Prodiges Eucharistiques
Préface
Douai. - L'Hostie miraculeuse de Saint-Amé.
Valence en Espagne - Le Messie attendu
Marseille - Apparition dans l’église des Cordeliers.
Lanciano - Italie
Boxtel et Hoogstraten - Corporal et nappes ensanglantés.
Blanot, Bourgogne - Le miracle du Sang eucharistique.
Daroca en Espagne - Le Dieu des armées
Faverney - L’Hostie sauvée des flammes.
Ammerschwihr, Lorraine - Le miracle des Trois-Épis.
Paterno, Italie - Miraculeuse invention des saintes Hosties
Assise, en Italie - Sainte Claire et les Sarrasins.
Sainte Marguerite, à Paris - Un miracle attesté par Voltaire
Bolsène, Orvieto - Le miracle de l’église Sainte Christine.
Île de Chio - Le miracle de la pluie.
Préface¹
Le Concile de Trente a défini que le Saint-Sacrement contient vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang, ainsi que l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par conséquent le Christ tout entier. Cette vérité est mise en évidence dans plusieurs miracles où la sainte humanité du Sauveur s’est manifestée sous différentes formes, en même temps que sa divinité se révélait par des œuvres de puissance.
Pour qu’il y ait miracle eucharistique, il faut que l’Eucharistie produise des effets qui, selon le cours naturel des choses, n’appartiennent pas au pain et au vin. Ainsi il arrive que les apparences sacramentelles fassent place à une forme nouvelle, comme l’image d’un enfant ou celle du Sauveur en sa Passion, ou même à du sang qui coule de l’hostie.
Dans la plupart de ces apparitions, saint Thomas enseigne que la présence réelle du Christ eucharistique subsiste sous les apparences miraculeuses. Ces manifestations révèlent par leur éclat surnaturel sa présence toute-puissante au Sacrement. C’est pourquoi il faut adorer, sans ombre de crainte et de doute, sa présence réelle cachée sous les espèces consacrées par le prêtre, sur la foi de ses paroles : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. »
Nous rapportons ici plusieurs miracles eucharistiques qui sont capables de réveiller et de raviver la foi des fidèles et de les porter à un plus grand amour et une plus grande confiance envers ce Sacrement d’amour que Le Seigneur légua à ses Apôtres la veille de sa mort.
Jésus-Christ se plaît parfois à renouveler dans sa vie eucharistique les miracles: qu'il accomplissait au temps de sa vie mortelle.
1254. — Douai.
L'Hostie miraculeuse de Saint-Amé.
Au XIII° siècle, la ville de Douai, comme le reste des Flandres, était ravagée par les Stadingues. Ces hérétiques, non contents de se révolter contre toute autorité légitime, niaient entre autres le dogme de la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Ils adhéraient aux fausses doctrines répandues par l'hérésiarque Bérenger vers la fin du XI° siècle et commettaient des sacrilèges qui leur furent reprochés par le Pape Grégoire IX. « Ils recevaient à l'église le Corps du Sauveur dans la sainte Communion et, l’emportant chez eux, pour faire des actes sacrilèges. »
Or voici ce qu’il advint¹. Au temps de Pâques, un prêtre qui venait de donner la Communion dans l'église des chanoines de Saint-Amé, vit avec effroi qu'une Hostie se trouvait sur le sol. Il se mit à genoux et voulut recueillir le Corps de Jésus-Christ, mais aussitôt d'elle-même, l'Hostie s'éleva en l'air et alla se placer sur le purificatoire. Le prêtre poussa un cri, il appela les chanoines ; et ceux-ci accourus à sa voix, aperçurent sur le linge sacré un corps plein de vie sous la forme d'un charmant enfant. Tous les fidèles, invités à contempler le prodige, eurent la même vision céleste.
« Informé de cet événement par le bruit qui s'en répandit vite, rapporte Thomas de Cantimpré, je me rendis à Douai. Arrivé chez le doyen de Saint-Amé, dont j'étais particulièrement très connu, je le priai de me faire voir le miracle. Il y consentit et donna des ordres pour me satisfaire. On ouvrit le ciboire ; le peuple accourut, et peu après que le ciboire fut ouvert, chacun de s'écrier : "Le voici, je le vois ! le voici, je vois mon Sauveur !" J'étais debout, frappé d'étonnement : je ne voyais que la forme d'une Hostie très blanche, et pourtant ma conscience ne me reprochait aucune faute qui pût m'empêcher de voir, comme les autres, le Corps sacré. Mais cette pensée ne m'inquiéta pas longtemps, car bientôt je vis distinctement la face de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la plénitude de l'âge. Sur sa tête était une couronne d'épines, et du front coulaient deux gouttes de sang qui descendaient sur chaque joue. A l'instant je me jetai à genoux, et j'adorai en pleurant.
« Quand je me relevai, je n'aperçus plus ni couronne d'épines, ni gouttes de sang ; mais je vis une face d'homme, vénérable au-delà de tout ce qui peut s'imaginer. Elle était tournée à droite, en sorte que l'œil droit se voyait à peine. Le nez était long et droit, les sourcils arqués, les yeux très doux et baissés ; une longue chevelure descendait sur les épaules ; la barbe, que le fer n'avait point touchée, se recourbait d'elle-même sous le menton, et, près de la bouche qui était très gracieuse, elle s'amincissait, en laissant de chaque côté du menton deux petits espaces sans poils, comme cela arrive ordinairement aux jeunes gens qui ont laissé croître leur barbe depuis leur adolescence. Le front était large, les joues maigres, et la tête, ainsi que le cou qui était assez long, s'inclinaiet légèrement. Voilà le portrait, et telle était la beauté de cette face très douce.
« Dans l'espace d'une heure, on voyait ordinairement le Sauveur sous différentes formes : les uns l'ont vu étendu sur la croix ; d'autres comme venant juger les hommes ; d'autres enfin, et c'est le plus grand nombre, le virent sous la forme d'un enfant. »
Il n'est pas resté d'autre récit contemporain du miracle. Mais l'auteur des Annales de Flandre, Buzelin, mort à Lille en 1626, nous fait connaître quelques détails que Thomas de Cantimpré passe sous silence. Le miracle eut lieu le jour même de Pâques ; le prêtre qui distribuait la sainte Communion était le curé de la paroisse, et au moment du prodige, les chanoines étaient au chœur ; c'était par conséquent vers huit ou neuf heures du matin. Quand Thomas de Cantimpré demanda à voir l'Hostie miraculeuse, on appela le peuple au son de la cloche, et ce fut en présence d'une foule nombreuse que le Ciboire fut ouvert. Le miracle dura plusieurs jours, se renouvelant chaque fois que la sainte Hostie était exposée à découvert ; tous ceux qui entraient dans l'église en étaient témoins ; mais la transfiguration miraculeuse ne s'opérait pas pour tous sous la même forme : les traits d'un enfant doux et gracieux étaient vraisemblablement ceux qui apparaissaient aux âmes pures ; Jésus crucifié frappait les yeux des pécheurs, et le Juge irrité se montrait aux regards des hérétiques.
L'authenticité du miracle ne serait-elle appuyée ni sur le témoignage de Thomas de Cantimpré ni sur celui de Buzelin, que la tradition seule suffirait pour en établir une preuve péremptoire. Un témoignage incontestable de cette tradition, c'est l'Hostie miraculeuse dont le culte constant et si populaire ne peut avoir d'autre origine que l'événement de 1254. Il est certain en effet qu'en l'année 1356, c'est-à-dire un siècle après l'apparition, la mémoire du Saint-Sacrement Miraculeux se célébrait déjà ; la fête avait lieu le mercredi de Pâques, et le document qui en fait foi indique que cet usage existait depuis longtemps. De plus, la Confrérie instituée en souvenir du prodige, et qui s'appelait Confrérie du Saint Sacrement, est elle-même un témoignage traditionnel d'une valeur indéniable. Il est donc impossible d'élever contre la vérité du miracle de 1254 un doute tant soit peu fondé.
