclues de notre cœur tous ces cancers de la charité que sont : l’envie, la vantardise, l’arrogance, la colère, la rancune, toutes ces grimaces qui déformeraient le vrai visage de l’amour divin opérant en nous et par nous et qui nous feraient perdre le mérite du bien accompli.

L’Apôtre souligne un autre critère important de l’amour véritable : la joie, cette joie qui trouve sa source dans tout ce qui est vrai et bon, et jamais dans ce qui serait malhonnête, faux, injuste et nuirait au prochain. La voie de la charité donne accès à cette joie, à cette sérénité qui est un écoulement de la joie infinie de Dieu.

Enfin Frères et Sœurs dans le Christ, St Paul nous rappelle que l’Amour est éternel. Cela tout le monde l’admet facilement, sans preuves, tellement aimer toujours et être aimé sans fin est un besoin inné de notre cœur. Et nous avons l’espérance de goûter la plénitude de ce bonheur au ciel. Que cette pensée nous soutienne dans nos épreuves passagères d’ici-bas ; qu’elle nous encourage à semer sans cesse la charité autour de nous pour en recueillir les fruits pour l’éternité, puisque c’est sur l’Amour que nous serons jugés. Amen.

mardi 19 janvier 2010

3ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Néhémie 8, 1 – 4a.5 – 6.8 - 10

2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 12, 12 – 30

Evangile : Saint Luc 1, 1 – 4 ; 4, 14 - 21

Dans l’introduction de son Evangile, Saint Luc nous dévoile l’identité du destinataire de son écrit. Il s’adresse à un catéchumène, ou plus probablement à un noble de naissance récemment baptisé. Mais par delà ce premier lecteur, il vise tous les nouveaux chrétiens de langue grecque, issus comme lui du monde païen, pour les confirmer dans la foi. Il déclare sans ambages ne pas avoir été témoin oculaire des faits qu’il va raconter, mais il s’est soigneusement informé auprès des témoins immédiats. Il a étudié avec diligence et suivi avec attention le cours des évènements depuis le début, et il en possède une connaissance exacte et détaillée : St Luc remplit donc les conditions exigées d’un historien véridique et personne n’a le droit de récuser sa déposition, et on s’étonne de la prétention de certains exégètes contemporains qui n’hésitent pas à disséquer l’Evangile pour déterminer quels passages seraient plus historiques que d’autres.

Saint Luc souligne toutefois qu’il n’est pas le premier à avoir tenté de raconter les évènements qu’il se propose lui-même d’exposer. Mais il ne dit pas ce qu’il trouve à redire à ses devanciers, ni ce que leurs œuvres laissent à désirer. Parmi les essais antérieurs, il en était sans doute de très fragmentaires, mais il y en avait aussi de plus élaborés comme l’évangile de Saint Marc. Mais alors que St Marc débute son évangile en entrant directement dans le vif du sujet, St Luc remonte jusqu’à l’origine et donne un récit suivi de la vie du Christ, depuis la naissance jusqu’à l’ascension. Pourtant Saint Luc n’a pas l’intention qu’on lui prête parfois de corriger St Marc qu’il suit pas à pas et dont il ne s’écarte que deux fois. Cependant la chronologie n’est pas particulièrement présente en Saint Luc. En effet aucun autre évangéliste ne paraît aussi indifférent que lui aux questions de temps et de dates ; du reste, un auteur peut être un authentique historien sans être un chroniqueur ou un annaliste dont le souci essentiel est la suite chronologique exacte des évènements.

C’est pourquoi quand Saint Luc, comme d’ailleurs Saint Marc, place la visite de Jésus à Nazareth aussitôt après son baptême et son jeûne au désert, il a passé sur plusieurs épisode de la vie de Jésus comme l’élection des apôtres et leur envoi en mission, et ses premiers miracles à Cana et à Capharnaüm dont il est fait allusion dans l’évangile de la visite de Jésus à Nazareth.

Frères et Sœurs dans le Christ, cette précaution que prend Saint Luc de fonder son récit sur une enquête personnelle des évènements qu’il rapporte, est essentielle à notre foi parce qu’elle la fonde sur leur réalité historique. La foi en Jésus-Christ n’est pas un mythe comme ceux qui ont été inventés par les religions païennes, ni même une idéologie élaborée par la première communauté chrétienne qui laisserait planer le doute sur la vérité historique des évangiles ; notre foi chrétienne est, au contraire, fondée sur la réalité de la vie de Jésus-Christ et sur son enseignement authentifié par de réels miracles. C’est donc avec raison que nous avons mis notre foi en Jésus-Christ dont la vie nous est parfaitement transmise par les évangélistes et qui est le seul Sauveur des hommes. Son Nom, élevé au-dessus de tout nom, est, en effet, le seul qui doit être invoqué pour être sauvé. Amen.

