Préface
Chapitre 1 Marie et les pécheurs
Chapitre 2 L’ave Maria et le chapelet
Chapitre 3 Marie et la Confession
Chapitre 4 Bonté de Marie
Chapitre 5 Puissance de Marie
Chapitre 6 La Vierge Marie et le démon
Chapitre 7 La Vierge Marie, à l’heure de la mort
Prières
Préface
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort affirme que la dévotion à la sainte Vierge Marie est un signe de prédestination et que le meilleur et le plus facile moyen de parvenir à la sainteté est d’aimer, de prier et d’imiter la Vierge Marie. Mais comment attirer les âmes à se confier à la sollicitude de la Vierge Marie qui comme une mère attentive et dévouée vient au secours de ses enfants avant même qu’ils l’en aient priée et dont la bonté est si grande qu’elle a plus de hâte de subvenir à leurs besoins spirituels qu’ils en ont, eux, à l’invoquer suivant une pensée de saint Alphonse de Liguori ? Mais comme notre foi est faible et que la charité se refroidit, il y a besoin de faits pour soutenir notre confiance et nous inciter à la prier. Sans doute, l’humilité nous empêche de prétendre avoir des visions et bénéficier de miracles, mais ce n’est pas une raison pour mettre en doute ceux qui en ont eu la faveur. Au reste, nous assure saint Alphonse de Liguori, celle de voir la Sainte Vierge au moment de mourir n’est pas seulement réservée aux grands saints, mais tous ceux qui ont aimé et prié fidèlement Marie pendant leur vie peuvent espérer recevoir la grâce de sa visite à leur dernière heure.
Comme Dieu a opéré des merveilles dans l’histoire de l’humanité, ainsi la Vierge Marie en a aussi opéré par la volonté de son Fils qui veut qu’Elle soit honorée et aimée de tous. Cette brochure en reproduira quelques unes parmi tant d’autres, qui, nous le souhaitons, rendront plus sensibles la délicatesse et l’amour de Marie envers ses enfants de la terre et qui, en même temps, les encourageront à recourir à elle et à lui témoigner leur confiance par des dévotions et des prières qui lui sont agréables. En se laissant conduire par elle, sans se plaindre des dispositions mystérieuses de la Providence, parfois douloureuses, que l’humilité nous impose d’adorer, ils parviendront sûrement à Jésus qui a voulu venir à nous par Marie. Ainsi pourront-ils recevoir d’Elle toujours de plus grandes et de plus nombreuses grâces.
Philippe NAHAN
Chapitre 1
Marie et les pécheurs
Marie l'Égyptienne
Une histoire célèbre est celle de Marie l’Égyptienne, rapportée dans le premier volume de la Vie des Pères du Désert.
Dès l'âge de 12 ans, Marie quitta la maison paternelle et vint à Alexandrie, où sa vie licencieuse était un scandale pour les habitants. Après seize années de désordres et de crimes, elle eut la fantaisie de se joindre à une troupe de pèlerins qui s'embarquaient pour Jérusalem, où ils allaient célébrer la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix. Arrivée dans cette ville, et le jour de la fête étant venu, un sentiment de curiosité la porta à vouloir entrer dans l'église avec la foule ; mais elle se sentit repoussée par une main invisible, et par trois fois elle tenta inutilement de franchir le seuil de la porte.
Alors, éclairée par une lumière du Ciel, elle comprit que c'étaient ses crimes qui lui fermaient la Maison de Dieu.
Il y avait sous le porche de l'église une image de la Sainte Vierge, peinte sur la muraille. Levant les yeux et apercevant cette image, elle se prosterne, et fondant en larmes, elle fait intérieurement cette prière. « O Mère de mon Dieu, ayez pitié d'une misérable créature ! Vous êtes le refuge des pécheurs, ne me refusez pas la consolation de voir et d'adorer ce bois sacré sur lequel mon Sauveur, votre Fils, a répandu son sang pour me racheter ; après quoi, je vous promets d'aller pleurer mes crimes le reste de mes jours, dans l'endroit que vous m'indiquerez. »
Assurée intérieurement que l'église lui serait ouverte, elle se présente et entre sans résistance avec les autres. Et c’est avec les sentiments du plus vif regret de ses fautes qu’elle adore la Croix.
Retournant ensuite vers l'image de la Sainte Vierge : « O Mère de Dieu et ma protectrice, dit-elle à la Sainte Vierge, me voici prête, où voulez-vous que j’aille ? » Une voix lui répond : « Passe le Jourdain, et tu trouveras le lieu de ton repos. »
La pécheresse fît une confession générale de toute sa vie, reçut la sainte communion, puis, ayant passé le fleuve, elle s'enfonça dans le désert qu'elle comprit devoir être le lieu de sa pénitence.
Durant les dix-sept premières années que la sainte pénitente passa dans la solitude, ce furent des assauts continuels de la part du démon. Dans ces violentes tempêtes, elle ne faisait autre chose qu'invoquer Marie, et, par son secours, elle fut toujours victorieuse. Après ces dix-sept années d'épreuves, les combats cessèrent : et il y en avait quarante-sept qu'elle vivait dans le désert, lorsque par une disposition de sa providence, Dieu permit que l'abbé Zozime découvrît ce trésor. La sainte pénitente raconta son histoire au solitaire, ensuite elle le pria de revenir l'année suivante et de lui apporter la sainte Eucharistie.
L'abbé y consentit et fut fidèle à sa parole. La pénitente, après avoir reçu la communion, lui fit promettre qu'il reviendrait l'année d'après, à pareil jour. Zozime revint en effet, mais il la trouva morte. Son corps était environné d'une grande lumière, et il vit ces mots tracés sur le sable : « Enfermez ici le corps de la pauvre pécheresse Marie ; et priez pour le repos de son âme. »
Zozime ensevelit ce saint corps, à l'aide d'un lion qui vint creuser la fosse ; et de retour au monastère, il raconta les merveilles de la miséricorde divine envers Marie l'Égyptienne.
On ne prie jamais Marie en vain
Un grand criminel du royaume de Valence, cherchant à échapper aux mains de la justice, voulut se faire musulman et était sur le point de prendre le bateau pour fuir.
Le hasard le fit passer devant une église où le P. Jérôme Lopez, jésuite, prêchait sur la miséricorde de Dieu. Ce sermon le convertit et il se confessa au P. Lopez. Celui-ci lui demanda s'il avait mérité, par quelque dévotion particulière, que le bon Dieu se montrât si miséricordieux envers lui.
Il répondit qu'il n'avait jamais pratiqué d'autre dévotion que de prier, chaque jour, la Sainte Vierge de ne pas l'abandonner.
(Gloires de Marie.)
Chapitre 2
L’Ave Maria et le chapelet
Saint Alphonse de Liguori avait une très grande dévotion à l'Ave Maria. Il le récitait à chaque heure du jour. Lorsque l'heure sonnait, on le voyait s'arrêter tout court pour le réciter, quelles que fussent ses occupations et les personnes qui l'entouraient Et quand on s'en étonnait, il répondait : « Un Ave Maria, c'est un trésor qui surpasse le prix du monde entier. »
La sonnette du docteur Récamier¹
Un célèbre professeur du Collège de France, le docteur Récamier, récitait son chapelet comme un jeune séminariste. Cet homme, dont la réputation était européenne et que venaient consulter les princes et les rois, égrenait son rosaire comme une simple bonne femme.
