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L’IMMACULÉE CONCEPTION



Et d’abord, pourquoi ce dogme de l’Immaculée Conception n’a été promulgué qu’en 1854, il y a seulement un peu plus de 150 ans ?
En effet, la fête de la conception de Marie paraît plus tardivement par rapport à d’autres fêtes liturgiques mariales, comme l’Assomption. Elle commence à être célébrée en Occident seulement au Moyen Age et dans certaines églises particulières. Mais la portée théologique de cette fête de la conception de Marie au Moyen-Âge n’est pas identique à la connaissance que nous en avons aujourd’hui.

Avant d’en venir à l’histoire de ce privilège de Marie, il est bon d’avoir quelques points de repères sur ces notions théologiques :
Qu’est-ce qu’un Dogme :
un dogme est une vérité de foi contenue dans la Révélation divine ou une vérité ayant avec elle un lien nécessaire proposée par le Magistère à l’adhésion des fidèles. Autrement dit un dogme est une vérité qui exige une adhésion de foi, parce que cette vérité est contenue explicitement dans la Révélation biblique ou parce qu’elle découle nécessairement d’une vérité qui appartient à la Révélation divine.

Bulle : Lettre du Souverain Pontife rédigée en forme solennelle et scellée soit d’une boule de métal (du latin bulla), soit d’un cachet de cire.

En quoi consiste, exactement, le dogme de l’Immaculée Conception ?

Pie IX, dans sa bulle Ineffabilis Deus qui proclame le dogme de l’Immaculée Conception, déclare que « la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel ».
Cela ne signifie pas que Marie n’ait pas été vraiment femme. Tout comme Jésus qui est homme véritable, Marie est véritablement femme. Elle a été conçue dans le sein de sainte Anne. Elle a connu la condition humaine. Toutefois, elle a bénéficié d’une conception ‘immaculée’, c’est-à-dire ‘sans tache’, sans la tache du péché originel.
Cela ne veut pas dire non plus que Marie n’aurait pas eu besoin d’être sauvée puisqu’elle était immaculée. La bulle Ineffabilis Deus précise au contraire qu'elle a été sauvée, mais d'une manière particulièrement admirable en raison de son lien étroit avec le Christ Sauveur. Marie, préservée du péché, n’est donc pas à côté de l’humanité sauvée par le Christ. Elle bénéficie d’une grâce par anticipation. Pour nous sauver, Jésus-Christ a voulu prendre réellement chair dans le corps d’une femme afin d’être semblable à nous en toutes choses à l’exception du péché. Cette femme, Marie, est donc conçue sans péché pour être la demeure de son Fils.

Il ne faut pas confondre le dogme de l’Immaculée Conception avec celui de la Conception virginale de Jésus qui est la Conception de Jésus par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de Marie. L’Immaculée Conception, c’est la conception de Marie ; la conception virginale, c’est la conception de Jésus.

Au Moyen-Âge, on ne parle pas de l’Immaculée Conception en tant que telle. Le terme d'immaculée qui existe bien au M.-Â., ne s'applique pas à la conception de Marie, mais toujours jusqu’au XIIe siècle à sa naissance.
Trois moments sont essentiels pour comprendre à la fois le sens de la fête de la conception de Marie au Moyen Age et les tâtonnements théologiques pour justifier ce sur quoi la Tradition de l’Eglise n’apporte alors aucune réponse précise. Il y a tout d’abord le moment strictement liturgique de l’introduction de la fête en Occident au milieu du XIe siècle. S’ensuit les débats à propos de cette nouvelle solennité, débats inaugurés par saint Bernard, à partir du XIIe. Enfin, le troisième moment, au tournant du XIIIe - XIVe siècle, initié par saint Bonaventure et poursuivi par les franciscains est fondamental pour l’avancée de la croyance.