Mais qu'est devenue l'Hostie miraculeuse qui reçut les hommages de tant de générations ? Elle fut conservée dans la collégiale de Saint-Amé jusqu'à la Révolution. Les derniers témoins oculaires ont disparu en 1875. Ce fut la Révolution qui brisa violemment les saintes traditions eucharistiques de la collégiale de Saint-Amé. En 1790, l'église fut fermée, et trois ans après elle fut livrée au pillage. On brisa les vases sacrés, et les reliques, conservées là depuis près de dix siècles, devinrent la proie des flammes. Des forcenés se ruèrent sur l'autel, brisèrent le tabernacle et ouvrirent la pyxide d'argent qui renfermait l'Hostie du miracle. Mais Dieu ne permit point ce dernier sacrilège : le ciboire était vide, des mains pieuses avaient sauvé l'Auguste Sacrement. Quant à la Vieille basilique, elle fut vendue en 1798 à des fripiers de Lille, qui la démolirent. Quand la paix fut rendue à l'Église, le culte du Saint-Sacrement du Miracle fut remis en honneur dans la paroisse Saint-Jacques ; et chaque année, au jour assigné par l'Ordinaire, les fidèles de Douai se font un pieux devoir d'accompagner l'Eucharistie qui va prendre place, pour quelques instants, sur le reposoir élevé à l'endroit même où fut autrefois le sanctuaire de l'église Saint-Amé.
En 1854, on crut avoir retrouvé l'Hostie miraculeuse, parmi d'autres reliques renfermées dans un petit coffret en bois servant, depuis 1805, de piédestal au crucifix d'une chapelle de l'église Saint-Pierre. L'Hostie, portant tous les caractères du moyen âge, était accompagnée d'un billet qui attestait que c'était vraiment le Sacrement du Miracle sauvé en 1793. Mais la signature du billet est illisible. La commission chargée de l'enquête adressa à Monseigneur l'archevêque de Cambrai un rapport long et détaillé. « Le prélat, après un mûr examen, déclara ne pas pouvoir reconnaître l'authenticité de l'Hostie. Néanmoins, il ordonna de continuer les investigations avec prudence, persuadé que la divine Providence ferait découvrir de nouveaux documents qui permettraient de déclarer, si toutefois il en est ainsi, que cette hostie est véritablement l'Hostie miraculeuse, qui s'est transfigurée à Saint-Amé en 1254, qui a été conservée pendant six siècles et soustraite pendant les jours de révolution aux mains de l’impiété. En attendant, l’Évêque voulut qu'elle fût gardée dans un lieu décent » un tabernacle de l'église Saint-Pierre où elle se trouve toujours.
XVI° siècle — Valence en Espagne.
Le Messie attendu.
Saint Thomas de Villeneuve, encore simple religieux augustin, s'était lié d'amitié avec un jeune juif converti, dont la sincérité inspirait, mais à tort, des doutes aux catholiques. Peu de temps après, le jeune homme, en danger de mort, fit au saint le récit suivant :
« Mon Père, vous êtes le père, le consolateur, le médecin et le guide de ma pauvre âme ; je vous ai dérangé en vous demandant de venir me voir. En retour je veux vous livrer un grand secret que je n'ai communiqué à personne ; il m'eût pesé de mourir sans vous en avoir fait le dépositaire. C'est, continua-t-il, qu'étant allé un jour en certaine localité sur l'ordre de mon père, pour traiter quelques affaires d'importance, en compagnie d'un jeune homme juif et de même âge que moi, nous commençâmes à nous entretenir en chemin de la personne du Messie que nous attendions encore dans notre aveuglement d'Israélites, et nous en parlions de telle sorte que nous ressentîmes un ardent désir de le voir, disant de cœur comme de bouche : "Ah ! que nous serions heureux s'il venait en notre temps, et que nous le vîmes de nos propres yeux !" Et comme nous prolongions notre conversation à ce sujet, notre dévotion et nos désirs allaient s'enflammant de plus en plus quand soudain nous aperçûmes, alors qu'il faisait déjà nuit, une clarté si merveilleuse dans le ciel qu'il nous semblait véritablement qu'il fût ouvert. Là-dessus, me rappelant ce que m'avait dit mon père, que parfois le ciel s'ouvrait et qu'on pouvait alors demander à Dieu quelque grâce avec espérance de l'obtenir, nous tombâmes à genoux avec toute la dévotion possible, suppliant le Seigneur de manifester le Messie en nos jours et de nous faire voir celui que nous attendions avec tant d'ardeur.
« Au milieu de ces supplications, en face de cette clarté resplendissante sur laquelle restaient fixés nos yeux, nous voyons tout à coup apparaître, assez près de nous, un calice étincelant avec une hostie au-dessus, en la forme que les prêtres catholiques montrent à la messe. Inutile de dire combien nous fûmes d'abord effrayés de cette vision ; mais bientôt nous nous trouvâmes réconfortés et libres de toute crainte, car nous sentîmes pénétrer en nos âmes une lumière intérieure qui nous ouvrit les yeux de l'esprit et en bannit toutes les obscurités, de manière que nous eûmes la conviction que le glorieux Messie, si ardemment désiré de nos cœurs, était certainement en cette hostie, qu'il ne fallait point en attendre d'autre, et qu'il n'y avait point d'autre religion véritable que celle des chrétiens. Nous rendîmes grâce à Dieu de ce qu'il avait guéri notre aveuglement par un moyen si miraculeux, et de retour chez nous, où je crus devoir garder quelque temps le secret de l'heureuse conversion de mon âme, je saisis la première occasion de me faire chrétien et de recevoir le baptême. Depuis lors, j'ai toujours vécu fidèlement, comme vous le savez, mon Père, selon la loi évangélique de Notre-Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ. »¹
1714. — Marseille.
Apparition dans l’église des Cordeliers.
Dans une lettre du 22 décembre 1714, Mgr de Belsunce, évêque de Marseille, fait le récit suivant :
« Le vendredi 21 du mois de septembre de cette année, le Très Saint-Sacrement étant exposé dans l'église des Religieux Observantins de cette ville, sur les trois heures et demie du soir, le temps étant fort couvert et pluvieux, un peu avant que l'on donnât la bénédiction, le peuple, s'assemblant dans l'église, il parut dans le soleil mis dans la niche au dessus du tabernacle une figure comme relevée en bosse et sortant hors du cristal, représentant le Sauveur du monde en buste, couvrant toute l'hostie qui ne paraissait que des deux côtés de la tête du Sauveur dont le visage était resplendissant, les yeux animés et regardant fixement ceux qui le regardaient. Les personnes qui ont déposé n'ont pu dire précisément la couleur du visage, ni des cheveux, ni de la barbe, ni de l'habit ; ils attestent seulement qu'ils distinguèrent tous facilement toutes ces choses, et les traits du visage, et que, de loin comme de près, ils virent la même chose et avec la même facilité. Le visage du Sauveur leur parut un peu long, d'une beauté et d'une douceur qu'ils ne purent exprimer, les cheveux partagés sur le milieu du front, un peu plats et flottants sur les deux épaules, la barbe courte et partagée en deux pointes.
« Le Frère sacristain et quelques autres personnes s'en étant aperçus les premiers, appelèrent un religieux qui passait sans y prendre garde. Ce religieux, surpris et croyant d'abord qu'il y avait quelque friponnerie (ce sont ses termes), voulut examiner les choses de près. Il changea plusieurs fois de place, il s'éloigna, il s'approcha de l'autel ; et dans toutes ces situations différentes où il se mit, il vit également, de loin comme de près, et au milieu de l'autel, la même figure qui le regardait. Ne se contentant pas d'approcher de plus près, il monta et se mit à genoux sur l'autel, ayant le visage tout contre le soleil sur la glace duquel il vit toujours la ressemblance de Notre-Seigneur ; ensuite il prit un cierge allumé qui était à côté et, le tournant autour de la glace du soleil, il vit la même chose. Ce religieux-prêtre, étant peintre, pensa d'abord à son art et voulut prendre l’idée de ce qu'il voyait pour la dessiner ; mais lorsqu'il voulut examiner les yeux, il n'en put soutenir les regards ; il demeura comme immobile. On fut obligé de lui ôter le cierge de la main et de l'aider à descendre de dessus l'autel, autour duquel le peuple était rassemblé dans une sainte admiration qui est naturelle en semblables occasions.