Un jour, il était allé visiter un prêtre malade chez qui se trouvait en ce moment une réunion d'amis. L'illustre médecin, après avoir donné ses prescriptions, se levait déjà pour partir, lorsque plongeant la main dans une poche, il s'écria : « Bon ! j'allais oublier une affaire sérieuse. »
— Quoi donc, demanda l'ecclésiastique.
— Il m'est arrivé un malheur, M. l'abbé. »
— Un malheur ? »
— Oui, un malheur que vous seul pouvez réparer : il s'agit d'une petite fracture que je vous prie de remettre. » Et en disant ces mots, Récamier tirait triomphalement son chapelet.
Un ancien militaire était présent avec son fils et tous deux parurent un peu surpris. « Je récite mon chapelet, voyez-vous », leur dit le grand docteur, en se tournant vers eux le sourire sur les lèvres. « Quand je suis inquiet d'un malade, quand je suis à bout de ressources, je m'adresse à Celui qui sait tout guérir. Seulement, j'y mets de la diplomatie, et comme mes occupations ne me permettent pas d'intercéder bien longtemps, je prends la sainte Vierge pour intermédiaire. En me rendant chez mes malades, je lui dis une ou deux dizaines de chapelet. Rien de plus facile, vous comprenez : je suis tranquillement assis dans ma voiture, je glisse ma main dans ma poche, et puis... j'entre en conversation, le chapelet est mon interprète. Or, comme j'ai recours assez souvent à cet interprète, il est fatigué, malade, il est cassé, c'est pourquoi je prie M. l'abbé de me le guérir. »
Récamier disait une autre fois à un écrivain :
« Mon ami, le chapelet est une sonnette. Chaque Ave Maria est une sommation, ou, si vous l'aimez mieux, une pétition. Vous voyez arriver tous les jours à Paris un tas de gobe-mouches qui y viennent pour intercéder auprès des autorités, pour implorer les puissants et les riches. Or, pour être admis aux Tuileries, il faut des protections, des amis très haut placés ; pour pénétrer dans un ministère, il faut de nombreuses démarches, puis la bienveillance des employés, de l'entourage, quelquefois même des garçons de bureau. Mais pour parler à la sainte Vierge, rien de plus simple : on tire la sonnette, c'est-à-dire qu'on prend son chapelet. Vite, la porte est ouverte, on présente sa pétition, et la sainte Vierge est si bonne qu'à moins de raisons particulières la prière est exaucée. »
Les « Ave Maria » d'une pauvre femme
Une femme bien humble de position, qui faisait des ménages en ville, restait maîtresse d'une partie de son temps. Elle passait plusieurs fois le jour dans une rue assez éloignée du lieu de son travail, ce qui, prolongeant sa course, doublait sa fatigue.
— Pourquoi, lui demandai-je un jour, faites-vous cette course inutile ?
— Oh ! fit-elle simplement, il y a là une personne malade qui ne veut pas se réconcilier avec le bon Dieu, et je vais, tant que je le puis, jeter devant sa porte quelques « Je vous salue Marie ». Je ne sais si je pense bien ; mais je me figure qu'il en est des prières comme des gouttes d'eau de senteur, qui, jetées sur le sol, répandent jusqu'en haut de la chambre leur bonne odeur ; je crois que mes « Je vous salue Marie » finiront par convertir cette pauvre âme.
Pendant deux mois, j'ai fait cela devant une autre maison, et celui qui était là-haut malade s'est confessé avant de mourir.
L'accident de Mœnchenstein
Le dimanche 29 juin 1891, il y avait concours de tir et fête musicale à la ville de Münchenstein, en Suisse, près de la frontière alsacienne, et une foule d'étrangers s'y rendaient. Dans l'après-midi, un train y arrivait de Bâle, bondé de voyageurs et remorqué par deux locomotives.
Or, dans ce train, se trouvaient deux femmes du Jura, des environs de Porrentruy, revenant du pèlerinage d'Einsiedeln. Une fois installées dans le wagon de Bâle, elles se mirent à réciter ensemble le chapelet, ce qui provoqua les moqueries des groupes joyeux qui se rendaient à la fête.
Au moment où le train passait sur le pont de la Birse, un sourd craquement se fît entendre : c'était le pont qui s'effondrait !… En un instant, la seconde locomotive et les trois voitures qui la suivaient furent précipitées dans la rivière, très grosse ce jour-là. La première locomotive, entraînée par la seconde, fut précipitée à son tour, écrasant dans sa chute les trois voitures où se trouvaient deux cents personnes.
Aux appels désespérés des voyageurs, les habitants de Münchenstein accoururent aussitôt et l'on organisa les secours. Plus de 150 cadavres furent retirés de la rivière et les blessés furent aussi très nombreux.
Les deux femmes qui récitaient leur chapelet au moment de l'accident furent retrouvées indemnes ; leurs vêtements étaient tout déchirés et couverts de sang, mais elles n'avaient pas une égratignure sur leur personne. Ce fait est d'autant plus frappant que tous les voyageurs du même wagon, sans en excepter un seul, étaient tués ou affreusement blessés. Deux des personnes qui se trouvaient à côté des deux femmes eurent les jambes, non seulement cassées, mais broyées.
(Extrait de Allons à Jésus, par Mgr MILLOT.)
Au fond d'un ravin
Un soir, en 1856, l'abbé Riou, curé dans le diocèse du Puy, revenait à cheval d'un petit voyage et regagnait son presbytère.
Un violent orage éclata. L'Abbé s'enveloppa dans son manteau et se mit à réciter son chapelet. Il faisait si noir qu'il ne pouvait même plus diriger son cheval.
A un tournant qui dominait un immense précipice, l'Abbé se sentit tout à coup tomber dans le gouffre. Il roula de bond en bond jusqu'à une profondeur de vingt-cinq mètres. Son manteau, son chapeau, sa soutane et ses autres vêtements furent mis en pièces. Son cheval fut tué et sa cervelle jaillit sur les rochers.
Quant à l'abbé Riou, il se releva sans aucun mal. Il attribua avec raison à la très Sainte Vierge d'avoir échappé si miraculeusement à la mort.
(Extrait de Allons à Jésus, par Mgr MILLOT
Chapitre 3
Marie et la confession
Va te confesser !
Un homme, en Allemagne, commit un péché grave. La honte l'empêcha de se confesser, et, tourmenté par les remords de sa conscience qu'il ne pouvait plus supporter, il décida d'aller se noyer.
Mais, arrivé au bord de la rivière, il n'osa pas s'y jeter et, pleurant à chaudes larmes, il priait Dieu de le pardonner sans confession.
Une nuit, il sentit qu'on le frappait sur l'épaule et entendit une voix qui lui dit : « Va te confesser ! » Il se rendit à l'église, mais il ne se confessa pas. Une autre nuit, il entendit la même voix. Il retourna à l'église, mais, aussitôt qu'il y fut arrivé, il se dit : « Je mourrai plutôt que de confesser ce péché. »
Il s'en retournait chez lui, lorsque l'idée lui vint de prier auparavant la Sainte Vierge. A peine se fût-il mis à genoux, qu'il se sentit tout autre. Il demanda un confesseur et déclara ses péchés en versant des torrents de larmes. Il avoua ensuite qu'il avait eu plus de joie pendant cette confession que s'il avait gagné tout l'or du monde.
(Gloires de Marie)
La Colombe
Un malheureux pécheur, qui avait, entre autres crimes, tué son père et son frère et qui s'était enfui pour ne pas être pris par la justice, ayant assisté, un jour, à un sermon sur la miséricorde de Dieu, alla se confesser au prêtre qui avait prêché.
