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30 Août 2008
 

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C’est l’archange Gabriel qui fut envoyé à Marie pour lui annoncer qu’elle allait être Mère de Dieu. En mémoire de ce prodigieux événement, l’Église a consacré l’usage de saluer trois fois par jour la sainte Vierge avec les paroles mêmes de l’ange. Saint Alphonse de Liguori dit qu’en offrant à Marie les trois Ave de l’angelus, on renouvelle chaque fois dans son âme le tressaillement de bonheur qu’elle éprouva lorsque l’ange lui apparut et qu’elle se sentit Mère de Dieu. Quelles grâces ne laissera-t-elle pas tomber sur tous ceux qui lui procureront cette joie en lui rappelant cet heureux souvenir ?
Et quelle transformation de la société pourrions-nous espérer si tous les fidèles récitaient l’Angélus à l’appel des cloches du matin, du midi et du soir et sanctifiaient ainsi leurs journées ? Et si la persévérance dans une pratique mariale peut nous obtenir l’assistance de la Vierge Marie à l’heure de notre mort, n’est-il pas pratique plus simple et plus facile à observer que la récitation de l’Angélus à laquelle nous rappellent régulièrement les sonneries de l’église paroissiale ? « Son caractère biblique, son origine historique qui la relie à la demande de la sauvegarde de la paix, son ouverture au mystère qui nous amène, tout en commémorant l’Incarnation du Fils de Dieu, à demander d’être conduits ‘par sa passion et sa croix, jusqu’à la gloire de la résurrection’, font que, à des siècles de distance, (cette prière) conserve inaltérable sa valeur et intacte sa fraîcheur » (Paul VI) Quand nous entendons sonner l'Angélus, disons l'Ave Maria et pensons au grand mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu.

Philippe NAHAN





Chapitre 1 Historique

Chapitre 2 Le Nom de Marie

Chapitre 3 L’Ave Maria

Chapitre 4 Les Trois Ave

Chapitre 5 L’Angélus

Chapitre 6 La fuite d’un saint curé

Conclusion Prière de l’Angélus










Chapitre 1

Historique



Les origines de la prière de l’angélus sont lointaines et complexes. Elle est le résultat d’une longue évolution et ce n’est que dans les temps modernes qu’elle atteignit sa forme actuelle. Au Ve s., les liturgies grecques commencèrent à saluer la Ste Vierge dans les termes de l'archange Gabriel et de Ste Élisabeth. Introduit dans la liturgie latine par S. Grégoire le Grand et au VIIe s. l'Ave Maria primitif devint, au cours du XIIIe s. seulement, d'un usage général dans la prière privée. A cette époque, l'usage s'introduisit dans les cloîtres d'accompagner de la sonnerie des cloches la salutation mariale du soir. Des textes attribuent cette initiative à l'ordre de S. François. En 1269 le chapitre général d'Assise célébré par S. Bonaventure statue « qu'en honneur de la glorieuse Vierge, les Frères enseignent au peuple à saluer quelques fois la Bse Vierge lorsque retentit la cloche des complies ». Cet usage se généralisa rapidement sous Clément V et Jean XXII qui en approuva la coutume en 1318 et en introduisit la pratique à Rome le 7 mai 1327. Le pape Jean XXII avait été frappé par un miracle dont bénéficia un condamné à être brûlé vif. Celui-ci ayant prié Marie la veille du jour de l’Annonciation, était resté au milieu des flammes sans avoir subi aucun mal ; même ses vêtements ne furent pas brûlés.

A l'Angélus du soir s'ajouta bientôt la salutation du matin. L'usage se répandit dans toute la chrétienté au XIVe s. L'Angélus du midi est de date postérieure. A la fin du XIVe s. et au XVe s., la sonnerie du midi, recommandée par le synode de Prague de 1386, n'a lieu que le vendredi pour honorer la Passion ; en France, elle est d'usage sous Louis XI pour implorer la paix du royaume ; à Rome, elle est prescrite par Calixte III (1456) pour demander la victoire de la Chrétienté sur les Turcs musulmans. Quelques décennies plus tard, la menace musulmane étant disparue, les trois sonneries de cloche qu'accompagne la récitation de l'Ave ont seulement pour but d'honorer Marie dans le mystère de l'Annonciation.