« Le gardien averti de ce qui se passait, ne voulut point, à l'exemple de saint Louis, regarder le prodige qu'on lui annonçait, ni en avertir ses religieux qui étaient au chœur dans leurs stalles ; on pensa encore moins à envoyer avertir quelqu'un de mes grands vicaires, car j'étais à Aubagne, où est ma maison de campagne. Il ordonna même que, sans différer davantage, on donnât la bénédiction du Saint Sacrement. Le Père qui la donna, averti par le religieux-prêtre, vit la même chose en descendant le soleil de la niche, et la vit toujours jusqu'à ce que le soleil fût enfin posé sur l'autel, auquel temps lui, comme les autres, ne vit plus que la sainte hostie à l'ordinaire.
« Plus de soixante personnes parmi lesquelles il y a cinq ou six Cordeliers, mais gens de tout âge et de toutes professions et dignes de foi, disent avoir vu la même chose avec les mêmes circonstances, sans qu'il y ait eu de variation de la part de ceux que j'ai interrogés dans les formes ordinaires et avec toute l'attention dont j'étais capable. J'oubliais de vous dire qu'un petit enfant avertit tout haut sa mère de regarder ce qui était si beau. Mais, avant de procéder à l'audition juridique des témoins, j'avais commencé par me transporter dans l'église des Cordeliers, accompagné de mes grands vicaires, promoteur et secrétaire. J'y visitai l'hostie prétendue miraculeuse ; je la trouvai comme les autres ; on l'avait déjà examinée après la bénédiction où se fit le prodige et on ne l'avait remise dans le ciboire qu'après l'avoir regardée des deux côtés ; et le soleil vide resta à l'ordinaire sur l'autel, de sorte que l'on vit qu'il n'y avait dedans aucune chose capable de produire un tel effet. Je me fis apporter le soleil dont je trouvai la glace épaisse, un peu obscure et toute taillée en facettes comme un diamant, de sorte que toute image mise vis-à-vis aurait dû représenter autant de visages qu'il y a de facettes. Il ne parut pas qu'aucune réflexion de lumière eût pu être employée. Je fis mettre une hostie non consacrée dans le soleil, je le fis mettre dans la niche, allumer les cierges comme au jour de saint Matthieu ; je fis tirer et ouvrir les rideaux de l'église ; j'examinai si quelque tableau n'était point placé de manière à pouvoir représenter sur le cristal du soleil le visage qu'on y avait vu ; tout cela me parut impossible, n'y ayant dans toute l'église aucun tableau du Sauveur, excepté un Ecce homo couronné d'épines, assez mal fait, mais respectable pour être l'ouvrage du roi René, comte d'Anjou et de Provence. Enfin, Monsieur, nous conclûmes tous, après un examen exact et fait sans précipitation, qu'il ne pouvait y avoir rien de naturel à ce que l'on disait avoir vu, et qu'il fallait procéder à l'audition des témoins dont je viens de vous rendre compte. Cette apparition dura plus d'une demi-heure. »¹
Lanciano — Italie
VIII° et XIII° siècles
Lanciano est une ville italienne des Abruzzes où se produisirent deux grands miracles Eucharistiques. Il est intéressant de relever qu’au début du XIII° siècle le nom original, Ansanum, se transforma en Lanzanum. L’apposition de l’article ne fut pas due au hasard, mais à l’image de la lance (« lancia ») qui figurait dans les armes angevines de Lanciano et évoquait la contribution épique de la ville à la libération du Saint-Sépulcre, mais qui se réfère également à la lance du centurion romain, Longin, qui transperça le flanc du Christ déjà mort. Louche, il fut guéri en portant à ses yeux sa main tachée du sang de Jésus ; il se convertit et mourut martyr. Saint Longin fut toujours vénéré de façon spéciale par les habitants de Lanciano.
Par rapport aux autres miracles eucharistiques, le premier Miracle de Lanciano est sans doute le plus complet, car la transmutation y concerne les deux espèces et affecte quantitativement des proportions importantes. Un jour non identifié du VIII° siècle, dans une église dédiée aux saints Légontien et Domitien, martyrs de Chieti, un moine basilien célébrait la Sainte Messe en rite latin — c'est-à-dire, entre autres, avec une hostie de pain azyme. Après la double consécration, il se prit à douter de la Présence réelle de Jésus dans le Sacrement, ou peut-être y fut-il induit sans faute de sa part ; toujours est-il qu'il vit soudain l'hostie se changer en Chair et le vin se changer en Sang (le Précieux Sang devait par la suite, en se coagulant, former cinq petits caillots irréguliers de formes et de tailles diverses). La première réaction du moine, stupéfait et bouleversé, fut de chercher à cacher ce qui venait de se passer, mais, maîtrisant son émotion, il manifesta le prodige aux fidèles qui, devenus ainsi ses témoins oculaires, en diffusèrent la nouvelle dans la ville.
Aujourd'hui, douze siècles après l'événement miraculeux, les Saintes Reliques sont restées pratiquement intactes. A première vue, l'Hostie de Chair, qui a conservé les dimensions de la « grande Hostie » originale, a une apparence fibreuse et une couleur brune, qui rosit si l'on place une lumière derrière l'ostensoir. Le Sang, contenu dans le calice, a une couleur terreuse tendant au jaune d'ocre, et se compose de cinq petits caillots, dont le plus gros est constitué par deux fragments distincts soudés l'un à l'autre. Les reliques qui sont conservées dans l’église S. François de Lanciano, ont été l’objet d’analyses scientifiques dont les résultats n’ont fait que confirmer l’authenticité du miracle.
Le deuxième miracle, communément appelé « le Miracle d’Offida », eut lieu en 1273. La femme d'un laboureur, nommé Rizziarella, était fréquemment en butte aux mauvais traitements de son mari. Un jour que, pour éviter ses coups, elle s'était enfuie de la maison, elle se retira toute tremblante chez une de ses voisines connue dans le pays pour se livrer à la magie. Cette odieuse créature voulut consoler la pauvre femme ; elle lui promit un philtre puissant, qui changerait les dispositions de son mari irascible. Rizziarella insista pour obtenir promptement le merveilleux breuvage qui devait ramener la paix au foyer. Mais la femme y mit une condition : il lui fallait pour ses sortilèges une Hostie consacrée. La malheureuse Rizziarella ne recula pas devant le sacrilège : elle alla communier et apporta la divine Hostie à la magicienne, qui se prépara aussitôt à ses pratiques sacrilèges.
Elle fit chauffer une tuile et y plaça l'Hostie pour la brûler et la réduire en poudre. Mais ce pain sacré se changea subitement en chair ; le sang en jaillit avec abondance, se répandit sur les charbons embrasés et éteignit le feu. Les deux femmes se regardèrent affolées. Mais le sang coulait toujours ; la cendre, la poussière qu'elles jetaient pour l'arrêter, tout fut inutile. Prenant alors un vulgaire linge, Rizziarella enveloppa précipitamment cette Hostie miraculeuse et la tuile ensanglantée, et courut les enfouir dans un coin de l'étable. Puis les deux femmes s'appliquèrent à faire disparaître toutes les traces de leur méfait.
Quand le mari revint vers le soir avec sa bête de somme, l'animal refusa de pénétrer dans l'étable; ni les coups ni les cris n'y pouvaient rien : au lieu d'entrer il s'agenouillait à la porte ; et quand enfin, après des efforts incroyables, on l'eut poussé jusqu'à sa place, il ne voulut pas même toucher à la nourriture qu'on lui présentait. Il fallut abandonner l'étable qu'on réputa maudite et hantée par les esprits du mal : car dès qu'on voulait y conduire un animal, la même scène avait lieu.