Celui-ci, après avoir entendu le récit de ses crimes, l'envoya à un autel de la Très Sainte Vierge, honorée sous le titre de Mère des douleurs, pour lui demander la contrition et le par-don de ses péchés. Le pécheur y alla, se mit à prier, et là, au pied de l'autel, mourut de regret.
Le lendemain, pendant que le prêtre recommandait au peuple de prier pour ce pauvre homme, une blanche colombe parut dans l'église et laissa tomber un billet aux pieds du prêtre. Il le prit et y trouva écrites ces paroles :
« L'âme du défunt, à peine sortie de son corps, est allée en paradis. Et vous, continuez à prêcher l'infinie miséricorde de Dieu. »
(Gloires de Marie.)
La Dame blanche
Ce qui suit s'est passé au Brésil. Un homme franc-maçon allait mourir. Ses parents et ses amis le surveillaient de près, veillant aux portes pour empêcher tout prêtre d'entrer. Trois fois un Père se présenta et trois fois le Père fut renvoyé, sans que le malade en fut prévenu. Cependant, le pauvre malade allait de plus en plus mal ; il perdit connaissance pendant un jour entier et l'on pensa qu'il ne reviendrait plus à la vie.
Quand, tout à coup, ceux qui l'entouraient, pleins de frayeur, virent celui qu'ils croyaient mort se redresser sur son lit, étendre ses bras et crier de toutes ses forces, en menaçant les assistants :
« Misérables !... Oui, certainement, il y a un enfer ! Et j’étais sur le point d'y être précipité, lorsqu'une Dame blanche m'a arrêté sur le bord, pour me donner le temps de me confesser ! »
Puis, s'adressant à son frère et à sa femme :
« Misérables ! C'est vous deux qui avez refusé trois fois le prêtre qui venait me visiter pour me fermer l'enfer et m'ouvrir le Ciel ! — Toi, mon frère, sache bien que tu n'es pas le maître dans cette maison ! Que ma femme aille vite chercher un prêtre ! Je veux me confesser. » Il se confessa dans la joie et rendit le dernier soupir.
(Extrait d'une lettre du P. E. Mauran, du Tiers-Ordre de Saint-François, de Guyaba, Brésil.)
Le pécheur de sainte Brigitte
Il y avait un grand seigneur qui s'était fait, par un pacte; l'esclave du démon. Il y avait 60 ans qu'il servait ainsi le démon, dans tous les désordres et péchés inimaginables, lorsque approcha le moment de sa mort.
Jésus, voulant le convertir, commanda à sainte Brigitte de dire à son confesseur d'aller voir le seigneur malade et de l'engager à se confesser. Le confesseur y alla, mais le malade refusa tout net de se confesser. Le prêtre y retourna, le pécheur refusa encore.
Alors, Jésus dit à sainte Brigitte que le confesseur devait y retourner une troisième fois. Quand le pécheur voit revenir le prêtre, il fond en larmes :
« Mais comment, dit-il, pourrai-je être pardonné après avoir servi pendant soixante ans le démon, été son esclave, et chargé mon âme de péchés sans nombre ?
— Mon fils, répondit le Père, n'ayez aucun doute, si vous vous repentez, je vous promets le pardon de la part de Dieu. »
Commençant alors à prendre confiance, le seigneur dit au confesseur :
« Mon Père, je me croirais damné, mais j'éprouve maintenant une douleur de mes péchés qui me permet l’espoir et puisque Dieu ne m’a pas encore abandonné, je veux me confesser. »
En effet, ce jour-là même, il se confessa quatre fois, avec un vif regret de toutes ses fautes, communia le lendemain et mourut six jours après, contrit et résigné.
Après sa mort, Jésus-Christ parla de nouveau à sainte Brigitte et lui annonça que ce pécheur était sauvé, qu'il se trouvait dans le purgatoire et qu'il devait son salut à l'intercession de la Vierge Mère de Dieu, parce que, malgré toute sa détestable conduite, il avait cependant conservé une telle dévotion à ses douleurs qu'il ne se les rappelait jamais sans y compatir.
(Gloires de Marie.)
L'enfant de Dom Bosco
En 1849, parmi les enfants qui allaient au patronage de Dom Bosco, se trouvait un jeune garçon d'une quinzaine d'années qui s'appelait Charles. Il tomba gravement malade pendant que Dom Bosco était au loin.
— « Il faut penser aux Sacrements », dit le médecin. L'enfant supplia qu'on lui amenât Dom Bosco, voulant se confesser à lui. On courut voir s'il était de retour, mais hélas, il ne l'était pas ! Le vicaire de la paroisse administra le pauvre enfant dont les dernières heures furent très agitées, et il mourut.
Quand Dom Bosco rentra à Turin, on n'eut rien de plus pressé que de le prévenir du malheur qui était arrivé.
« Passons par chez lui, pensa Dom Bosco, peut-être en est-il encore temps ! » Mais, arrivé chez l'enfant, le domestique lui dit à la porte :
« Vous arrivez trop tard, Monsieur l'Abbé ! Voilà six heures qu'il est mort !
— Allons donc ! répliqua Dom Bosco, il n'est qu'endormi ! »
L'homme le regarda d'un air qui semblait dire : « Pour qui me prenez-vous ? » Mais Dom Bosco, souriant :
« Que voulez-vous parier qu'il n'est pas mort ? »
A ce moment arrivent les parents en larmes qui confirment la triste nouvelle. Le saint entre dans la chambre où priaient, aux pieds du défunt, la mère et la tante. Un cierge brûlait à la tête du lit. L'enfant était enveloppé, selon l'habitude de ce temps-là, dans un humble drap cousu ; son visage était recouvert d'un voile de mousseline. D'un geste, à l'entrée de la chambre, Dom Bosco avait renvoyé les gens qui l'avaient accueilli.
A un pas du lit, un doute lui vient : Qui sait si cet enfant a bien fait sa dernière confession ? Alors, priant du fond de son âme, il bénit le cadavre et deux fois, sur le ton de commandement, il dit : « Charles, Charles, lève-toi ! » A cette voix, le mort parut frémir. D'un geste brusque, Dom Bosco déchira le drap cousu et découvrit le visage :
« Comme me voilà drôlement arrangé ! » dit l'enfant, dont les yeux grands ouverts semblaient sortir d'un profond sommeil. Puis, il se soulève, regarde autour de lui, et découvrant le père de son âme :
« Oh ! Dom Bosco, s'écria-t-il, si vous saviez comme je vous ai appelé ! C'est Dieu qui vous envoie ; vous avez bien fait de me réveiller !
— Parle, parle, mon petit Charles, murmurait le saint penché sur son lit ; dis bien tout ce que tu veux dire, je ne suis ici que pour toi ! »
Alors, l'enfant continua :
« A cette heure, je crois que je devrais être en enfer. A ma dernière confession, j'ai caché un péché commis quelques semaines plus tôt ; un mauvais camarade m'y avait poussé. A un certain moment, j'ai eu un songe; il me semblait être au bord d'une fournaise ardente, poursuivi par une meute de démons qui voulaient me mettre la main dessus. Et déjà ils s'apprêtaient à le faire, quand une dame très belle se dressa entre moi et leur fureur : "Laissez-le tranquille, dit-elle, il n'est pas encore jugé". A ces paroles, une angoisse folle envahit mon âme ; mais de suite j'entendis votre appel et je me réveillai. Et maintenant, confessez-moi, mon père ! "
Sur un signe de Dom Bosco, la mère et la tante, pétrifiées de terreur, sortirent un instant de la chambre. Quand elles rentrèrent, avec le reste de la famille, la confession était terminée.