jeudi 14 janvier 2010

2ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Isaïe 62, 1 – 5

2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 12, 4 – 11

Evangile : Saint Luc 2, 1 - 11

Si l’on s’en tenait aux 3 évangiles synoptiques de St Mt, St Mc et St Luc, on pourrait croire qu’après son jeûne au désert, Jésus était revenu en Galilée pour commencer son apostolat. En réalité, St Jean, plus précis, mentionne un double retour en Galilée et intercale entre les deux des faits qui sont passés sous silence par les autres évangiles et qui ont précédé l’apostolat effectif de Jésus en Galilée. Parmi ces faits, il y a le premier miracle de Jésus à Cana que Saint Jean est seul à rapporter. Quand Jésus arriva à Cana, tout le bourg était déjà en fête. Chez les Sémites, et en Israël en particulier, la fondation d’un foyer, n’était pas seulement une fête de famille, c’était un événement qui intéressait tout le clan. Aussi le mariage était-il célébré avec toute la magnificence possible et les festivités pouvaient durer une semaine entière.

On suppose donc que Jésus et ses nouveaux disciples n’arrivèrent pas à Cana tout à fait au début des fêtes. Marie s’y trouvait déjà, soit comme amie ou parente de l’un des époux, soit comme aide dont on appréciait les services et les conseils, ou comme les deux à la fois. Les calculs de l’ordonnateur du repas ont pu être trompés par la venue imprévue de nouveaux convives, et il arriva que le vin fit défaut avant la fin du repas. Marie fut la première à s’en apercevoir et elle eut le désir d’épargner à ses hôtes la confusion de ne pas pouvoir pleinement satisfaire leurs invités. La fête aurait pu tourner court. Pourtant la Sainte Vierge n’adresse pas à proprement dit une prière à son Fils. Elle ne lui demande rien formellement, elle se contente de Lui exposer la situation pénible de leurs hôtes, non sans l’espoir, bien sûr, que Jésus saurait y remédier. Elle dit simplement à Jésus : « Ils n’ont plus de vin ». La réponse de Jésus nous paraît un peu sèche : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Ce n’est pas que le nom de femme adressé à sa mère ait quelque chose d’irrespectueux : Jésus le lui adressera une fois encore du haut de la croix. Ce qui produit l’impression de brusquerie, c’est plutôt l’expression suivante « que me veux-tu ? » qui traduit une formule très usitée en hébreu dont le sens exprime en général la surprise, le déplaisir ou l’embarras causé par une rencontre imprévue ou une demande insolite. Telle qu’elle est la réponse de Jésus n’implique sans doute pas un blâme ou un reproche, mais sûrement un refus au moins momentané. En entendant la réponse de Jésus, Marie crut si peu à un refus définitif, qu’elle se sentit au contraire exaucée d’avance.

Saint Cyrille d’Alexandrie dit que Jésus veut nous enseigner « ici quel honneur on doit aux parents, puisqu’il fait, par égard pour sa mère, ce qu’il n’aurait pas fait sans cela. » L’heure de sa manifestation publique n’avait pas encore sonné, et Jésus n’aurait pas pris de lui-même l’initiative du miracle. C’est la muette supplication de sa mère, à laquelle il ne peut rien refuser, qui lui fait devancer son heure et déranger, en quelque sorte, le plan divin.

Les enseignements que nous pouvons tirer de cette courte explication de l’Evangile coulent de source. C’est d’abord le respect qui est dû aux parents, comme l’a souligné St Cyrille d’Alexandrie. Non seulement, Jésus fut soumis à Joseph et à Marie pendant sa vie cachée de Nazareth, mais une fois devenu adulte et ayant quitté la maison familiale, il obtempère encore au désir de sa Mère et ainsi lui témoigne sa piété filiale. Cet évangile nous dévoile aussi l’amour ardent et délicat de Marie. Remplie de pitié et de miséricorde, elle a eu de la sollicitude pour son prochain. Modèle de discrétion et de confiance, la Vierge laisse aussi voir sa puissance d'intercession auprès de son Fils. Comme le souligne St Jean de la Croix : « Celui qui aime discrètement ne se met pas en peine de demander ce qui lui manque et ce qu'il désire, mais il représente seulement sa nécessité, afin que l'Aimé fasse ce qu'Il trouvera bon ». Marie aujourd'hui, est toujours ainsi présente à ce qui fait notre quotidien, elle est toujours prête à intercéder pour nous auprès de Jésus, car c'est à travers notre vie de tous les jours que, comme une mère attentive et pleine d’affection, elle nous conduit à Jésus. Amen.