Durant sept ans le crime resta caché. De temps en temps, des événements extraordinaires se produisaient autour du lieu de la profanation ; ils restaient toujours inexplicables, sauf pour la malheureuse que le souvenir de son péché ne cessait de poursuivre. Enfin, dévorée de remords à la pensée des terribles jugements de Dieu, Rizziarella se résolut à tout confesser : elle s'adressa au P. Jacques Diotalevi, Augustin d'Offida, prieur de Lanciano. Le religieux ne pouvait croire à tant de mal ni à un pareil prodige ; sur les instances de la femme, il se rendit au lieu désigné et creusa la terre : dans le linge plein d'un sang qui paraissait fraîchement répandu, l'Hostie se trouvait encore intacte : une partie avait l'aspect de chair ensanglantée, l'autre conservait l'apparence du pain. Le prieur enleva avec révérence, de ce lieu indigne l'Hostie qui contenait le Roi du Ciel et la transporta dans son couvent pour lui faire réparation de tant d'outrages.
Par la suite, le P. Jacques voulut enrichir sa patrie de ce précieux trésor : il le porta à Offida, dans la Marche d'Ancône, et le déposa dans l'église des Augustins. La fête du miracle s'y célébra dès lors tous les ans, le 3 mai.
1380 et 1652. — Boxtel et Hoogstraten.
Corporal et nappes ensanglantés.
Boxtel est une petite ville située à deux lieues de Bois-le-Duc, en Hollande. Elle fut en 1380 le théâtre d'un miracle éclatant.
Un prêtre, nommé Eloi Aecker, recteur de l'église du Saint-Esprit à Essche, offrait le saint Sacrifice dans l'église de Saint-Pierre de Boxtel, à l'autel des Rois Mages, quand il eut le malheur de renverser le calice, après la consécration. Au moment même où le précieux Sang se répandit, la couleur du vin, qui était blanc et fort clair, se changea en des taches d'un sang vermeil qui tachèrent le corporal et les nappes de l'autel.
Le célébrant, terrifié par l'accident qui lui était arrivé et surtout par le prodige qui venait de s'opérer sous ses yeux, résolut de tenir la chose cachée. Il emporta chez lui le corporal et les nappes, dans l'intention de les laver et de les rapporter lorsque les taches de sang auraient disparu. Il purifia donc les linges sacrés ; mais, avec une émotion facile à comprendre, il s'aperçut bien vite que l'eau n'avait aucun effet sur les traces mystérieuses; il se rendit alors au ruisseau voisin espérant qu'en lavant les linges sanglants dans cette eau courante il réussirait mieux à les faire disparaître ; ce fut peine inutile, les taches de sang restèrent visibles comme au premier instant. Il se décida donc à rendre les linges sacrés à l'église de Boxtel et à avouer le miracle.
Le miracle en se divulguant fit une profonde impression sur les fidèles et excita leur dévotion envers les linges sacrés. L'affluence des pèlerins qui venaient vénérer le Saint-Sang de Boxtel, comme on l'appelait, devint en peu de temps tellement grande que ce fut l’un des pèlerinages les plus fréquentés du Brabant. Aussi Dieu se plut à confirmer le prodige par un grand nombre d'autres miracles. Il s'en opéra tant, dit un ancien auteur, qu'on s'est vu dans la nécessité de brûler des charrettes entières de béquilles et de bandages, parce qu'il ne restait plus de place aux murs du sanctuaire pour suspendre ces preuves des guérisons obtenues par la protection du Saint-Sang.
Les pèlerins allaient boire aussi dans le ruisseau dans lequel le prêtre avait lavé les linges ensanglantés. Plusieurs obtinrent par ce moyen la guérison de leurs maladies ; d'autres y furent délivrés de la possession du malin esprit.
Ce culte et cette affluence persistèrent pendant deux siècles, jusqu'à l'époque où la haine des hérétiques contre la sainte Église romaine vint troubler les fidèles dans leur dévotion et les forcer à cacher leurs trésors pour les préserver de la profanation et de la destruction. Les reliques de Boxtel furent d'abord portées secrètement à Bois le-Duc, puis à l'Abbaye Saint-Michel à Anvers. Enfin l'église collégiale de Hoogstraten fut désignée pour conserver les précieux restes du miracle de 1380. C'est là que, depuis le 20 mai 1652, les pèlerins viennent par milliers, surtout le jour de la Sainte Trinité et pendant l'Octave, vénérer le corporal et la nappe qui ont été teints du Sang eucharistique.
1331. — Blanot, en Bourgogne.
Le miracle du Sang eucharistique.
Le petit village de Blanot qui fait partie du diocèse de Dijon, dépendait autrefois de l’évêché d'Autun. Ce coin ignoré de la Bourgogne fut, en l'année 1331, illustré par un prodige eucharistique, juridiquement reconnu et proclamé par l'autorité diocésaine d'abord, puis par le Saint-Siège. Un procès-verbal en fut dressé par l'official de l'évêque d'Autun. En voici le texte intégral avec seulement quelques petites modifications d’orthographe ou de style.
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront et ouïront, nous, Jean Javroisier, official d'Autun, vicaire de Pierre Bertrandi, par la divine Providence Évêque d'Autun, salut éternel en Jésus-Christ. Faisons savoir, comme nous l'avons appris de gens dignes de foi, que le miracle déclaré ci-après est arrivé en l'église paroissiale de Blanot, diocèse d'Autun, archiprêtré de Saulieu. C'est que le jour de la fête de Pâques dernier, de l'an de Notre-Seigneur 1331, environ à l'heure de Prime, lorsque Messire Hugues de Baulmes, prêtre-vicaire de la dite église de Blanot, après la première Messe par lui célébrée, eut donné le Corps de Jésus-Christ à Jacquette, veuve de Renaud, d'Effours, quelques-uns des paroissiens étant présents en ce même lieu et voyant ce qui s'ensuit, à savoir que de la bouche de cette dite femme, lorsqu'elle communiait, il tomba une partie de l'Eucharistie sur la nappe, qui était soutenue par deux prud'hommes lesquels avec plusieurs autres personnes de l'un et de l'autre sexe, là présentes, virent la dite partie de l'Eucharistie, qui était tombée en forme de pain blanc sur la nappe. Un de ceux qui la tenaient s'écria, en tournant la parole vers le vicaire, lequel remettait les Hosties sur l'autel de ladite paroissiale église : « Sire, sire, tournez-vous d'ici, parce qu'il y a du Corps de Notre-Seigneur qui est tombé de la bouche de cette femme sur la nappe. » Lorsque soudainement ledit vicaire se tourna et voulut relever avec révérence ladite partie de l'Eucharistie, les susdits hommes qui tenaient la nappe avec plusieurs autres assistants, virent expressément et clairement, au lieu où était cette parcelle de l'Eucharistie en forme de pain blanc, cette dite parcelle se changer en forme d'une goutte de sang, étant sur la nappe en aussi grande longueur et largeur que la partie de l'Eucharistie qui était tombée en forme de pain blanc, de la grandeur d'une obole ; ce que le vicaire voyant, il prit la nappe et commença à laver avec de l'eau claire et pure, dans la sacristie, la partie de la nappe où ce sang apparaissait, laquelle, après qu'il l'eut ainsi lavée et bien frottée avec ses deux doigts, une fois, deux fois, trois, quatre et cinq fois et encore davantage, tant plus il lavait la partie de la nappe où l'on voyait ce sang, tant plus cette partie devenait rouge et quelque peu plus large ; tellement qu'il ne peut ôter la rougeur. L'eau que lui versait un de ses clercs, Regnaudin de Baulmes, distillait toujours toute claire.