La réflexion dogmatique suit la pratique liturgique, il ne la précède pas. La querelle théologique qui débute avec l’intervention de saint Bernard qui écrit une lettre aux chanoines de Lyon, vraisemblablement en 1139, est postérieure d’environ quatre-vingt ans aux premières célébrations en Occident de la fête de la Conception de Marie.

La liturgie parle de « fête de la conception de la Vierge » quand la théologie s’inquiète de savoir comment et pourquoi au moment de sa conception la Mère Dieu n’a pas été contaminée par la faute originelle ou comment elle en a été purifiée. En effet le sens que le M.-Â. a donné à cette fête, fut différent selon les époques et selon les lieux. Cependant cette simple fête de la conception de Marie est déjà un pas en avant car elle a le mérite de poser le problème et d’en suggérer la réponse.

Il est établi que l’Angleterre est la terre d’Occident qui, la première, dès le milieu ou la seconde moitié du XIe siècle, a accueilli une solennité de la conception de Marie déjà implantée en Orient depuis la fin du VIIe ou le début du VIIIe siècle. Le transfert s’est-il effectué grâce à des Anglais ayant fait le pèlerinage de Jérusalem ? C’est une hypothèse.
Mais il y a aussi l’histoire d’Elsin, abbé de Ramsey, qui eut un impact considérable à l’époque. On raconte en effet que cet abbé, envoyé par Guillaume le Conquérant négocier la paix avec le roi du Danemark, fut pris à son retour dans une effroyable tempête. Ses compagnons d'infortune et lui-même se mirent alors à prier, invoquant la Vierge Marie. Ils en étaient à confier leurs âmes à Dieu quand soudain apparut dans la voilure du navire un ange vêtu des habits d'évêque qui demanda au pieux abbé s'il désirait sortir vivant de cette tempête. Ce dernier ayant répondu par l'affirmative, l'ange lui ordonna de s'engager le jour du 8 décembre à célébrer la conception de Marie et lui recommanda d'utiliser l'office de la Nativité de la Mère de Dieu en remplaçant nativitas par conceptio. La notoriété de ce miracle qui se situe après la conquête de l'Angleterre, ne fait aucun doute. Nous en possédons encore plusieurs versions recopiées sur quelques dizaines de manuscrits et on le trouve parfois dans les leçons de l'office des matines du 8 décembre.
D’autre part, le moine Eadmer de Canterbury, avait soutenu l’opinion selon laquelle la Vierge a été, dès sa conception, préservée du péché originel. En effet écrit-il « Dieu l’a pu à l’évidence, et il l’a voulu ; si donc il l’a voulu, il l’a fait[2] ». Dieu pouvait préserver la Vierge de la contamination et comme il voulait que l’édifice qu’il se bâtissait soit parfait, sans jamais avoir été tenue sous la domination diabolique, il l’a fait.

A la faveur de la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, et grâce aux liens privilégiés qui s’établissent alors entre les abbayes insulaires et les abbayes normandes, la fête de la Conception a pu franchir la Manche et s’implanter sur le continent. La bibliothèque du Havre conserve un missel qui a été réalisé vers 1120 dans l’abbaye de Winchester et qui contient une messe de la Conception selon le rite anglais du missel de Léofric. Cette messe se retrouve à l’identique dans un sacramentaire du Mont-Saint-Michel de la première moitié du XIIe siècle.