« Dom Bosco me sauve de l'enfer », murmurait l'enfant. Il vécut encore deux heures, en pleine connaissance, mais le corps toujours froid comme du marbre. Le saint lui dit :
« Maintenant que tu es en grâce avec Dieu, tu es sûr de ton salut. Veux-tu rester avec nous ou t'en aller là-bas ?
— Je désire aller au ciel, répondit l'enfant.
— Au revoir donc, au paradis, murmura Dom Bosco. »
Comme s'il n'eût attendu que ces paroles, l'enfant inclina la tête sur l'oreiller, ferma les yeux et reprit son immobilité. Cette fois, il s'était endormi dans le Seigneur.
(Vie de saint Jean Bosco, par Auffray, chez Vilte-Lyon.)
L’Ave Maria et la bonne mort
Un curé fut appelé chez une malade à l'agonie, et, après s'être soigneusement renseigné sur le nom de la malade, le numéro de sa rue et son étage, il prit le Saint Sacrement et partit.
Dans la maison où il se rendit, personne ne connaissait le nom de la personne qu'on lui avait indiqué. Mais on lui dit :
— Il y a là dans tel appartement, une autre malade.
Le prêtre monta, mais, à peine avait-il ouvert la porte qu'un homme se précipita sur lui avec des cris sauvages, lui ordonnant de s'en aller. « Je ne crois pas en Dieu, dit l'homme, et je vous défends d'entrer. »
Le prêtre, par la porte ouverte à ce moment, vit, dans un coin de la chambre, une malade dans son lit et entendit son appel déchirant : « M. l'Abbé, ne m'abandonnez pas. Je ne veux pas mourir sans confession !
— Oui, répondit le prêtre, me voici ! »
Étonné de ce courage, le mari se retira, et la pauvre femme, demeurée seule avec le prêtre, lui raconta que depuis dix ans son mari l'empêchait de recevoir les sacrements !
« Mais, ajouta-t-elle, je n'ai jamais oublié un seul jour de dire un Ave Maria pour obtenir la grâce de ne pas mourir sans confession, et je vois que le Bon Dieu m'a exaucée.
— Je m'étonne, répondit le prêtre, qu'avec les dispositions de votre mari, vous ayez pu envoyer quelqu'un me chercher !
— Mais je ne vous ai envoyé personne, reprit la mourante; mon mari fait bonne garde, hélas, auprès de moi !
— Je suis bien pourtant ici au n° 70 ?
— Non, mon Père, vous êtes au n° 30. »
Tout s'expliquait ! La bonne Sainte Vierge avait permis que le Curé se trompât de numéro afin de procurer les sacrements à la pauvre mourante qui l'avait si longtemps invoquée ! De là, le Curé se rendit chez l'autre malade qui l'avait fait demander.
(Mgr de SÉGUR.)
St Maximilien Kolbe
L'acquisition du moteur Diesel pour l’imprimerie du Père Maximilien fut un vrai poème. Le Père Maximilien alla avec Frère Zénon chez M. Borowski, son propriétaire, en récitant chemin faisant, selon son habitude, d'innombrables Ave Maria. Arrivés sur place, ils virent au-dessus du moteur une petite image de la Sainte Vierge. « Ce moteur est à nous — souffla le Père Maximilien à son compagnon — regarde ! »
En effet, au bout d'une assez longue conversation, le marché fut conclu... avec une remise de 35 %. Le brave M. Borowski installa lui-même le moteur dans la nouvelle « imprimerie ». Ce faisant, il confia à l'un des Frères, en grand secret, que depuis vingt ans il ne s'était pas confessé... Le dit Frère le répéta à un autre Frère, naturellement sous le sceau du secret, et bientôt la triste nouvelle fit le tour de la communauté. Que faire ? De confession, il ne voulait même pas entendre parler. « Priez, mes petits enfants — dit le Père Maximilien — la prière peut tout… »
Un soir, les Frères invitèrent ce « cher impénitent » avec eux à l'église. « Mais je n'y mets jamais les pieds, protesta-t-il, ahuri.
— Cela ne fait rien, répliqua le Frère, il faut bien commencer un jour ! Et puis personne ne vous verra, car vous serez avec nous derrière l'autel, dans le chœur. »
C'est ce qui le décida. Or, le malheur voulut qu'il s'agenouillât gauchement sur un prie-dieu doublé d'une grille. En passant à côté, le Père Maximilien vit le guet-apens, s'en réjouit, endossa l'étole, s'assit sur la chaise, derrière la grille, et demanda :
« Depuis quand, mon enfant, ne vous êtes-vous pas confessé ? »
« Ce cher M. Borowski fut bien attrapé » — nous rapportent les chroniqueurs. Au bout d'un long moment, il se releva confessé et absous, les yeux tout rouges... Après cela, le temps passé à l'église ne lui parut plus long !
« Voyez-vous, mes petits agneaux, comme la Sainte Vierge récompense les services qu'on lui rend ? » dit le Père, tout rayonnant.
(Maria Winowska, Le fou de Notre Dame, le Père Maximilien Kolbe p.146-147)
Chapitre 4
Bonté de Marie
La naissance de Niepokalanów
Les « coïncidences » s'accumulent, le « hasard » joue. Voici une bonne nouvelle : tout près de Varsovie, il y a un terrain à vendre. Le Père Maximilien entre en pourparlers, va le voir, s'enthousiasme et installe en plein champ une statuette de l'Immaculée en lui disant tout bas : « Madame, daignez prendre en votre possession ce champ et ce terrain, car c'est exactement ce qu'il nous faut. »
Or, le Père Provincial trouva les conditions trop onéreuses et dit « non ! » Le Père Maximilien courba l'échine comme d'habitude et n'essaya même pas de discuter : il n'avait qu'une peur, c'était de « gâcher la volonté de l'Immaculée qui se manifeste dans celle de ses supérieurs, en interférant la sienne propre ». Le cœur bien gros, il alla donc annoncer au propriétaire, le prince Drucki-Lubecki, que l'achat ne se ferait pas.
— Que dois-je faire de la statue ? demanda le prince.
— Qu'elle reste où elle est » répliqua le Père.
Le prince réfléchit un instant, puis, brusquement :
— Eh bien, prenez le terrain avec ! Je vous le cède pour rien… »
Séance tenante, il écrivit une lettre au Père Provincial pour lui annoncer « les nouvelles conditions de l'affaire ». L'autorisation définitive arriva à Grodno. Le Père ouvrit la lettre dans l'atelier où s'imprimait le dernier numéro de la revue, puis dit aux Frères ouvriers :
— Agenouillons-nous, mes petits enfants, pour dire merci à la Sainte Vierge. » Et ils récitèrent trois Ave, au milieu du vrombissement des moteurs.
(Maria Winowska, Le fou de Notre Dame, le Père Maximilien Kolbe p. 158-159)
La pauvre bergère
Une pauvre bergère, qui gardait les troupeaux, aimait tant la Sainte Vierge que toute sa joie était d'aller dans une de ses chapelles, située sur la montagne, afin d'y honorer et d'y prier la Vierge Marie, pendant que son troupeau paissait tout autour.
Voyant que la statue de Marie n'avait aucun ornement, elle lui fit un manteau avec un morceau d'étoffe, le plus propre qu'elle put avoir.