« De quoi le vicaire étonné priant et pleurant à chaudes larmes, comme dit Guyot Besson, demande un couteau. Thomas Caillot lui prête le sien. Il le lave bien dans l'eau pure et s'en sert pour couper, sur l'autel, toute cette partie de la nappe qui paraissait rouge et la mit avec toute révérence dans le reliquaire de ladite église, après l'avoir montrée à tous les assistants en leur disant : "Bonnes gens, vous pouvez bien le croire, c'est ici le précieux Sang de Notre-Seigneur Dieu Jésus-Christ, car j'ai eu beau le laver et le presser, il n'y a pas eu moyen de le séparer de cette nappe."
« C'est pourquoi, continue l'official, désirant d'être certain et assuré de toutes ces choses, selon que le devoir de notre charge nous y oblige ; considérant toutefois le dire de l'Apôtre aux Colossiens : Le Seigneur a voulu faire connaître les richesses de ce Sacrement, nous sommes descendus personnellement en l'église sus-nommée, le dimanche après la quinzaine de Pâques ; ayant appelé avec nous plusieurs nobles et honorables seigneurs, Guillaume, archiprêtre d'Autun, curé de l'église paroissiale de Lucenay, Messire Hugues Chapelot, licencié ès lois, seigneur d'Effours ; ayant avec nous fidèle et bien-aimé Étienne Angovrand, notaire royal et apostolique.
« Le tribunal ayant donc été établi dans l'église même où le miracle était arrivé, comparurent beaucoup de témoins. Chaque paroissien se crut obligé en conscience de rendre gloire à Dieu. La veuve Renaud déclare avec serment que, croyant fidèlement au Saint-Sacrement de l'autel et bien confessée avec toute la dévotion et la diligence qui lui a été possible, elle a cru fermement recevoir le Corps de Notre-Seigneur que lui administrait messire Hugues de Baulmes, que, ne s'occupant que de son action sainte et ne regardant rien, elle n'a vu, lorsqu'elle s'est relevée de la sainte Table, aucune partie rompue de la sainte Eucharistie sur la nappe. Mais Dieu permit que cette nappe, au lieu d'être attachée au balustre, fût tenue par deux hommes qui examinaient tout ce qui se passait. Thomas Caillot qui tenait la nappe du côté du midi déclare que c'est lui qui a crié au vicaire : « Sire, sire, tournez-vous d'ici, parce qu'il y a du Corps de Notre-Seigneur qui est tombé sur la nappe. » Ce cri de Thomas Caillot, entendu de tous ceux qui étaient là, les poussa à vite porter les yeux où il dit qu'est tombée la particule de la sainte Hostie. Tous la voient en forme de pain blanc sur la nappe, lorsque tout à coup et aussi rapidement que lorsqu'à la création du monde le Seigneur dit : Que la lumière soit, et la lumière fut, la particule, qui pouvait équivaloir au cinquième de l'Hostie, disparaît et l'on voit à sa place une goutte de sang, non point imprimée sur la nappe, mais saillante ; en sorte que, comme l'attestent Guyot Besson et Regnaudin de Baulmes, on aurait pu l'en séparer avec un couteau ou quelque autre léger instrument. »
Après avoir reçu la déposition du vicaire et des autres témoins qui tous déclarent que « clairement, expressément, oculairement, manifestement ils ont vu cette partie de l'Hostie se changer en cette goutte de sang, qui n'est et ne peut être que le Sang de Jésus-Christ », l'official termine ainsi son procès : « Lesquels témoins étant ainsi examinés, nous avons ouvert le reliquaire et avons vu rouge ladite partie de la nappe qui avait été coupée. Nous l'avons tenue des deux côtés, de nos deux doigts, avec toute révérence et avons jugé qu'il faut ajouter foi au susdit miracle et aux choses susdites ; lesquelles voulons être notoires et certaines à tous les fidèles, par ces présentes lettres auxquelles nous avons fait apposer le cachet de notre cour d'Autun. »
L'année suivante, le Pape Jean XXII accorda par une Bulle de nombreuses indulgences à tous ceux qui feraient dire des messes dans l'église de Blanot, donneraient des ornements ou accompagneraient le Saint Sacrement en procession.
L'official ayant jugé, l'évêque ayant approuvé le jugement et le Pape ayant tout confirmé, ce ne fut plus qu'un cri dans les environs, continue l'historien. Tout le monde disait, comme autrefois les bergers à la nouvelle de la naissance de Jésus-Christ : « Allons, allons à Blanot, dans cet autre Bethléem, et voyons le miracle que le Seigneur montre à tous les yeux ! »
Pour satisfaire la dévotion des fidèles, on inséra dans un tube de cristal, long de trois pouces, ce morceau de nappe teint du Sang adorable, et depuis, le prêtre le fait baiser et le pose sur les yeux de tous ceux qui viennent rendre leurs hommages à la sainte Relique. Au XVIII° siècle dernier, l’évêque d’Autun, Mgr de Montazet, dans une visite pastorale, examina par lui-même toutes les preuves du prodige. Il vit avec étonnement que, depuis l'an 1331, ce sang était aussi pur et aussi vif que lorsqu'il parut pour la première fois, et que le morceau de nappe s'était parfaitement conservé, dans une église où tout se corrompt et se détériore à cause de l'excessive humidité.
1239 - Daroca – Espagne
Le Dieu des armées
En 1239, une guerre désolait l'Espagne ; les Maures, longtemps maîtres du royaume de Valence, disputaient chèrement aux catholiques la possession de cette vieille conquête du Coran. Un jour une multitude de ces infidèles tomba sur une petite armée d'un millier de chrétiens qui s'étaient réfugiés à la hâte dans un château presque sans défense. Le petit nombre des assiégés, leur éloignement de Valence et par suite l'impossibilité d'un prompt secours, ne laissait aucun doute sur l'issue de la bataille. Sans espoir du côté de la terre, l'héroïque troupe se tourna donc vers le Ciel et voulut s'armer du secours des Sacrements. Mais le temps pressait ; l'ennemi était proche et les prêtres manquaient de temps pour entendre les confessions et distribuer le Pain des forts : six des principaux chefs furent donc choisis pour participer à la Sainte Eucharistie au nom des autres qui veillaient en armes, prêts à repousser toute attaque.
Ils se confessèrent et se rangèrent autour de l'autel du Sacrifice. Déjà le prêtre avait consacré les hosties pour communier, quand retentit le signal de l'arrivée des Maures. Prompts comme l'éclair, les officiers saisirent leurs armes et volèrent à la défense commune. Le prêtre, de son côté, pour ne pas exposer les saintes Hosties aux outrages des assaillants, les enveloppa précipitamment dans le corporal et les cacha sous une pierre. Cependant le Seigneur, touché de la confiance que les vaillants capitaines avaient dans la nourriture céleste, ne leur refusa point le secours qu'ils attendaient de son bras tout-puissant. Ils apparurent terribles à la tête de leurs troupes et l'intrépidité des chefs enflammant la valeur des soldats, l'armée ennemie fut mise en déroute.
Pleins de reconnaissance pour ce succès inespéré, les valeureux officiers voulurent recevoir la sainte Communion en action de grâces. Le prêtre courut tirer le corporal de sa cachette. Mais, en le dépliant sur l'autel, il trouva les saintes Hosties tachées de gouttes de sang et collées au corporal. Ce prodige excita moins la terreur que l'admiration et la piété des chrétiens : d'une voix unanime on attribua la victoire à ce sang rédempteur.
Mais les Arabes s'étaient arrêtés dans leur fuite : réunissant leurs troupes dispersées, ils revinrent à la charge avec toute l'ardeur qu'excitait la honte de leur récente défaite. Les chrétiens de leur côté se sentaient raffermis par le témoignage qu'ils avaient reçu de la protection du Ciel. Ils prièrent le prêtre de se placer sur un lieu élevé et de tenir le corporal étendu sous les yeux des soldats afin d'assurer la victoire à leurs drapeaux. Excitées par la vue de ce glorieux étendard marqué du sang d'un Dieu, les troupes Catholiques se précipitèrent sur l'ennemi avec une impétuosité sans égale et ils en firent un si grand carnage que la plaine fut jonchée de cadavres.
