1ère lecture : Isaïe 6, 1 – 2a.3 - 8
2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 15, 1 – 11
Evangile : Saint Luc 5, 1 - 11
De tout temps la population riveraine du lac de Génésareth vivait surtout de la pêche. Souvent plusieurs familles s’y livraient en commun car la manœuvre des engins de grandes dimensions dont on faisait alors usage exigeait un grand nombre de bras. C’est ainsi qu’un couple de frères—Pierre et André, Jacques et Jean—étaient associés quand ils entendirent l’appel du Seigneur. Quand donc Jésus eut terminé sa prédication, il demanda à Pierre de repartir à la pêche ; ce n’était pas une petite affaire, car comme nous l’avons déjà dit, l’important matériel employé supposait un rude travail à ces hommes déjà fatigués par une nuit de pêche infructueuse. De plus, ils se croyaient bien certains, par expérience, qu’un nouvel essai ne donnerait rien. Humainement parlant, c’était un surcroît de fatigue inutile. Aussi l’acte de foi méritoire de saint Pierre fut-il récompensé par un prompt succès : la charge des poissons capturés menaçaient de rompre les filets ! Un pareil résultat, obtenu à point nommé, dans un endroit vainement exploré quelques heures plus tôt, tenait évidemment du prodige. Saint Pierre fut le premier à s’en rendre compte. Il avait déjà vu d’autres miracles du Seigneur—tout au moins celui de Cana—mais ces miracles l’avaient moins frappé parce qu’ils ne le touchaient pas personnellement. C’est pourquoi à la vue d’une si merveilleuse capture, il fut sans doute saisi d’un effroi religieux comme on l’éprouve devant une manifestation surnaturelle, mais surtout du sentiment de son indignité pour avoir bénéficié d’une si grande faveur. Car saint Pierre était un homme si humble qu’il ne pouvait pas s’imaginer pouvoir devenir le bénéficiaire d’un miracle et se croire ainsi l’objet d’une faveur divine exceptionnelle.
Ce récit du miracle de la pêche miraculeuse par saint Luc éclaire les circonstances de l’appel des premiers disciples et la promptitude de leur réponse. Saint Luc qui écrit en historien, explique l’empressement des disciples à suivre l’appel du Seigneur par l’enchaînement des causes et des effets. Parce qu’ils avaient contemplé auparavant ses miracles et même déjà vécu dans son intimité comme l’a rappelé de son côté, saint Jean, les premiers apôtres quittèrent tout pour suivre Jésus ; dès lors leur promptitude à suivre son appel n’a plus rien de contraire aux lois de la psychologie. Mais alors comment expliquer que Jésus invite maintenant à le suivre ceux qui le suivaient déjà depuis si longtemps, depuis son baptême par Jean-Baptiste au Jourdain ? Il est vrai que les 6 premiers apôtres rencontrés par Jésus sur les bords du Jourdain, l’avaient accompagnés partout depuis ce moment. Mais ce n’était pas encore un appel à l’apostolat ; c’était plutôt une sorte de noviciat et de probation, de stage préliminaire. Après l’arrestation de Jean-Baptiste, nous voyons
Jésus revenir en Galilée prêcher dans les synagogues ; mais il est seul ; c’est sans ses apôtres qu’il vint à Nazareth rendre visite à ses concitoyens. C’est alors que les apôtres qui l’avaient déjà suivi, étaient retournés à leurs barques d’où le Seigneur les retira pour en faire désormais des pêcheurs d’hommes.
« Vous serez pêcheurs d’hommes ! » Combien de fois, au cours des siècles, le même appel a-t-il retenti au cœur d’autres disciples qui, sans hésiter, ont tout quitté, amis, parents, patrie, pour suivre le Seigneur et lui donner leur vie pour la diffusion de l’Evangile. On pense naturellement aux missionnaires et aux prêtres, mais ce sont aussi les religieux et les religieuses, actifs ou contemplatifs, et même, tout fidèle qui accomplit son devoir d’état jusqu’au sacrifice par amour de Jésus ? C’est pour tous l’amour, l’abandon, l’élan du cœur, le don total de tout soi-même. Ainsi, après avoir tout sacrifié au service du Maître, joies du présent et rêves de l’avenir, tous pourront s’éteindre dans la paix et le bonheur à la pensée que le sacrifice de leur vie aura été le plus fécond des apostolats et aura contribué au salut de beaucoup d’âmes. Amen.