10ème DIMANCHE ORDINAIRE
1ère lecture : Osée 6, 3 – 6
2ème lecture : Lettre aux Romains 4, 18 - 25
Evangile : Saint Matthieu 9, 9 – 13
En dehors des quatre grands apôtres, saint Matthieu est le seul dont l’Evangile rapporte brièvement l’appel. Matthieu ou Lévi, fils d’Alphée, était publicain. A Rome, on appelait ainsi des personnages riches, analogues aux seigneurs de l’Ancien Régime qui accordaient contre contributions le droit de lever les impôts d’une ville ou d’une province.
Mais on donnait par extension le même titre à des employés subalternes, chargés par les premiers de recueillir certaines taxes ou impôts. Outre l’impôt foncier, il y avait comme aujourd’hui une foule de contributions indirectes : droits sur les ventes et les achats, droits de douane, droits de péage pour l’usage des ponts et des routes. Nous ne savons pas au juste comment était organisé le système fiscal dans les territoires qui dépendaient d’Hérode Antipas et de son frère Philippe. Mais il est à présumer qu’il se modelait sur celui de Rome. Comme les tarifs étaient mal définis et le recours contre l’arbitraire à peu près illusoire, les publicains étaient exposés à commettre beaucoup d’injustices et de vexations ; aussi étaient-ils partout détestés et, quoique juifs de race, assimilés aux païens.
Jésus passait sur la plage de Capharnaüm quand Il aperçut Matthieu assis à son bureau. Il ne lui dit que ce mot : « Suis-moi »; et aussitôt, Matthieu se leva pour le suivre. L’Evangile n’entre dans aucun détail ; la seule chose qu’il juge à propos de nous apprendre, c’est la prompte obéissance du publicain. Sa détermination fut subite, mais non imprudente et irréfléchie. Il connaissait certainement Jésus, peut-être l’avait-il entendu parler ou lui avait-il vu faire des miracles. Et sans doute Jésus appela Matthieu quand il eut la certitude qu’il se rendrait à sa parole.
Le festin donné par Matthieu allait donner à l’hostilité des scribes et des pharisiens l’occasion d’éclater. Ils reprochaient à Jésus son commerce avec les pécheurs et les gens mal famés, mais le grief principal qu’ils n’articulaient pas était sa popularité croissante qui se traduisait pour eux en une baisse de considération et une diminution d’influence. Un grand nombre de publicains et de gens assez mal famés étaient donc assis avec Jésus et ses Apôtres à la table de Matthieu. Les scribes et les pharisiens qui épiaient Jésus, en étaient profondément scandalisés. Manger et boire avec des publicains et des pécheurs publics était à leurs yeux plus qu’une inconvenance, c’était la pire des indignités. Ils n’osèrent pas toutefois s’en prendre directement à Jésus, mais ils furent plus hardis avec les disciples. Et ce faisant, ils espéraient les détourner de Lui. Les disciples embarrassés rapportèrent leur propos à Jésus qui se contenta de répondre que les médecins exercent leur art sur les malades et non sur les bien-portants, et qu’il était venu pour les pécheurs. Cette parole semble faire nettement allusion au mystère de l’Incarnation. Le Père nous a envoyé son Fils pour être notre « médecin », pour venir appeler les pécheurs et non pas ceux qui, se croyant justes, « se ferment à eux-mêmes le retour à Dieu par leur orgueil méprisant » (Lagrange). C’est pourquoi Jésus-Christ ne rougit pas d’avoir pour disciples des pécheurs. Il ne craint pas le mal qu’on peut dire ou penser de lui en mangeant avec des pécheurs. Qui peut trouver étrange que Celui qui est assez puissant pour guérir les péchés des hommes, appelle un pécheur pour en faire un disciple ?
Considérons, frères et sœurs dans le Christ, que Jésus n’a pas rougi de passer pour un homme qui aimait le vin et la bonne chère, et qu’il a méprisé toutes les critiques malveillantes des scribes et des pharisiens, pour arriver à la fin qu’il se proposait, c’est-à-dire la conversion des âmes. Et nous voyons en effet comment il convertit saint Matthieu, et comment d’un pécheur il fit un apôtre. Amen.