Cette seconde victoire termina la guerre pour un temps prolongé. Après d'enthousiastes actions de grâces, la petite armée se trouvait rangée autour du gage divin de son triomphe : une discussion assez vive s'éleva entre les principaux officiers au sujet du corporal miraculeux ; chacun voulait enrichir sa patrie de la précieuse relique. Le général régla l'affaire avec sagesse ; il fit observer que, ce prodige venant de Dieu même, c'était à Dieu de désigner le lieu qu'il préférait. On jeta donc le sort par trois fois, et trois fois il désigna Daroca, ville où habitait le prêtre qui avait consacré les saintes Hosties. On ne se contenta pas de cette épreuve, et l'on recourut à un autre moyen. On fit chercher au loin une mule douce et paisible, qui n'avait jamais parcouru ces contrées ; sur son dos on plaça dans un riche ciboire les Hosties sanglantes et le corporal ; puis on l'abandonna à elle-même : le lieu où elle s'arrêterait serait celui-là même que le ciel avait fixé.
La mule s'éloigna, portant le trésor tant convoité. Des prêtres avec des torches allumées et une escorte de soldats l'accompagnaient. A chaque village, le clergé et le peuple venaient recevoir le cortège en grande cérémonie , on s'empressait autour de l'animal, et on lui présentait de la nourriture pour le déterminer à s'arrêter. Mais la mule ne s'arrêta nulle part avant Daroca ; elle se rendit directement à un hôpital de la ville, et, à peine fut-elle entrée dans l'église qu'elle fléchit les genoux et expira ; Notre-Seigneur ne permettant pas qu'après avoir servi de monture au Roi des rois elle fût employée à de moins nobles usages.
Le corporal miraculeux resta donc à Daroca ; des rois, des princes et des grands seigneurs sont allés lui rendre leurs hommages. On envoya au pape Urbain IV des ambassadeurs chargés de lui faire une relation authentique de tous ces faits ; le pontife accorda de nombreuses indulgences à tous ceux qui visiteraient pieusement cette relique insigne. Trois cent trente ans s'étaient écoulés depuis ce prodige, quand Charles-Quint et l'impératrice Isabelle se rendirent en pèlerinage à Daroca : ils reconnurent que le miracle se perpétuait, car les Hosties n'avaient subi aucune altération et les taches de sang avaient conservé leur couleur fraîche et vermeille. Les reliques sont toujours actuellement conservées et vénérées en la Basilique de Santa Maria de los Sagrados Corporales de Daroca.
1608. — Faverney, en Franche-Comté.
L’Hostie sauvée des flammes.
L'église abbatiale de Faverney, au diocèse de Besançon, fut célèbre, dès une époque très reculée, par une statue miraculeuse de Marie qu'on y vénérait sous le nom de Notre-Dame la Blanche, par allusion sans doute à sa pureté immaculée. Vers la fin du XVIe siècle, afin de répondre aux blasphèmes des hérétiques du voisinage, qui s'obstinaient à dogmatiser contre la sainte Eucharistie, les Bénédictins avaient introduit dans leur monastère la dévotion des Quarante-Heures. Pour favoriser cette pratique, Dom Jean Garnier, religieux de l'abbaye, avait obtenu du Pape Clément VIII une indulgence plénière pour les fidèles qui viendraient faire leurs dévotions dans l'église Notre-Dame le jour de la Pentecôte et les deux jours suivants.
Pour rendre la fête plus solennelle, on résolut d'exposer le Saint Sacrement sur un reposoir adossé à la grille du chœur, à droite de la porte du sanctuaire, et par conséquent du côté de l'Épître. Sur une table de bois ordinaire, on avait placé un tabernacle à colonnes, ouvert de trois côtés, destiné à porter l'ostensoir, et surmonté d'un baldaquin assez lourd, qui recouvrait le tout. Des rideaux de soie, des tapis, des dentelles de prix, prêtés par les habitants qui se faisaient un honneur de contribuer à son ornementation, décoraient ce reposoir. Deux chandeliers de cuivre portant des cierges, et deux chandeliers d'étain portant des lampes alimentées d'huile éclairaient le Saint Sacrement qui était entouré d'adorateurs pendant toute la nuit du samedi au dimanche et celle du dimanche au lundi.
Dans la nuit du dimanche 25 mai 1608 au lundi, les personnes qui devaient veiller devant le Saint-Sacrement, songeant sans doute qu'il y aurait du monde comme la nuit précédente, où l'on avait renvoyé les veilleurs, ne se rendirent point à leur poste, et le religieux sacristain Jean Garnier resta seul jusqu'à onze heures du soir. Accablé de fatigue et de sommeil, il résolut d'aller se reposer un instant, et, éteignant les cierges pour ne laisser brûler que les lampes, il gagna sa cellule.
Que se passa-t-il dans l'intervalle ? Nul ne le sait, mais quand messire Garnier ouvrit la porte du cloître pour rentrer dans l'église à trois heures du matin, il se trouva suffoqué par la fumée, et à la place du reposoir qui était à quinze pas devant lui, il entrevoit les flammes mourantes d'un incendie qui s'éteint. Saisi de terreur et de crainte, il se précipite dans le cloître et appelle les religieux à grands cris. Il pense avec douleur aux saintes Espèces consumées, aux ornements brûlés, à la négligence qu'on lui reprochera. Aussitôt les religieux, qui couchaient tout habillés, arrivent à sa voix.
Leur premier soin est de courir au reposoir. Le tabernacle a disparu, la table est brûlée, le baldaquin est au trois quarts détruit ; un des chandeliers est fondu par la violence des flammes, l'autre s'est brisé en tombant ; le marbre sur lequel reposait l'ostensoir est dans les charbons, cassé en trois morceaux et tellement brûlant qu'on ne peut le toucher.
Soudain, à travers la fumée et aux premières lueurs du jour, le novice Brenier signale l'ostensoir suspendu et comme attaché à la grille. Le malheureux dom Garnier étend le bras pour le saisir et voir ce que sont devenues les saintes Espèces ; son voisin le retient en lui montrant combien la chose est extraordinaire. Une discussion s'engage. Messire Garnier voudrait cacher les suites de sa négligence, on lui représente que cela n'est pas possible, que déjà les gens du voisinage, ayant entendu ses cris et aperçu la fumée, frappent à la porte de l'église; quelques-uns pénètrent même par le cloître, il faut se hâter d'ouvrir, afin que chacun soit témoin de ce qui est arrivé. Les bourgeois, courant au feu, entrent en désordre et à demi-vêtus dans l'église, ils arrivent près de la grille, et, voyant l'ostensoir suspendu et les Hosties conservées au-dessus des débris mal éteints du brasier, ils crient au miracle, se prosternent et adorent les premiers la sainte Hostie conservée dans les flammes.
Revenus de leur première surprise, les religieux ne savent que faire; ils décident qu'on laissera les choses dans l'état où elles sont, et qu'on enverra chercher les Capucins récemment établis à Vesoul, théologiens habiles et prêtres renommés par leur science et leurs vertus. Pendant ce temps le miracle continue toujours ; les huit cents habitants de Faverney en sont témoins, le bruit s'en répand au loin, les gens des villages voisins accourent ; à trois heures de l'après-midi arrivait déjà un groupe de cent vingt habitants de Vesoul ; la foule augmente sans cesse jusqu'au lendemain, et les témoins oculaires défilent au nombre de neuf à dix mille pendant les trente-trois heures que dura le miracle.
C'est seulement le mardi 27 mai 1608 que l'ostensoir se reposa doucement sur un corporal placé au-dessous, et que l'on conserve encore à Besançon, dans l'église Notre-Dame. Les précautions les plus minutieuses furent prises pour constater la réalité du miracle ; les hérétiques n'ont pas essayé de le nier, et les détails laissés par les témoins répondent victorieusement aux objections imaginées, cent cinquante ans après, par la libre-pensée aux abois.