Un jour, ayant cueilli des fleurs dans la campagne, elle en tressa une guirlande, puis, montant sur l'autel, elle la posa sur la tête de la statue en disant : « Ma Mère, je voudrais poser sur votre front une couronne d'or et de pierreries ; mais comme je suis pauvre, recevez de moi cette simple couronne de fleurs, et acceptez-la en signe de l'amour que je vous porte. »
C'est ainsi, et par d'autres pieuses pratiques, que la pauvre bergère continuait d'honorer et de servir Marie.
Or il arriva que la bergère tomba si gravement malade qu’elle fut bientôt à l'agonie. Dans le même temps, deux religieux traversaient cette contrée et, fatigués par la route, se mirent sous un arbre pour s'y reposer. L'un dormait, l'autre veillait, mais tous deux eurent la même vision. Ils virent un groupe de vierges parfaitement belles, dont l'une, cependant, surpassait toutes les autres en beauté et en majesté. L'un des religieux demanda à celle-ci qui elle était: « Je suis, répondit-elle, la Mère de Dieu, et je vais, avec ces saintes vierges, visiter près d'ici une bergère à l'agonie, qui m'a rendu bien des visites. » En achevant ces mots elle disparut. Les religieux se dirent alors l'un l'autre : « Allons la voir aussi ! »
Ils partirent, et trouvant la chaumière qu'habitait la bergère déjà mourante, ils entrèrent dans un réduit, où ils la virent, couchée sur un peu de paille. Ils la saluèrent.
« Mes frères, leur dit-elle alors, priez Dieu pour qu'il vous fasse voir la société qui m'entoure. » Ils s'agenouillèrent aussitôt et virent Marie auprès de la bergère mourante, une couronne à la main et qui la consolait. Tout à coup, ces saintes vierges commencent un cantique et, à leur douce voix, l'heureuse âme se sépare du corps : Marie la couronne, la reçoit dans ses bras et l'emporte avec elle dans le paradis.
(Auriemma, cité dans ses Gloires de Marie.)
Voyage dans les montagnes sauvages du Vietnam.
Ce jour-là, M. Combes et moi (missionnaires français dans le milieu du XIX° siècle) ne suivîmes pas le chemin ordinaire de Ko-Lang à Ko-Xam. Nous voulions aller, pour quelque affaire dont je ne me souviens plus, à un village nommé Mo-Tong. Vers midi, nous prîmes notre repas et après avoir, en guise de sieste, récité notre bréviaire, nous nous remîmes en route. Le petit sentier que nous suivions se perdit bientôt dans un champ de maïs... Nous nous (en) éloignâmes rapidement dans la direction opposée, au risque de perdre la route et de nous égarer, quand, quelques instants après, je sentis les premiers frissons de la fièvre. Nous étions encore loin du but de notre voyage ; je tâchai de faire bonne contenance et de hâter le pas. Mais la fièvre augmentant d'intensité, mes genoux commencèrent à trembler sous moi. « Je crois que je serai obligé de m'arrêter, dis-je à M. Combes, le froid a déjà saisi mon corps.
— Et où voulez-vous donc, me répondit-il, trouver dans cette forêt un abri contre l'orage ? » Tout occupé de mon mal, je ne m'étais pas aperçu que de gros nuages s'amoncelaient au nord et se dirigeaient vers nous. Bientôt le tonnerre gronda avec fracas. Et cependant mes jambes me refusaient tout service ; je tombai à la renverse sur le bord du chemin. Mon confrère, apercevant quelques pas plus loin, dans un champ de riz, une petite hutte abandonnée, me dit : « Faites un effort suprême pour arriver jusqu'à cette hutte ; peut-être y aura-t-il un recoin couvert qui vous garantira de la pluie. Ne voyez-vous pas que rester sur la terre nue par un temps aussi affreux et avec une pareille fièvre, c'est s'exposer à une mort presque assurée ! » Je me soulevai, et soutenu par lui, je fis encore quelques pas, mais c'était le dernier effort et je retombai à la renverse. « Mon cher Père, lui dis-je, il m'est impossible d'avancer, il m'arrivera ce qu'il plaira à Dieu ; c'est pour lui, c'est pour son amour que nous voyageons. » Cependant, l’orage était arrivé sur nos têtes et une pluie torrentielle commençait à tomber.
Alors il me vint à la pensée que dans ma triste situation, j'avais oublié d'invoquer la bonne Mère : « Malheureux et ingrat que je suis, si je m'étais souvenu de Marie, elle m'aurait soutenu. Pardon, ô ma Mère, pardon, mais il ne sera pas dit que mon ingratitude l'emporte sur votre miséricorde. Plus tôt ou plus tard, vous consolez les affligés. Voici le moment de montrer votre miséricorde. Calmez ma fièvre ou raffermissez mes genoux tremblants. » En disant ces mots, je fis un mouvement pour marcher et je sentis que la force m'était revenue. « O ma Mère ! ô ma Mère ! m'écriai-je avec transport, je suis un misérable, un ingrat, si je vous avais appelé plus tôt, plus tôt vous seriez venue. Gloire à vous ! » Et déjà j'étais à plus de vingt pas, marchant d'un pas précipité que mon confrère étonné avait peine à suivre. Je ne prétends pas qu’il y ait là un prodige, mais la crainte de faire sourire ne doit pas étouffer l'accent de ma reconnaissance, et je dis aujourd'hui comme je disais alors : « Gloire à vous ! gloire à vous ! ô Marie ! » La pluie qui avait été très forte pendant quelques instants, cessa tout à coup et fit place à un ciel pur et serein. Cependant nous étions mouillés jusqu'aux os, et quoique dans ces premiers accès de fièvre rien ne fût plus dangereux que de garder sur le corps des habits trempés d'eau, comme nous n'en avions pas de rechange, nous nous contentâmes de tordre les nôtres, en continuant notre chemin Soit échauffement de la fièvre, soit exaltation de reconnaissance envers la meilleure des mères pour une grâce si subitement accordée, je ne pouvais m'empêcher, tout le long de la route de proclamer à haute voix les louanges de Marie. Je pleurais de gratitude ; je pleurais de confusion de me voir si misérable. Enfin je dois ajouter que je n’éprouvai pas la moindre fatigue le reste du chemin.
(P. Dourisboure - Les Sauvages Ba-Hnars, p. 80-83)
Chapitre 5
Puissance de Marie
Le Miracle de la Marne
Le Maréchal Foch ne faisait pas mystère de sa dévotion envers la Vierge Marie. Le 30 septembre 1919, il alla s'agenouiller devant la grotte de Lourdes pour la remercier du triomphe des armées et lui rendre hommage pour la victoire. En montrant la statue dans le rocher, le chanoine Bellenay lui demanda :
« Vous avez grande confiance en Elle ?