Au XVIe s., « on introduisit l'usage de séparer les trois Ave par trois versets et leurs répons », sensiblement les mêmes que ceux en usage actuellement. Cette pratique se rencontre pour la première fois dans un petit office imprimé à Rome sous S. Pie V (1572). Ainsi, peu à peu, l'usage s'établit de dire l'Angélus trois fois par jour. Les versets et l’oraison qui suivent n’apparaîtront que plus tard.

Enfin ce sera le rôle de Benoît XIII (14 sept. 1734), puis de Benoît XIV (20 avr. 1742) et surtout de Léon XIII (3 avr. 1884) d’avoir déterminé dans sa forme actuelle la pratique de l'Angélus et d’avoir enrichi de nombreuses indulgences cette dévotion qu'a illustrée le célèbre tableau de Millet. Dans son Exhortation Marialis Cultus du 2 février 1974, le Pape Paul VI encourageait vivement la récitation de cette prière qui garde sa valeur et sanctifie les divers moments de la journée en commémorant le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu.¹







Chapitre 2

Le Nom de Marie



D'après sa nature même, le nom devrait être une définition exacte et succincte de l'objet qu'il désigne. Les noms donnés par les hommes ont très rarement cette signification appropriée. Il n'en est pas de même de ceux qu'impose le ciel. Ceux-ci répondent toujours à la vocation, au caractère et à la dignité des personnes à qui ils sont attribués. Sans doute il n'est pas dit dans l’Évangile que le nom de Marie ait été imposé par Dieu aux parents de la Vierge Immaculée. Mais comme cela le fut pour Jésus et Jean-Baptiste par l’intermédiaire de l’Ange Gabriel, il est tout à fait légitime de penser qu’il en a été de même pour la Vierge Marie ; c’est le sentiment de plusieurs Pères de l’Église. « Le nom de Marie, dit saint Pierre Damien, fut tiré du trésor de la Divinité. » Les trois Personnes de la très sainte Trinité ont donné à l'auguste Vierge ce nom qui éclipse tout nom après celui de Jésus ; elles l'ont rempli de tant de majesté et de puissance que, lorsqu'il est prononcé, il faut, pour le vénérer, que tout se prosterne au ciel, sur la terre et dans les enfers. Trois fois saint est le nom de Dieu : la sainteté des trois Personnes divines est essentielle et éternelle. Au-dessous de Dieu, quel homme peut prétendre à un saint nom ? Jésus seul, et par la grâce de Jésus, sa Mère, Marie.

Nous honorons une foule de saints, mais deux noms seulement après celui de Dieu reçoivent dans la liturgie l'attribut de la sainteté : les noms du Sauveur et de sa Mère. C'est que la sainteté du nom suppose une sainteté accomplie et perpétuelle, une sainteté sans lacune et sans défaut. « Béni soit le saint nom de Dieu ! » « Béni soit le nom de Jésus ! » « Béni soit le nom de Marie, Vierge et Mère ! » Telles sont les invocations des louanges récitées après la bénédiction du Très Saint Sacrement. Et comme pour le Nom de Jésus, l'Église a institué une fête pour honorer le Saint Nom de Marie.

Les saints donnent plusieurs sens au nom de Marie. D'après eux, Marie signifie « Souveraine » et ce sens convient parfaitement à la Mère de Dieu. Issue de la race royale de David, elle est devenue la Mère du Seigneur, du Créateur, du Rédempteur de tous ; elle commande au ciel comme Reine des anges et des saints. Son pouvoir s'étend jusque dans les enfers, car, d'un seul regard, elle peut y faire retourner les démons.

Suivant une autre interprétation, chère à saint Bernard, Marie signifie aussi « Étoile de la mer ». Avant l'invention de la boussole, le navigateur n'avait pour se diriger dans la nuit, que l'étoile polaire, l'étoile du nautonier. La vie est une mer orageuse, pleine d'écueils où à chaque instant nous risquons de faire naufrage. Mais, au-dessus des flots démontés brille la Vierge Marie ; comme l'étoile elle nous indique le port ; nous n'avons qu'à marcher à la lumière de ses vertus.

Le Nom de Marie inspire le respect. En Espagne, on n'ose pas donner aux petites filles le nom de Marie mais seulement ceux de ses fêtes : elles s'appellent Assomption, Annonciation, Conception, Mercedes. En Pologne, aucune chrétienne ne porte le nom de Marie. Par contre, en France, l'on est heureux et fier de s'appeler Marie : il se donne même aux hommes au moins comme deuxième prénom.