Quand les commissaires de l'archevêque de Besançon vinrent s'enquérir de tous les détails de l'affaire, il se présenta quinze cents témoins pour déposer ; on en choisit seulement cinquante-deux dont les dépositions encore existantes forment un dossier des plus vénérables et des plus solides.
Deux mois après, le 25 juillet 1608, l'archevêque de Corinthe, suffragant de Besançon, vint à Faverney, proclamer le jugement doctrinal formulé à la suite de l'enquête, et constatant officiellement la réalité du miracle. La renommée avait devancé le jugement, et en annonçant le prodige dans toute la France, elle attirait déjà des pèlerins de lieux très éloignés. Parmi eux il y eut l'illustre évêque de Genève, saint François de Sales.
On commença dès les premiers jours à se disputer les reliques du miracle ; l'archevêque demandait une des deux Hosties conservées dans les flammes pour la ville de Besançon ; l'abbé refusa de s'en dessaisir. La ville de Dôle, capitale de la province, n'eut d'abord pas plus de succès ; mais elle fit de si vives instances auprès de ses archiducs, souverains du pays, que ceux-ci ordonnèrent à l'abbé de Faverney de céder une des Hosties miraculeuses, pour qu'elle fût à l'abri des surprises de la guerre derrière les bonnes murailles de la cité fortifiée par Charles-Quint.
Le 15 décembre 1608, quatre cents Dolois des plus honorables partirent pour aller prendre la relique tant désirée. Tous les membres de l'escorte se confessèrent et communièrent en arrivant à l'abbaye, et le lendemain, quand ils s’en retournèrent, au comble de la joie d'emporter le précieux trésor, les habitants de Faverney pleuraient. Bien qu'on fût au cœur de l'hiver, le brillant cortège marcha nu tête depuis Faverney jusqu'à Dôle et fut accueilli tout le long de sa route par les témoignages de la vénération la plus profonde. Une procession magnifique et longue de trois kilomètres, vint au-devant de la sainte Hostie, lui offrit les clefs de la ville et la conduisit à travers des arcs de triomphe et au bruit de l'artillerie jusqu'à l'église collégiale Notre-Dame où on lui bâtit une chapelle dont les avocats au Parlement voulurent assumer les frais. Elle fut perdue pendant la Révolution. La sainte Hostie de Dôle était considérée comme le palladium de la province, les États de la Comté avaient établi une fondation nationale en son honneur, et la cité doloise entretenait une lampe perpétuelle dans la chapelle du miracle de Faverney.
Cette chapelle fut construite au fond de la nef de gauche dans l'église abbatiale. Elle a été restaurée avec le reste de l'église au XIX° siècle ; c'est sur son autel et dans son tabernacle que se conserve encore la sainte relique. Les plus grands seigneurs se firent une gloire de la doter ; dès l'an 1609, il se forma une confrérie du Saint Sacrement, qui entourait d'une garde d'honneur la divine Hostie respectée par les flammes, et chaque année l'anniversaire du miracle se célébrait avec le concours des paroisses voisines et des pèlerins étrangers. Un nouveau prodige détermina l'archevêque diocésain à instituer une fête commémorative de ce grand événement. Voici quelle en fut l'occasion. Le jeudi saint de l'année 1726, un violent incendie dévora le bourg de Faverney. Quarante-cinq maisons étaient déjà consumées, dix autres s'embrasaient, une ruine complète était imminente, quand la sainte relique fut apportée sur le lieu du sinistre. Les flammes s'arrêtèrent tout à coup, et ce fut en reconnaissance de ce bienfait, que François-Joseph de Grammont établit pour son diocèse, sous le rit double majeur, la fête de la sainte Hostie conservée dans les flammes.
La dévotion à l'insigne relique fut populaire pendant le XVIIIe siècle et elle est toujours exposée à la vénération des fidèles chaque lundi de Pentecôte, jour anniversaire du Miracle.
Pendant la Révolution, la sainte Hostie de Faverney demeura intacte et fut mise à l'abri des profanateurs impies par le maire et la municipalité, qui la sauvèrent en la plaçant sous la protection de la loi. Le premier acte religieux qu'accomplirent les habitants quand ils eurent un peu de liberté, fut de reconnaître solennellement sous le portail de leur église (14 juin 1795) la relique vénérée par leurs ancêtres, et de lui rendre des hommages que leurs descendants sont encore heureux de lui prodiguer.
Les Bénédictins avaient été emportés par la tempête révolutionnaire, mais leur église conventuelle, devenue paroissiale, rappelait de trop grands souvenirs pour ne point conserver l'affection des fidèles. La vieille basilique romane a été restaurée et les pèlerins y venaient nombreux adorer la sainte Hostie du miracle.
En 1864, la Sacrée Congrégation des Rites, sur les instances de Son Em. le Cardinal Mathieu, examina les preuves établissant la conservation des saintes Hosties, et la suspension merveilleuse de l'ostensoir ; non seulement elle ne rejeta point le miracle, mais elle le reconnut à l'unanimité et éleva la fête du 30 octobre au rang de 1° classe dans le diocèse de Besançon. Le 16 mai 1864, lundi de la Pentecôte, le saint Cardinal, heureux de ce succès, vint à Faverney y proclamer solennellement le résultat de cette enquête qui, par la bouche de Pie IX, recommandait le miracle de la sainte Hostie à la vénération de l'univers catholique.
1491. — Ammerschwihr, en Lorraine.
Le miracle des Trois-Épis.
En 1491, un forgeron se rendant au marché de Niedermorschwihr s'était arrêté pour prier devant une statuette de Notre-Dame des Sept-Douleurs, placée sur un chêne, près du chemin qui conduisait au village. La sainte Vierge lui apparut alors, tenant un glaçon dans une main, et dans l'autre, trois épis de blé ; elle demanda au paysan qu'au marché, il exhortât tout le monde à faire pénitence, pour détourner du pays les maux qu'avaient mérités les habitants pour leurs désordres, et que désignait le glaçon qu'elle tenait à la main ; elle ajouta que s'ils retournaient à une vie meilleure, Dieu leur accorderait une moisson abondante, moisson désignée par les trois épis. Malgré une certaine fausse honte, le forgeron s'acquitta de sa mission : les habitants se convertirent et Dieu accorda une grande fertilité à la terre.
On bâtit en reconnaissance une chapelle en l'honneur de Notre-Dame des Trois-Épis au lieu même de l'apparition. Ce nom reçut en quelque sorte une ratification surnaturelle à l'occasion d'un événement mentionné par Ichtersheim dans sa Topographie, et qui eut lieu peu de temps après la construction de la chapelle.
« Un malheureux s'était emparé, dans l'église de Niedermorschwihr, d'une hostie consacrée, avec laquelle il voulait accomplir une célébration sacrilège. Mais, après avoir accompli son vol, il fut saisi d'une telle frayeur en passant auprès de la chapelle des Trois-Épis que, dans son effroi, il jeta loin de lui la sainte Hostie. Or, quelques graines de froment perdues avaient produit, à côté de la porte de la chapelle, trois beaux épis, tellement rapprochés l'un de l'autre, qu'ils semblaient sortir d'une seule tige. L'Hostie y resta accrochée, et aussitôt un essaim d'abeilles arriva avec un bourdonnement harmonieux et entoura les épis d'un élégant ostensoir en cire, comme pour protéger le Corps du Seigneur et lui rendre hommage. Une céleste musique se fit entendre, et toutes les fleurs des champs, se balançant sur leurs tiges et inclinant leurs corolles, envoyèrent au Créateur leurs parfums les plus suaves.
Quelques passants, témoins de ces merveilles, tombèrent à genoux devant la sainte Hostie, et après l'avoir adorée, ils allèrent prévenir le curé de Niedermorschwihr de ce qui se passait. Le curé s'empressa d'accourir avec son peuple sur le lieu du prodige, et après avoir adoré le Sacrement, il l'emporta triomphalement dans son église. »
1772. — Paterno (Italie).