— Ma mère connaissait Bernadette, répondit le maréchal. Elle l'accompagnait à la grotte. C'est d'elle que je tiens ma croyance en Notre Dame. J'ai dit mon chapelet entier tous les jours de ma vie - même aux jours de grande bataille ? - J'en avais encore plus besoin. Maintes fois, je me suis vu pris. Alors je m'accrochais à Elle comme un enfant de deux ans s'accroche à sa mère. Elle nous a toujours sauvés. »
Pendant la grande tourmente, un jour qu'il sortait d'une visite aux blessés de l'hôpital des Sœurs de Saint-Charles, à Nancy, il est acclamé par les habitants du quartier. Descendant de voiture, Foch répond à la foule :
« Je ne suis rien, mais priez, faites prier les petits enfants ! » Il remonte et, s'adressant à la Supérieure :
« Que l'on prie pour moi dans cette communauté. Nous, nous ne faisons que de la ferraille ! »
Le maréchal comptait en effet beaucoup sur la prière des enfants. Souvent, dans les villages près du front, il rassemblait les petits qui s'amusaient sur les places et il les conduisait à l'église, où, à genoux au milieu d'eux, il leur faisait réciter quelques Je vous salue Marie. Il ne se contentait pas de demander des prières. Lui-même était un homme de prière. « Les personnes qui prient prennent en main le salut de leur pays. Elles sont ma force », écrivait-il à un membre de sa famille. La Divine Mère ne déçut pas la confiance que Foch avait placée en Elle. Les comptes-rendus des journaux parus fin août et au commencement de septembre 1914 faisaient allusion au « miracle de la Marne » en se contentant d'exalter le sursaut du combattant de 1914 qui, le 8 septembre, avait refoulé l'envahisseur Pour quelqu'un qui a pris part à ces événements, ce sursaut est impensable - les forces ennemies disposaient d'une supériorité écrasante en hommes et en matériel - et aurait pu tout juste permettre un coup d'arrêt de 24 ou 48 heures. C'est une coupure de journal de l'époque Le Courrier de la Manche, numéro du 8 septembre 1917, qui relate ce qu'auraient dit les Allemands faits prisonniers ; après les combats du 5 au 8 septembre 1914. A Pontmain, les Pères auraient un dossier plus complet sur ces faits. Et voici le texte tiré du journal Le Courrier de Saint-Lô, le 8 janvier 1917. C'est une lettre datée du 3 janvier 1915. Un prêtre allemand, blessé et fait prisonnier à la bataille de la Marne, est mort dans une ambulance française où se trouvaient des religieuses. Il leur dit: « Comme soldat, je devrais garder le silence : comme prêtre, je crois devoir dire ce que j'ai vu. Pendant la bataille de la Marne, nous étions surpris d'être refoulés car nous étions légion, comparés aux Français, et nous comptions bien arriver à Paris. Mais nous vîmes la Sainte Vierge, tout habillée de blanc, avec une ceinture bleue, inclinée vers Paris... Elle nous tournait le dos et de la main droite semblait nous repousser...» Dans les jours où ce prêtre allemand parlait ainsi, deux officiers allemands, prisonniers comme lui et blessés, entraient dans une ambulance française de la Croix-Rouge. Une infirmière parlant allemand les accompagnait. Quand ils entrèrent dans une salle où se trouvait une statue de Notre Dame de Lourdes, ils se regardèrent et dirent : «Oh ! la Vierge de la Marne!» Une autre preuve de l'authenticité du récit qui précède est la suivante, qui se rapporte au même fait. Une religieuse qui soignait les blessés à Issy-les-Moulineaux, écrit : «C'était après la bataille de la Marne. Parmi les blessés soignés à l'ambulance d'Issy se trouvait un Allemand très grièvement atteint et jugé perdu. Grâce aux soins qui lui furent prodigués, il vécut encore plus d'un mois. Il était catholique et témoignait de grands sentiments de foi. Les infirmiers étaient des prêtres. Il reçut les secours de la religion et ne savait comment témoigner sa gratitude. Il disait souvent : « Je voudrais faire quelque chose pour vous remercier ». Enfin, le jour où il reçut l'Extrême Onction, il dit aux infirmiers : « Vous m'avez soigné avec beaucoup de charité ; je veux faire quelque chose pour vous en vous racontant ce qui n'est pas à notre avantage, mais qui vous fera plaisir. Je payerai ainsi un peu ma dette... Si j'étais au front, je serais fusillé, car défense a été faite, sous peine de mort, de raconter ce que je vais vous dire. Vous avez été étonnés de notre recul si subit quand nous sommes arrivés aux portes de Paris... Nous n'avons pu aller plus loin : une Vierge... oui, une Vierge... se tenait devant nous, les bras étendus, nous repoussant chaque fois que nous avions l'ordre d'avancer... Pendant plusieurs jours nous ne savions pas si c'était une de vos saintes nationales, Geneviève ou Jeanne d'Arc... Après, nous avons compris que c'était la Sainte Vierge qui nous clouait sur place. Le 8 septembre, Elle nous a repoussés avec tant de force que tous, comme un seul homme, nous nous sommes enfuis. Ce que je vous dis, vous l'entendrez sans doute redire plus tard, car nous sommes peut-être 100 000 hommes qui l'avons vue. » Oserons-nous un rapprochement curieux ? Le plus grand adversaire de Foch, le maréchal Hindenburg, avait de l'admiration pour la Vierge. A un prêtre qui lui exprimait sa surprise de trouver en place d'honneur, dans son cabinet de travail, l'image de Marie, le vieux soldat luthérien répondit: « C'est que je vois en la Vierge l'incarnation des valeurs humaines nécessaires à ma vie. » Foch voyait en l'Immaculée davantage : la Mère de Dieu et sa divine Mère. In Le Bulletin - Monastère St François Abbé André VANDERBEKEN
La foi d'un enfant
Un garçon de 12 ans se trouvait à l’hôpital, le corps couvert d'enflures à tel point qu'il ne pouvait presque pas bouger. Malgré cela, il était toujours de bonne humeur et reconnaissant pour les soins qu'on lui prodiguait. Il n'avait qu'un désir : se rendre à la Grotte de Lourdes dont on lui avait tant parlé. Son père, communiste convaincu, influença la mère et déclara : « Pas question d'aller à Lourdes ! » Mais voyant que ce refus peinait l'enfant, il céda enfin, à condition qu'on ne lui parlât pas des "sottises" de Lourdes. La mère accompagna l'enfant dont l'état réclamait des soins constants. À Lourdes, il fut admis à l'hôpital près de la Grotte. Là, une infirmière, pleine de charité, les prit en charge tous les deux. Le troisième jour, la mère avoua à l'infirmière : « Depuis 25 ans, je ne me suis pas confessée. Pensez-vous que mon fils guérira si je reçois les sacrements ? » L'infirmière répondit: « On ne peut pas le dire d'avance mais ce qui est certain, c'est que Dieu récompense largement et de la façon qu'il juge la meilleure. » Le lendemain, la femme se confessa et communia ce qui la rendit très heureuse. Elle demanda que l'on n'en parlât pas à son fils « car, dit-elle, le médecin a déclaré que la moindre émotion peut provoquer une mort instantanée ». L'infirmière promit de se taire. Avant le départ, elle demanda à l'enfant : « Es-tu content d'être venu à Lourdes ? »
— J'ai dit à la Sainte Vierge de convertir ma mère plutôt que de me guérir. » Et il se mit à pleurer... Alors l'infirmière demanda au médecin si, pour consoler le malade, elle pouvait lui dire que sa mère s'est déjà confessée. Ayant obtenu l'accord du docteur, elle s'adressa à l'enfant : « Peux-tu garder pour toi un secret? »
— Oui », dit-il.