Le bienheureux Henri Suso se sentait tout pénétré de confiance et enflammé d'amour en prononçant le saint nom de Marie; il versait des larmes et, dans des transports extatiques, il s’écriait : « O nom plein de suavité ! Que devez-vous donc être vous-même, ô Marie, si votre seul nom est déjà si aimable et si gracieux ! » Saint Alphonse de Liguori écrivait le nom de Marie au commencement de toutes ses lettres et le baisait avec amour lorsqu’il le rencontrait dans ses lectures : « O mon aimable Reine, ô ma tendre Mère ! s'écriait-il, je vous aime et c'est pourquoi j'aime aussi votre nom. »



« O vous qui naviguez sur une mer grosse de périls, vous êtes perdus, si vous n’avez les yeux constamment fixés sur l'étoile du salut, » enseigne saint Bernard.

« Si le vent des tentations se déchaîne, regardez l'étoile, invoquez Marie.

« Si l'orgueil, l'ambition, les séductions du monde se liguent contre vous, regardez l'étoile, priez Marie !

« Si l'énormité de vos crimes vous effraie, si l'horreur du juge-ment vous épouvante, regardez l'étoile, songez à Marie !

« Si les périls, les angoisses, les incertitudes vous accablent, pensez à Marie !

« En suivant Marie, vous ne ferez pas fausse route.

« En invoquant Marie, vous ne désespérerez jamais.

« En pensant à Marie, vous serez préservés du péché.

« Les yeux sur l'étoile propice qui est Marie, vous atteindrez au port de la bienheureuse éternité. »



Saint Bernard







Chapitre 3

L’Ave Maria



Sainte Mechtilde s’adressa un jour à la Vierge Marie en ces termes : « O Mère incomparable, ma joie suprême serait de vous adresser le plus agréable salut que le cœur humain ait jamais inventé. » La Reine du ciel lui apparut, portant sur sa poitrine, la salutation angélique écrite en lettres d'or : « Ma fille, lui dit la très sainte Vierge, c'est folie à la créature, de prétendre monter plus haut que le Créateur, et de s'imaginer pouvoir formuler un salut pareil à celui qui m'a été envoyé du ciel. Que peut-il y avoir de plus doux pour mon cœur que l'Ave Maria ? »

Une discussion s'éleva un jour entre deux religieux. L'un vantait la belle prière. « O ma souveraine, ô ma Mère… » et la qualifiait de prière la plus agréable à Marie.

— Je ne suis pas d’accord, répondit l'autre en souriant, la plus belle prière à Marie, c'est l'Ave Maria. Cette prière ne rappelle-t-elle pas à la très sainte Vierge toutes ses grandeurs et les joies ineffables de sa divine Maternité ? » (Saint Mutien-Marie de Ciney)

La salutation angélique est en effet le plus beau sourire que Dieu ait envoyé à la terre. Elle est l'aurore de notre salut. Peu de personnes en connaissent le mérite, l'excellence et l'efficacité. Il a fallu que la très sainte Vierge apparût plusieurs fois à de grands saints pour leur en montrer le mérite. « L'Ave Maria bien dit, c'est-à-dire avec attention, dévotion et modestie est l'ennemi du diable, la sanctification de l'âme, la joie des Anges, la mélodie des prédestinés, le cantique du Nouveau Testament, le plaisir de Marie et la gloire de la très sainte Trinité » dit saint Louis-Marie Grignon de Montfort. « L'Ave Maria, continue-t-il encore, est une rosée céleste qui rend l'âme féconde ; c'est un baiser chaste et amoureux qu'on donne à Marie ; c'est une rosée vermeille qu'on lui présente ; c'est une perle précieuse qu'on lui offre. » « L'Ave Maria est une rosée céleste qui rafraîchit l'âme pour lui faire porter son fruit en son temps. Plus une âme savoure cette prière, plus elle est éclairée, plus son amour augmente et plus elle se fortifie. » Est-il étonnant après cela, que les âmes saintes aient trouvé tant de délices dans la récitation de cette prière ?