Sans qu’on puisse établir de lien avec la Normandie, Lyon et la Bourgogne semblent avoir été un autre pôle de diffusion de la solennité. Nous avons conservé un libellus de l’office Gaude mater ecclesiae qui est l’office propre de la fête du 8 décembre. Il a été rédigé à Lyon. Les chanoines de Lyon avait ainsi diffusé la célébration solennelle de la fête de la Conception de Marie. Ce manuscrit pourrait avoir provoqué l’intervention de saint Bernard et motivé sa colère. Il n’était pas favorable à cette fête qui venait d’églises particulières et non de l’église universelle. Elle lui a paru comme une innovation dangereuse. L’argumentation fondée sur des révélations privées (celles de l’apparition à l’abbé de Ramsey) ne pouvait le satisfaire. St Bernard a écrit une lettre aux chanoines de Lyon pour les reprendre de ce qui lui paraissait être de la présomption. Cette lettre est capitale parce qu’elle est le premier témoignage non liturgique de la fête et parce qu’elle provient d’un personnage écouté et respecté par l’église entière du XII° s.. Au siècle suivant on se servira de cette lettre comme argument d’autorité. En somme c’est le premier document d’une réflexion théologique sur la question de l’Immaculée Conception. Ce n’est pas que saint Bernard n’aimait pas Marie. Bien au contraire, il a beaucoup écrit sur Marie, et si bien écrit qu’il a mérité le titre de chantre de Notre-Dame. Seulement cette fête de la Conception qui était une nouveauté pour l’époque lui paraissait dangereuse parce que la Tradition de l’Eglise n’en parlait pas.
L’argumentation théologique du saint abbé de Clairvaux se fonde principalement sur le fait qu’au moment de la conception, à cause de la concupiscence, le péché originel souille inévitablement l’enfant. Le péché originel se transmet ainsi de génération en génération de manière quasi biologique. Et la Vierge Marie ne saurait échapper à cette loi commune puisqu’elle est la vraie fille de sainte Anne et de saint Joachim. Cette pensée de la transmission du péché originel est celle de saint Augustin qui est le principal docteur de l’Eglise Latine.
Cependant saint Bernard introduit une avancée de taille dans la doctrine de la sainteté de Marie. Traditionnellement, on pensait que c’était seulement à l’Annonciation que par l’opération du Saint-Esprit toute trace de péché avait été effacée de la Vierge. Saint Bernard suppose cette opération avant même sa naissance. La doctrine de la sanctification de Marie est née. Voilà ce qu’il écrit :

… il n'est pas permis de douter que Dieu n'ait accordé à la vierge incomparable dont il s'est servi pour donner la vie au monde, le même privilège dont il est bien certain qu'il a favorisé quelques autres mortels. (Jérémie, st Jean Baptiste) Il est donc indubitable que la mère du Seigneur fut sainte avant de naître, et l'Eglise ne saurait errer en célébrant tous les ans avec faste le jour où elle naquit. Je suis même persuadé que, prévenue avant sa naissance d'une grâce plus abondante que les autres saints, elle a vécu ensuite exempte de toute espèce de péchés actuels, par un privilège dont nul autre qu'elle n'a jamais joui. Il convenait, en effet, que la reine des vierges, qui était destinée à mettre un jour au monde Celui qui devait détruire le péché, vivifier et justifier les hommes, fût exempte elle-même de toute souillure et passât sa vie sans péché. Aussi disons-nous que sa naissance fut sainte, parce que dès le ventre même de sa mère elle avait été comblée de grâce et de sainteté.
Mais là s’arrête la croyance de saint Bernard sur la pureté de Marie et c’est avec ironie qu’il ajoute à l’égard de ceux qui promeuvent la fête de la Conception de Marie : Mais ce n'est point assez comme cela: il faut maintenant surenchérir sur ces privilèges, et l'on prétend qu'il y a lieu de rendre à la conception de Marie les mêmes honneurs qu'à sa naissance.
Malgré cette lettre de st bernard, la fête de la Conception de Marie continue à s’imposer.

Deux doctrines s’affrontent qui donnent naissance à deux grands courants liturgiques. Soit on continue de considérer à la suite d’Eadmer de Canterbury que la Vierge a été préservée du péché originel auquel cas, on célèbre la fête de la conception selon son rituel propre,
soit on considère qu’effectivement la Vierge n’a pu qu’être purifiée de la tache originelle sans en avoir été préservée, et on utilise le rituel de sa Nativité en se contentant de changer le mot nativitas par conceptio. C’est ce que propose de faire Alexandre Neckam qui fut étudiant puis professeur à Paris, emboîtant le pas à saint Bernard. Les deux types de liturgies se diffusent parallèlement reflétant les deux doctrines.