— Mais il ne faut pas le dire, pas même à ta mère. » Après un instant d'hésitation, il dit : « Je te promets. »
— Eh bien, mon petit, déclare l'infirmière, ta maman s'est confessée et a communié à Lourdes ». Mais tout de suite, l'infirmière prit peur: elle vit le malade rayonner d'une telle joie qu'elle vit sa vie en danger. Mais, il dit: « Maintenant je peux mourir en paix », et il essaya de croiser ses mains enflées sur la poitrine. Son état empira de jour en jour sans entamer sa sérénité. Il était dans son petit lit comme un ange. Rentré dans son village, il retrouva son lit d'hôpital. Là, il confia à une infirmière son désir de mourir à la maison entre son père et sa mère. Sa fin étant proche, on lui accorda cette faveur. La nuit qui suivit, le téléphone annonça son départ pour le ciel. La famille habitait le faubourg "rouge". L'infirmière s'y rendit pour prier et pour voir une dernière fois l'enfant qu'elle aimait tant ! Il était là sur la civière, le sourire sur les lèvres qui se reflétait sur le visage de la mère. S'adressant à l'infirmière, elle dit: « il y a eu un vrai miracle cette nuit... Notre petit était à peine mort, lorsque mon mari se leva et dit : « Je voudrais bien le revoir un jour. » Puis, après un moment d'hésitation, il ajouta : « Demain matin, emmène-moi à un prêtre. » Est-ce que la Mère de Dieu aurait pu faire un plus grand miracle? D'après J.-M. Rosenkranz
Chapitre 6
La Vierge Marie et le démon
L'enfant possédé d’Illfurt
A Illfurt, en Alsace, un enfant était victime depuis 4 ans d'une épouvantable possession diabolique. On avait tout essayé inutilement pour délivrer ce pauvre enfant de ce démon qui le tourmentait de tant de manières.
Or, un jour, un religieux arrive, muni de l'autorisation de l'Évêque, pour faire les exorcismes sur l'enfant. Il avait eu soin de prendre avec lui une statue de Marie Immaculée.
Oh ! merveille ! Dès que le religieux apparut, le démon, par la bouche de l'enfant possédé, s'écria : « Ah! le voilà donc, celui-là, avec sa grande Dame... Maintenant, je suis vaincu, il faut que je m'en aille. » Et l'enfant fut aussitôt délivré.
C'est en souvenir de cette merveilleuse délivrance que les habitants d'IIlfurt élevèrent sur la place du village une belle statue de la Vierge Immaculée.
(Le possédé d'Illfurt, chez Brunet, Arras.)
Le Curé d’Ars et Marie
Pendant plus de quarante ans, le diable tourmenta le Curé d'Ars, allant jusqu'à le secouer affreusement dans son lit et y mettre le feu. « Tu m'as pris quatre-vingt mille âmes, criait-il un jour au saint curé par la bouche d'une possédée. » « Vianney, Vianney, lui cria-t-il une autre fois, je t'aurai, je finirai par t'avoir!... Je t'aurai, j'ai eu plus fort que toi... »
Et voici que soudain, dans un transport de fureur, Satan, le grappin, comme l'appelait le saint curé, laisse échapper cet aveu :
« Ah! si Elle ne te gardait pas cette... (ici un affreux blasphème pour désigner la Sainte Vierge). Ah ! si cette... ne te gardait pas, je t'aurais bien, mais Elle te garde ! »
Chapelet contre le démon
Quelque temps après la mort de Ngui, dans la saison du riz jaunissant, Lam était allé garder son champ de riz. Ngam, occupé ailleurs pendant la journée, voulut vers le soir se rendre aussi dans ce champ, pour tenir compagnie à son père, et garder avec lui la récolte contre la visite des bêtes de la forêt. En arrivant, il rencontra son père qui s'en retournait. « Comment, mon père, lui dit-il, vous ne comptez pas demeurer ici la nuit ? Moi qui venais vous aider à passer le temps.
— Qui voudra y coucher y couche, répondit Lam ; pour moi, je n'en ai plus l'envie.
— Et pourquoi cela?
— C'est que le diable m'a tellement effrayé, que je tremble encore.
— Le diable ! Allons donc ! je vous croyais bien plus brave. Au reste, un seul gardien suffit; retournez à la maison, et moi, malgré tous les diables, je coucherai dans notre champ. »
Sur ces paroles ils se séparèrent, et Lam regagna le village. Au milieu du champ s'élevait, à huit pieds au-dessus du sol, la cabane qui sert d’abri aux veilleurs de nuit. Les troncs de deux ou trois arbres coupés à la naissance des branches, servent à ces huttes aériennes de colonnes et de supports, en sorte que, de son observatoire élevé, le gardien peut découvrir toute l'étendue du champ, et effrayer les animaux sans avoir rien à craindre d'eux. Je dois avertir que Ngam est un des sauvages les plus courageux que j'ai connus, et son courage paraît avoir grandi encore depuis qu'il est chrétien. Lorsqu'il s'installa dans la hutte, le soleil était déjà couché. Il songea tout d'abord à allumer du feu pour fumer sa pipe. Pendant qu'il était occupé à souffler son feu, il entendit soudain un grand tapage à terre au-dessous de lui. « Tiens, dit-il, mon père a dit vrai ! Attends donc un instant que j'aie fini, et j'irai te voir. » Alors se fit entendre un bruit comme celui d'une personne qui fait effort pour vomir. « Goinfre, dit Ngam, c'est que tu as trop mangé. Mais pas de badinage, armons-nous de mon crucifix et de mon chapelet, et puis descendons ! » En disant ces mots il suspend ces objets sacrés à son cou, met le sabre à la main, et descend. Arrivé à terre, il entend encore le même bruit derrière lui, il fait de suite volte-face. Rien. Le bruit continuait à son dos, et ainsi de suite quatre ou cinq fois. « Si je voyais quelqu'un, je pourrais lui donner un coup de sabre, mais ce gaillard-là, c'est une prière au bon Dieu qui le mettra en déroute. Sache donc, maudit ! que c'est en Dieu que je mets ma confiance, et que j'ai renoncé à toi le jour de mon baptême. Vomis là tout ton ventre : moi je vais faire ma prière, et puis dormir. » Ce fut fini, et pendant toute la nuit, rien ne vint de nouveau troubler son sommeil.
(P. Dourisboure - Les Sauvages Ba-Hnars, p. 206-207)
Chapitre 7
La Vierge Marie , à l’heure de la mort
Le caporal mourant
Le récit qui suit a été fait par le Père Doncœur, à Lourdes à une réunion de 60.000 anciens combattants.
« Le 14 septembre 1915, devant Noyon. au milieu de camarades blessés, faits prisonniers par les Allemands, agonisait un jeune caporal.
Les officiers allemands m'avaient prévenu qu'il était étendu mourant dans un champ de betteraves, à quelque distance de là et j'y avais été.
Quand j'arrivai près de lui, je me mis à genoux et, me penchant, je lui dis : « C'est moi ! »
— Qui ça ? demanda-t-il.
— C'est l'aumônier, lui dis-je très ému, qui vient te chercher !
— Ah ! Monsieur l'Aumônier, que la Sainte Vierge est bonne ! »
Il leva alors son bras droit qui tenait un chapelet : « Toute la nuit je l'ai priée pour qu'un prêtre passe par ici. Comme je suis heureux ! » Il grelottait de fièvre, dans les betteraves glacées de la rosée de la nuit. Je le ramenai à une ferme voisine transformée en ambulance ; je le pansai, il souriait de bonheur. Il avait eu la jambe cassée à l'attaque. Un Allemand, passant sur lui, lui offrit à boire ; un autre, à bout portant, lui tira trois balles, dont la dernière fit sauter le front. Dans sa nuit d'agonie, ce petit, chaque fois que je me penchais sur lui, redisait : « Je vous salue Marie… » et répétait : « Comme je suis heureux. Monsieur l'Aumônier ! Comme la Sainte Vierge est bonne de vous avoir mis ici, près de moi ! »
Il mourut à trois jours de là, dans un sourire.
Fernando
A l'hôpital St-Michel, dans le quartier Vaugirard à Paris, un petit Portugais, d'une douzaine d'années, loin de sa famille et de sa patrie, était sur le point de mourir. Il était, depuis de longs mois, emprisonné de la tête aux pieds dans une gouttière de plâtre, souffrant d'un mal de Pott.