Saint Bernard aimait saluer toutes les images de Marie. De passage à l'abbaye d'Afflighem, il se prosterna devant une pieuse statue de la très sainte Vierge. Jetant sur elle un regard de tendresse, il lui dit : « Ave Maria ! » Touchée de son affection tant de fois déjà manifestée, la Vierge Marie voulut lui témoigner combien elle était sensible à sa piété envers elle : la statue, tout à coup animée, répondit : « Ave Bemarde ! » Symbole concret de la réponse que donne la Reine des cieux à ceux qui la saluent avec amour. Oui, chaque fois que nous la saluons, Marie nous rend le salut. « Or, dit saint Bonaventure, être salué par Marie est toujours une grâce de choix ». Rappelez-vous le fait de la Visitation. A peine Marie a-t-elle salué sa cousine Élisabeth, que celle-ci est remplie du Saint-Esprit et que Jean-Baptiste est sanctifié.

Outre le salut de Marie que nous vaut chaque Ave, la salutation angélique nous obtient des grâces de toutes sortes. Aussi, les saints avaient cette prière en particulière estime. « Un Ave Maria bien récité vaut mieux que toute la science du monde », disait saint Gabriel Perboyre.

Saint Thomas d'Aquin avait envers Marie une dévotion pour ainsi dire innée. Sa nourrice ayant remarqué un jour qu'il avait en mains un bout de parchemin, voulut le lui enlever ; l'enfant se mit à crier. Une résistance si étrange étonna sa mère Théodora qui le lui enleva de force. A sa profonde surprise, elle lut sur le parchemin l'Ave Maria. La mère s'empressa de le rendre à son fils qui l'avala aussitôt. Cet humble incident, que l'Église s'est plue à insérer dans la légende de l'office du Saint, présageait la tendre dévotion du futur Docteur pour l'Ave Maria.



Je vous salue, Marie ! douce et belle parole que le ciel a envoyée à la terre et que la terre, à son tour, envoie au ciel.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière de l'enfance pieuse et pure.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière de l'adolescence aux prises avec les premières luttes.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière de l'âge mûr assailli par les difficultés.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière du vieillard penché vers la tombe.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière du pécheur repentant.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière du juste et du saint.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière de l'apôtre victorieux des cœurs obstinés.

Je vous salue, Marie ! C'est la prière des pauvres et des riches, des humbles et des grands, des ignorants et des savants, des sujets et des rois, des fidèles et des pasteurs !







Chapitre 4

Les trois Ave



Sainte Mechtilde ayant demandé à la Vierge Marie de l’assister à l'heure de la mort, elle en reçut la révélation suivante : « Je le ferai certainement ; mais toi, de ton côté, je veux que tu me récites chaque jour trois Ave Maria. Par le premier, tu demanderas, par la puissance que le Père a manifestée en moi, que je t'assiste à l'heure de la mort pour te fortifier et repousser loin de toi toute puissance ennemie. Par le deuxième, tu demanderas, par la sagesse dont le Verbe a orné mon âme, que je t'assiste à l'heure de la mort, pour remplir ton âme des lumières de la foi et de la vraie sagesse, de peur que ta foi soit obscurcie par les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur. Par le troisième, tu demanderas, par les douceurs de l'amour dont le Saint-Esprit a rempli mon Cœur, que je t'assiste à l'heure de la mort. en comblant. ton âme d'une telle suavité de l'amour divin, que toute peine et amertume de la mort se change pour toi en délices. »

Parmi les dévotions à la très sainte Vierge, en est-il de plus facile, de plus accessible à tous que la récitation quotidienne de trois Ave Maria que l’on retrouve dans la récitation de l’Angélus ?

Saint Léonard de Port-Maurice fut l'un des plus zélés propagateurs des trois Ave Maria. Il les faisait réciter le matin, pour obtenir la grâce d'éviter tout péché mortel durant le jour, et le soir, pour mériter la même grâce durant la nuit. Il promettait le salut, d'une manière certaine, à ceux qui adopteraient cette pratique.

L’excellence de la pratique des Trois Ave Maria est mise en évidence par son efficacité. Cette efficacité s'étend à toutes les nécessités spirituelles et temporelles. Trois grâces cependant sont particulièrement octroyées à ceux qui sont fidèles à cette pratique : la conversion, la victoire sur les passions impures et la persévérance finale.