La difficulté à laquelle se heurte la doctrine de la préservation originelle tient au fait que toutes les grandes « autorités » du XIIIe siècle adoptent la doctrine de la sanctification : St Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin, St Bonaventure, etc. parce qu’ils sont tributaires de la doctrine de saint Augustin sur la transmission du péché originel.

Saint Anselme au tournant du XIIe – XIIIe siècle développe une nouvelle façon d’envisager la faute originelle et sa transmission. Cette doctrine sur le péché originel s’impose au XIIIe et XIVe siècles, et remplace celle de saint Augustin. On ne pense plus que la transmission du péché se fasse de façon quasi biologique. Cette avancée doctrinale ne concernait pas directement la Vierge. Cependant, elle eut pour conséquence que le postulat selon lequel Marie, ayant été engendrée naturellement, devait avoir nécessairement contracté le péché originel, ce postulat ne tenait plus.
Il s’ensuit qu’entre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe, toute une lignée de docteurs franciscains s’appliquent à démontrer que la doctrine de la préservation originelle est la seule digne de la mère de Dieu : Guillaume de Ware et surtout Jean Duns Scott. Ce dernier développe l’argument du « parfait médiateur ». Non seulement le rôle du Christ en tant que sauveur n’est pas amoindri par la place particulière de la Vierge, mais encore l’acte de médiation du Christ est encore plus parfait quand il s’agit de préserver plutôt que de racheter. « Mieux vaut prévenir que guérir » comme on dit aujourd’hui.

Du côté de la liturgie, la fête se répand en France, mais le Sud reste encore assez à l’écart. Entre la fin du XIIIe siècle et la fin du XVe, les Ordres monastiques les uns après les autres inscrivent la fête dans leur calendrier.
Le concile de Bâle, en 1439, qui définit la doctrine immaculiste dans des termes très voisins de ceux de la bulle Ineffabilis Deus de 1854, a cherché à étendre à toute l’Eglise la célébration du 8 décembre. Mais ce concile fut déclaré schismatique et ses décisions non recevables.
Cependant, très vite, la papauté donne son appui. La papauté d’Avignon au XIVe siècle, célébrait la fête, et au XVe siècle, Sixte IV approuve la croyance et la fête. Clément XI, en 1708, prescrit de la célébrer partout.

Il faut évoquer maintenant le culte marial au XIXe siècle avant la proclamation du dogme. Au milieu du XIXe siècle, à l’époque de la proclamation par Pie IX, le prénom de Marie est donné à une petite fille sur trois. C’est absolument considérable et inhabituel. Il y a toujours eu des Marie sous l’Ancien Régime, mais pas à ce point. A la fin du siècle, dans les années quatre-vingt dix encore, on comptait une fillette sur sept, qui portait le nom de Marie ou de Maria. Marie continue d’occuper le premier rang des prénoms féminins, et il n’est dépassée par Jeanne, à cause de Jeanne d’Arc, que pendant la première guerre mondiale, la béatification de Jeanne d’Arc ayant eu lieu en 1909. Donc Marie a tenu le premier rang des prénoms féminins toute la 2° moitié du XIX° siècle.
Le chapelet et le rosaire, qui étaient déjà très répandus sous l’Ancien Régime, reprennent en force après la Révolution de 1789. Des centaines de milliers de personnes, en majorité des femmes, pratiquent la dévotion au chapelet et au rosaire. Les confréries du rosaire et du scapulaire reprennent rapidement.
Le culte marial connaît encore un nouvel essor entre 1830 et le début des années 1850. Les principaux facteurs sont les fameuses apparitions de Marie en France. Deux sont antérieures à 1854 date de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, Lourdes arrivant justement un peu après la proclamation du dogme, en 1858.