mardi 5 janvier 2010

BAPTÊME DU SEIGNEUR

1ère lecture : Isaïe 40, 1… 11

2ème lecture : Tite 2, 11-14 ; 3, 4-7

Evangile : Saint Luc 3, 15... 22

Le fleuve du Jourdain qui coupe la Palestine dans toute sa longueur est un des plus rapides et des plus sinueux du monde. Contemplé des hauteurs voisines, il apparaît comme un long ruban de verdure qui serpente au fond d’une tranchée creusée par un puissant tremblement de terre. Ce fourré d’arbres et d’arbustes enguirlandés de lianes qu’on appelait la gloire ou l’orgueil du Jourdain, était jadis le repaire des lions, des léopards et des sangliers. Sur une grande partie de son cours, les bords du fleuve restent incultes. Cependant, au sortir du lac de Tibériade et aux approches de la Mer Morte, la plaine qui s’étend des deux côtés du fleuve, s’élargit et présente au nord de la Mer Morte l’aspect d’un vaste amphithéâtre auquel les Hébreux donnaient le nom de Cercle ou Cirque du Jourdain. Il y avait là au temps du Christ, une forêt de palmiers et un bois de balsamiers qui faisaient la fortune de la région.

D’ordinaire Jean baptisait à Béthanie, au delà du Jourdain. Cette Béthanie n’est pas la Béthanie près de Jérusalem où demeurait Lazare que Jésus ressusciterait ; c’est à Béthanie d’au-delà du Jourdain aussi que Jean-Baptiste rendit à Jésus son triple témoignage. Cependant il ne s’ensuit pas qu’il l’ait baptisé à cet endroit, parce qu’il changeait souvent de place. Du reste, l’église qui a été construite et qui conserve le souvenir du baptême de Jésus est située plus au nord, à 7 ou 8 km de la Mer Morte.

Comme la prédication enflammée de Jean, le prodige de sa vie pénitente et le prestige qui l’environnait suggéraient à plusieurs l’idée qu’il pourrait bien être le Messie, il s’en défendait énergiquement, refusant de prendre une place qui ne lui revenait pas et de s’attribuer un rôle qui ne lui appartenait pas.

Un jour d’hiver, Jésus encore ignoré de tous, se présenta sur les bords du Jourdain, mêlé à la foule des pénitents. Chose étrange et pourtant certaine, son cousin Jean ne le connaissait pas personnellement. Vivant au désert depuis sa tendre enfance, il n’avait pas eu occasion de rencontrer Jésus qui ne quittait sa solitude de Nazareth que pour le pèlerinage de Jérusalem. Certes Jean avait pleinement conscience de son rôle de précurseur ; il savait qu’il préparait les voies au Messie dont l’apparition était imminente. Mais quand Jésus s’avança pour recevoir de sa main le baptême, il fallut qu’une lumière surnaturelle l’éclaira intérieurement pour reconnaître en Lui le Messie. Comme pour le prophète Samuel qui, cherchant parmi les fils de Jessé le futur roi d’Israël, à la vue du jeune David qu’il ne connaissait pas, entendit une voix intérieure qui lui dit : « C’est lui. »

Aussitôt après son baptême, sans s’attarder comme les autres à confesser des péchés dont il se savait innocent, Jésus sortit du Jourdain; C’est alors que tout à coup, le ciel s’entr’ouvrant, le Saint-Esprit descendit sur Lui sous la forme d’une colombe et que du haut du ciel, la voix du Père retentit. La théophanie n’était pas pour Jésus seul. Jean, à qui elle avait été promise, y eut part sans aucun doute, et probablement aussi, quoique l’Evangile ne le dise pas, quelques uns de ceux qui se trouvaient présents.

Il nous est maintenant facile de reconnaître dans cette scène du Baptême de Jésus, la manifestation des trois personnes divines ; mais les spectateurs en comprirent-ils le mystère et saisirent-ils toute la portée réelle de cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » ? Il est permis d’en douter. Du moins ceux qui virent la colombe et entendirent les paroles tombées du ciel, durent comprendre que Jésus qui fut l’objet d’une faveur si extraordinaire, n’était pas un homme comme les autres, qu’il était supérieur au Baptiste lui-même et qu’il fallait lui prêter foi et obéissance comme à un messager divin. Ainsi apparaît le but providentiel du baptême de Jésus : non pas comme le prétendent certains exégètes, donner à Jésus lui-même la conscience de sa mission, conscience qu’il a toujours eu depuis sa conception, mais Dieu voulait, en présence de Jean-Baptiste et de ses disciples, authentifier la mission de son Fils bien-aimé qui l’inaugurait officiellement à son baptême par Saint Jean-Baptiste. Amen.