On l'avait transporté sur un brancard dans la chapelle de l'hôpital où, avec d'autres petits malades, il avait fait sa Première Communion, édifiant tous les assistants par son recueillement et sa piété. On eût dit un petit ange. J'y assistais, ayant aidé les Sœurs à préparer l’enfant à ce grand acte.
Depuis ce jour, la piété de Fernando grandit encore, son recueillement devint de plus en plus profond. Il ne badinait pas — comme ses voisins — mais tout le jour il priait. Parfois la Sœur du Pavillon, frappée de son long silence, s'approchait pour voir s’il dormait. Mais les petites lèvres remuaient et les doigts de l'enfant égrainaient son chapelet. Je me disais : « Quelle sera donc la fin de ce petit qui aime tant Marie ? » Elle fut plus consolante encore que je n'aurais osé l'espérer.
Un jour, l'Interne de l'hôpital était penché sur le lit du petit malade qui venait de se débattre dans une des crises douloureuses qui le secouaient à tout instant. Il voit tout à coup la figure de l'enfant se détendre et s'épanouir dans un beau sourire, l'entendant dire : « Oh ! qu'Elle est belle, Monsieur, qu'elle est belle ! Elle est radieuse !
— Et qui ça, mon petit ?
— Je vois la Sainte Vierge avec les anges ! »
Et un dialogue naïf s'engagea entre l'enfant et le docteur :
« Et dis-moi, comment est-elle habillée ? » L'enfant ne sachant comment exprimer la clarté éblouissante qui entourait la vision, répondit :
« Mais, Monsieur, Elle n'est pas habillée du tout. Elle est toute en or ! » Quelques jours après, Fernando, dans la paix la plus complète, s'en allait se jeter dans les bras de Celle qu'il avait tant aimée, ici-bas. G. de Lalain-Chomel
« C'est impossible ! Je vous dis que je ne mourrai pas ! »
Un évêque écossais parcourait à pied les montagnes de son diocèse. La nuit le surprit dans une forêt où il s’était égaré. Après avoir longtemps cherché, il rencontra enfin une chaumière, habitée par une pauvre famille.
Ces braves gens le reçurent sans savoir qui ils possédaient sous leur toit, car l'étranger s'était enveloppé d'un large manteau. L'évêque de son côté ignorait quels étaient ses hôtes.
Étaient-ils catholiques ? Étaient-ils protestants ? Aucun indice n'était là pour éclairer ce doute.
Cependant, après un moment d'une mutuelle réserve, la physionomie de cette humble famille commença à se dessiner et l'évêque put avoir des soupçons favorables. Avec un empressement mêlé de respect, la mère, qui paraissait être veuve, avait mis en mouvement ses nombreux et vigoureux enfants pour offrir à l'étranger une hospitalité convenable. En quelques instants, une modeste table fut dressée, et l'évêque fut invité à prendre un repas très simple, mais copieux et propre. Pendant le repas, la conversation s'engagea avec cette curiosité réservée des gens qui s'abordent pour la première fois. Tout en parlant, l’évêque étudiait son monde.
Il ne tarda pas à s'apercevoir, malgré les efforts qu'on faisait pour le cacher qu'une grande tristesse accablait ces pauvres gens et que quelque deuil profond les affligeait. Après avoir hésité quelque peu, l'évêque s'enhardissant leur dit :
— Vous êtes tous bien bons, mais vous me paraissez bien tristes.
— Hélas, oui, répondit aussitôt la mère, qui semblait attendre cette question pour se décharger, oui, nous sommes tristes. Ici, à côté de nous, couché sur un pauvre lit, notre vieux père va mourir : et ce qui nous afflige le plus, c'est qu'il prétend vivre encore, et refuse obstinément de se préparer à la mort,
— Pourrais-je le voir ? demanda l'évêque ému et surpris.
— Volontiers, répondit la femme, avec cette confiance qui est le propre des âmes affligées.
Et de suite elle introduisit son hôte dans la petite chambre du malade.
Effectivement, le vieillard était réduit à l'extrémité ; la mort semblait n'avoir plus qu'un pas à faire pour l'atteindre, et le malade ne voulait pas mourir.
A la première allusion que fit l'évêque à son état, il sembla retrouver toute sa vigueur et répondit avec force :
— Non, je ne mourrai pas.
— Mais, mon ami, songez-y donc ; nous devons tous mourir, et votre maladie jointe à votre âge...
— Je vous dis que je ne mourrai pas ! C'est impossible. » Et à toutes les réflexions qu'on lui opposa pour le persuader, ce fut son invariable réponse : « Je ne mourrai pas ! je ne mourrai pas encore ! »
— Mais, lui dit enfin l'évêque, me direz-vous pour quelle raison, n'ayant plus qu'un souffle de vie, vous prétendez ne pas mourir. »
A cette question, le moribond sembla frappé, et jetant sur son interlocuteur un regard plein de vie, il lui dit d'un ton profondément ému :
— Monsieur, êtes-vous catholique ?
— Oui, je le suis, répondit l’évêque.
— En ce cas, dit le malade, je vous dirai pourquoi je ne mourrai pas. »
Et ramassant toute son énergie, il se leva sur son séant, et lui dit d'une voix mourante, mais encore forte :
— Je suis catholique aussi, Monsieur. Depuis ma première communion jusqu'aujourd'hui, je n'ai jamais manqué de demander chaque jour à la sainte Vierge la grâce de ne pas mourir sans avoir un prêtre à mon lit de mort, et vous croyez que ma Mère pourrait ne pas m'exaucer ? C'est impossible ! c'est impossible ! Je ne mourrai pas.
— Mon enfant, s'écria alors l'évêque, touché jusqu'au fond de l'âme, mon enfant, vous êtes exaucé. Celui qui vous parle est plus qu'un prêtre, c'est votre évêque. La sainte Vierge elle-même l'a conduit à travers les forêts pour recueillir votre dernier soupir. »
Et, ouvrant son manteau, il fit briller aux yeux du vieillard sa croix pastorale. A cette vue, le malade transporté de joie s'écria : « O Marie, ô ma bonne Mère, je vous remercie ! » Puis se tournant vers l'évêque : « Confessez-moi, dit-il ; maintenant je crois que je vais mourir. » Quelques instants après, purifié une dernière fois, il mourait en prédestiné.
(Abbé Allègre, Nouvelle corbeille, p. 144).
Prières
Sous votre protection, nous venons nous réfugier, sainte Mère de Dieu ; ne rejetez pas les prières que nous vous adressons dans tous nos besoins ; mais délivrez-nous de tous les dangers, ô Vierge glorieuse et bénie.
Sub tuum...
Sainte Marie Mère de Dieu,
Gardez-moi un cœur d’enfant,
Pur et transparent comme une source.
Obtenez-moi un cœur simple,
Qui ne savoure pas les tristesses,
Un cœur magnifique à se donner,
Tendre à la compassion,
Un cœur fidèle et généreux,
Qui n’oublie aucun bien,
Et ne tienne rancune d’aucun mal,
Faites-moi un cœur doux et humble,
Aimant sans demander de retour,
Joyeux de s’effacer dans un autre cœur,
Devant votre divin Fils.
Un cœur grand et indomptable,
Qu’aucune ingratitude ne ferme,
Qu’aucune indifférence ne lasse,
Un cœur tourmenté de la gloire de Jésus-Christ,
Blessé de son amour,
Et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel.
Prière du Père Léonce de Grandmaison