L’apparition du 27 novembre 1830 à une modeste Fille de la Charité, sainte Catherine Labouré, suscite la diffusion, à partir de 1832, de la fameuse médaille miraculeuse, répandue vite à des millions d’exemplaires. Cette médaille porte l’invocation, qui est très importante pour notre sujet : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. » Elle popularise donc la croyance en l’immaculée conception, que l’apparition de Lourdes confirmera.
La deuxième apparition qui favorise le développement de la dévotion mariale avant 1854, c’est l’apparition de la Salette, en septembre 1846, à deux petits bergers pauvres, Mélanie et Maximin.

Autre fait important, en dehors des apparitions, c’est la découverte en 1842 du manuscrit du Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge de St Louis-Marie Grignon de Montfort. C’est tout de suite un best-seller lorsqu’il est publié en 1843. Il connaît très vite trois cents éditions et se trouve traduit en cinquante langues. La dévotion à Marie y est présentée dans un langage très accessible, comme une consécration qui renouvelle les promesses du baptême, et qui conforme, unit, et consacre le plus parfaitement à Jésus-Christ.

Autre innovation : les mois de Marie. Les mois de Marie, relativement peu fréquents auparavant, sont très largement une invention du XIXe siècle. Parfois, nous dit-on, les églises sont plus remplies chaque soir du mois de Marie que le dimanche même.

Les pèlerinages mariaux se réaniment. Le point de départ de ces pèlerinages mariaux, c’est la grande épidémie de choléra de 1849 et les grandes fêtes au début du Second Empire.
Certaines d’entre elles sont marquées par l’érection de statues de la Vierge sur les lieux élevés. La première érection importante, c’est Fourvière en 1852. Il y en aura bien d’autres après, au Puy, à Marseille, etc. Avec, notamment, cette innovation qui nécessite l’accord des chanoines de Saint-Pierre de Rome : le couronnement des statues de la Vierge.

En Europe, le renouveau des grands pèlerinages mariaux et la vitalité des sanctuaires mariaux est concomitante. Mariazell en Autriche, Altötting en Bavière, Kevelaer en Rhénanie, Czestochowa en Pologne, Notre-Dame del Pilar à Saragosse, en Espagne etc..

Dans ce domaine, on peut remarquer que l’Espagne est en pointe. Dès 1640, un grand d’Espagne, le duc de Pastrana, fonde une congrégation dont les membres font le vœu de « défendre, croire et sentir que la Vierge fut conçue sans le péché originel ». Cette propagande active pour l’Immaculée Conception, s’accompagne d’une importante iconographie de l’Immaculée Conception. Murillo, l’un des plus grands peintres espagnols, a fait vingt tableaux représentant l’Immaculée Conception. Velasquez en a peint aussi, Zurbaran également. Il y a donc là tout un mouvement très important, que l’on retrouve au XIXe siècle, puisque les évêques espagnols vont être en pointe pour faire proclamer le dogme.

La question est déjà posée sous Grégoire XVI qui ne donne pas vraiment suite. Mais, en 1846, Pie IX devient Pape et nomme une commission de vingt théologiens pour l’étudier. Il demande aux évêques du monde entier de prier et de donner leur avis sur l’opportunité d’une définition du dogme de l’Immaculée Conception. Presque tous les évêques de la catholicité répondent.
On consulte un grand nombre d’abbés aussi, et parmi eux Dom Guéranger, fondateur et abbé de Solesmes. Dom Guéranger se met à écrire un mémoire à la demande du Pape.
Les réponses étant très majoritairement positives, la proclamation de la définition du dogme est décidé. Les évêques sont convoqués à Rome et arrivent au mois de novembre 1854. La date de la définition est fixée au 8 décembre. Cette cérémonie est grandiose (on n’a pas réuni autant d’évêques à Rome depuis le XVIe siècle), et sur l’un des portails de Saint-Pierre, l’évènement est mentionné. La croyance est définie : Marie a été préservée intacte de toute souillure du péché originel, doctrine révélée de Dieu, qui doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. La bulle insiste sur le titre de Mère de Dieu comme fondement de l’immaculée conception.