Miraculeuse invention des saintes Hosties dérobées par des voleurs.
Le 28 janvier 1772, le village de Saint-Pierre de Paterno, situé à environ trois kilomètres de Naples, fut le théâtre d'un affreux sacrilège : des voleurs enlevèrent du tabernacle deux ciboires remplis d'Hosties consacrées. Quelques jours après, un fermier du voisinage, nommé Pascal Capozzi, trouva dans un reste de fumier laissé près de sa grange le pied de l'un des deux ciboires ; on examina avec un soin minutieux les sillons du champ où avait été répandue l'autre partie du fumier, dans l'espoir d'y retrouver les Hosties consacrées. Mais ce fut en vain. On finit par croire que les voleurs avaient eux-mêmes consommé les saintes Espèces pour faire disparaître toute trace de leur sacrilège ; et le souvenir de ce vol s'effaçait peu à peu de la mémoire des villageois.
Cependant, le soir du 19 février, un jeune homme de dix-sept ans, Joseph Orefice, rentrait de Naples à Paterno quand, de la route royale qui va de Capodichino à Casoria, il aperçut dans un des champs de la ferme de Capozzi un scintillement de lumières. Le lendemain soir, ayant vu le même spectacle, il eut peur et en avertit ses parents. On l'écouta en riant. Le lendemain de grand matin, Joseph avec son père Ange et son frère Jean qui avait à peine dix ans se mirent en route pour Naples. Quand ils passèrent près de la ferme de Capozzi, l'apparition des lumières se renouvela. L'enfant les aperçut et manifesta son admiration par des cris ; Joseph les vit aussi ; mais leur père ne distingua rien.
Ces détails vinrent à la connaissance de deux prêtres de Naples, Jérôme et Jacques Guarino,qui voulurent s'en rendre compte par eux-mêmes. Avec le curé du village et quelques autres personnes, ils se rendirent le 24 février, à une heure avancée de la nuit, sur le lieu de cette singulière apparition. Joseph Orefice et son frère y vinrent aussi avec un autre enfant nommé Thomas Piccini.
Au bout de quelques instants les lumières apparurent aux trois enfants, et comme personne d’autre n'apercevait rien, on les suivit jusqu’à l’endroit qu'ils indiquaient. On examina scrupuleusement le terrain, on approcha la lanterne de chaque motte de terre, mais on ne trouva rien.
Le soir du jour suivant, ils prirent avec eux un autre prêtre, Joseph Lindinier ; et comme ils s'étaient aperçus que Dieu avait choisi les enfants pour leur révéler ses merveilles, ils emmenèrent aussi quatre autres enfants du village. Ils ne tardèrent pas à apercevoir un grand nombre de lumières au pied d'un peuplier. On fit donc de nouvelles recherches, mais sans rien découvrir qui pût indiquer la cause de cet étrange phénomène.
Les prêtres se retirèrent alors, les enfants les suivirent. Mais, au moment où ces enfants allaient sortir du champ pour s'engager sur la route, un grand cri éclata de la foule réunie dans le champ, et comme s'ils eussent été traînés par une force magique, ils se mirent à retourner sur leurs pas. Bientôt la même force les jeta par terre à la renverse ; avant qu'ils se fussent remis debout, une vive lumière jaillissant tout près d'eux à côté du peuplier, éblouit leurs yeux : et au dessus des rayons de cette lumière céleste, s'élevait doucement une colombe qui ne tarda pas à prendre son vol et à disparaître.
Aussitôt ils se précipitèrent vers le peuplier et se mirent à remuer la terre autour de l'arbre. Soudain Piccini aperçut sur le gazon un petit objet rond d'une blancheur éclatante, reconnut une Hostie et cria qu'on alla chercher les prêtres. Il était deux heures du matin. Le peuple, rempli de joie par la découverte si extraordinaire du Très Saint-Sacrement, se pressa autour de Jacques Guarino et suivit avec une anxiété fébrile tous les mouvements du vénérable prêtre. Celui-ci, creusant la terre avec des précautions infinies, eut la consolation de recueillir quarante Hosties. Il les plaça dans un ciboire sous un petit dais élevé en toute hâte au pied du peuplier et, d'une voix coupée par les sanglots, il entonna l'hymne d'action de grâces du Te Deum. Les Hosties consacrées étaient restées cachées sous terre pendant environ un mois. Or, malgré un hiver très rigoureux et des pluies torrentielles, on les retrouva en parfait état de conservation, blanches et intactes ; le bord seul avait été légèrement taché par la boue. Bien plus, la terre qui avait été en contact avec le corps de Jésus-Christ et que l'on avait recueillie absolument sèche dans un linge très propre, se mit à distiller une eau limpide.
Cependant la population de Paterno n'était point satisfaite. On avait su par diverses attestations que les deux ciboires renfermaient une centaine d'Hosties consacrées au moment où les voleurs les avaient enlevées du tabernacle. Quarante avaient été retrouvées. qu'étaient devenues les autres ?
Le soir du jeudi suivant, les trois jeunes gens dont Dieu s'était déjà servi pour guider les recherches, Orefice, Marotta et Piccini, accoururent près de Jérôme Guarino : les lumières avaient paru de nouveau. Guarino partit avec eux. On cherchait depuis longtemps sans succès quand Joseph Orefice :
— Voilà, dit-il en se mettant à genoux pour marquer la place de plus près, voilà où il faut chercher avec soin ! » Il posait en même temps la main à terre, et il sentit que le sol se dérobait. Guarino saisit alors un couteau et commença à creuser lui-même. Tout à coup, il entendit un bruit sec, comme celui que produit une Hostie que l'on brise, et il s'arrêta en proie à une vive émotion ; il se trouvait en face d'une excavation à laquelle une grande motte de terre servait de couvercle; plus de cinquante Hosties étaient là, entières, blanches, aussi parfaitement conservées que celles qu'on avait découvertes auparavant.
Ce furent des transports de joie unanime quand on les reporta à l'église de Paterno : le peuple pouvait désormais glorifier Dieu de ses merveilles, puisque toutes les Hosties consacrées avaient été enfin retrouvées.
Tous ces détails sont extraits des actes du procès ordonné par l'autorité ecclésiastique et qui est conservé dans les archives de l'archevêché de Naples. Sans nous arrêter davantage aux diverses dépositions qui furent faites durant l'enquête, le témoignage suivant du curé de Paterno, Matthias d'Anna mérite l’attention ; il est l'écho d'une tradition constante dans le pays. Pendant l'intervalle qui s'écoula entre le vol sacrilège et l'apparition des lumières, un muletier nommé François Jodice, âgé de vingt-sept ans, qui retournait à Naples vers le soir, voyait souvent dans le champ où furent enterrées les saintes Hosties une dame qui se tenait appuyée contre un arbre. Un soir, il s'enhardit à lui demander ce qu'elle faisait ainsi solitaire dans ce champ. « Je suis là, répondit-elle, pour veiller à la garde de mon fils ! » Quand on eut retrouvé les Hosties consacrées, tout le monde comprit clairement que cette dame devait être l'auguste Vierge Marie.
Quant aux hosties consacrées autour desquelles la puissance divine avait ainsi multiplié les merveilles, le Vicaire général de Naples en fit la reconnaissance canonique et les plaça dans deux cylindres de cristal fermés par des cercles d'argent, afin qu'on pût dans la suite les exposer à la vénération des fidèles.
1245. — Assise, en Italie.
Sainte Claire et les Sarrasins.
A l’époque où Frédéric II, en révolte contre l'Église, ravageait les villes d'Italie, la vallée de Spolète fut principalement le lieu des exactions des armées impériales. Le prince avait enrôlé des bandes de Sarrasins pour l'aider dans son œuvre de conquête. Un jour, une troupe de ces barbares, ivres de sang et de débauche vint assiéger Assise. Le couvent de Saint-Damien, où vivait saint