La définition du dogme de l’Immaculée Conception et les fêtes qui l’ont accompagnées ont contribué encore au développement de la dévotion mariale. Comment ne pas évoquer à nouveau Lourdes qui est connu dans le monde entier et où le Curé, l’abbé Peyramalle se laissa finalement convaincre de l’authenticité des apparitions quand sainte Bernadette lui rapporta le nom de la Dame : Je suis l’Immaculée Conception.
Le Père de Foucauld ne fait pas exception. Si sa dévotion au Sacré-Cœur est plus connue, son amour pour la Vierge fut bien réel. Il est entré à la Trappe de N.D. des Neiges, monastère appartenant à l’ordre cistercien qui, à la suite de saint Bernard, a toujours eu une grande dévotion à la Vierge Marie. Son nom de religion est aussi un témoignage de son amour pour Marie : il se prénommait en effet frère Marie-Albéric.

Dans la foi populaire, Marie apparaît comme directement accessible et immédiatement à l’écoute de la détresse ou de la supplication de ses enfants. Ces gens qui adressent leur supplication à Marie ressemblent sans doute à ces foules qui assaillaient le Christ et attendaient de lui un miracle.
A côté de la figure du Christ compatissant, la piété chrétienne a placé Marie, proche de nous par son humanité, Mère au grand cœur, nécessairement attentive aux détresses de ses enfants. Par sa vie très humble à Nazareth, par son rôle au foyer de Nazareth avec Joseph, par son union intime avec le Christ dans l’épreuve de sa Passion, par la douleur de la Mère recevant dans ses bras le corps de son fils crucifié, Marie semble avoir récapitulé toutes les situations humaines et cela lui donne une place privilégiée pour entendre, comprendre et porter à son Fils toutes les supplications qui montent de la terre.
Recevant tout de son Fils et rapportant tout à son Fils, Marie est grande de la grandeur de son Fils, sainte de sa sainteté. Fervente dès le premier instant, elle nous apprend à prier, elle purifie et prolonge notre prière. Par elle, nous savons que toute prière aboutit au Cœur du Christ, en qui passe toute la tendresse de son Père.
Avec les humbles, en récitant le chapelet, laissons Marie nous conduire tout doucement sur les traces de son Fils, en faisant nôtre ce beau texte de saint Bernard disant de Marie qu’« elle est cette noble étoile levée sur Jacob et dont la splendeur illumine l'univers entier, brille dans les cieux et pénètre jusqu'aux abîmes. Elle luit sur la terre, elle échauffe les coeurs plus que les corps, elle mûrit les vertus, elle consume les vices. Elle est, dis-je, une belle et magnifique étoile, apparaissant au-dessus de cette mer vaste et spacieuse; elle brille par ses mérites, elle éclaire par ses exemples. O vous qui que vous soyez, qui vous sentez ici-bas ballotté au milieu des orages et des tempêtes et non placé sur une terre ferme, ne détournez pas vos yeux de la lumière de cet astre si vous ne voulez pas être submergé. Si le vent des tentations se lève, si les rochers des tribulations se dressent, regardez l'étoile, invoquez Marie. Si vous êtes secoué par les flots de l'orgueil, de l'ambition, de la médisance, de la jalousie, regardez l'étoile, invoquez Marie. La colère, l'avarice, les séductions de la chair secouent la frêle barque de votre âme: regardez Marie. Vous êtes troublé de la grandeur de vos crimes, humilié sous les hontes de votre conscience, effrayé des sévérités du jugement, vous commencez à tournoyer sur le gouffre de la tristesse et du désespoir ? Pensez à Marie, invoquez Marie. Que son nom ne quitte pas vos lèvres, ni son souvenir votre cœur, et afin d’obtenir l’appui de ses prières ne délaissez les exemples de sa vie. »



Transmis par Admin Actif Samedi 02 Décembre 2006 (1078 lectures)
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