Un missionnaire rédemptoriste, le R. P. Prouvost. disait un jour dans son prêche : « Je vous défie de ne pas vous convertir, si vous me promettez de réciter trois Ave Maria, ce soir, avant de vous coucher et avec le désir de revenir à Dieu. » Un grand pécheur relève le défi. Rentré chez lui, il récite trois Ave Maria. Subitement, il se sent transformé. Son âme est retournée ; il ne peut plus cesser de répéter la salutation angélique. Il réitère cette prière jusqu'au milieu de la nuit. Le lendemain matin, il veut se rendre à son travail, mais il est comme retenu par une force invincible. « Ah ! dit-il, ce sont les Ave Maria qui reviennent. » Il les récite de nouveau. A la fin, il lui est impossible de résister au désir de se confesser. Il sort et trouve le confessionnal du Père Prouvost assiégé par une foule de pénitents. Il n'a pas la patience d'attendre, il fend la foule et tombe à genoux dans le confessionnal « Mon Père, je suis le converti de Marie. » — « Parlez moins haut ! » dit le Père. Mais l'autre continue, et quand sa confession est terminée : « Mon Père, veuillez dire à la foule que je suis le converti de Marie, que j'ai relevé le défi d'hier soir ! » — « Mais je ne puis ; le secret de la confession m'en empêche ! » — « Ah ! vous ne voulez pas le dire ! Eh bien ! moi, je m'en charge ! » Sortant du confessionnal, il s'écrie : « Je suis le converti de Marie ! Dites-le partout ! Désormais, je serai un vrai chrétien ! »

La joie du Père fut grande ce jour-là. Elle le fut bien davantage un an après. Repassant par cette paroisse, le premier homme qu'il rencontra fut le converti de Marie. La conversation s'engage : — « Comment allez-vous ? » — Ah ! Mon Père, je comprends, vous voulez parler de mon âme ! Eh bien ! Je vous déclare que depuis la mission, je n’ai pas commis un seul péché mortel : plus de blasphème, plus d’intempérance. La bonne Vierge Marie veille sur moi et je reste son serviteur ».







Chapitre 5

L’Angélus



C'est une excellente pratique et une admirable prière que celle de l'Angélus qui reprend la dévotion des Trois Ave et qui rappelle le plus grand des mystères : le Verbe se faisant homme afin de faire de nous des enfants de Dieu. L'homme constamment courbé vers la terre et absorbé par les soucis matériels doit souvent se rappeler qu'il ne vit pas seulement de pain. Rien de plus efficace que la sonnerie des cloches qui proclame trois fois par jour le salut éternel pour lequel il est créé et a été racheté. D’une doctrine sûre et de piété solide, la voix des cloches donne à la prière de l'Angélus un caractère poétique qui, bien loin de contrarier l'essor de l'âme, la seconde au contraire. Existe-t-il un concert à la fois plus simple et plus beau que celui, — chaque jour répété matin, midi et soir, — qui se propage à travers les airs en ondes variées, des multiples clochers des villes ou des villages ? Quelle âme, si fruste soit-elle, qui n’y soit pas un jour sensible ? Jadis, au son de l'Angélus, les jeux, les discussions, voire les disputes cessaient quelques instants. En Italie et surtout en Espagne, aux premiers tintements de la cloche, le marchand suspendait son commerce, les passants, riche ou pauvre, enfant ou vieillard, s'arrêtaient et se mettaient à genoux et récitaient les paroles de l'Ange Gabriel.

Saint Charles Borromée, évêque si distingué par sa piété et par sa science, n'hésitait pas à descendre de voiture ou de cheval pour réciter, en pleine rue, l'Angélus en l'honneur de Marie.

En quelque lieu et en quelque société qu'il se trouvât, saint Vincent de Paul se recueillait et se mettait à genoux, aussitôt qu'il entendait l'Angélus, s'estimant trop heureux de pouvoir donner publiquement une preuve de son amour filial pour Marie.

Sainte Germaine Cousin, morte à l'âge de 22 ans, était une pauvre enfant ignorante, délaissée de ses parents. Sa haute vertu lui venait de sa tendre dévotion à Marie. Rien ne la réjouissait comme les fêtes de la très sainte Vierge. Quand elle entendait sonner l'Angélus, un sentiment indéfinissable de sainte et pure allégresse s'emparait de son cœur ; elle quittait à l'instant sa quenouille et se prosternait à genoux. Rien ne pouvait arrêter l'ardeur de sa piété : que la terre fût couverte de neige, que la pluie tombât par torrents ; qu'elle se trouvât au milieu d'un ruisseau ou dans les sentiers fangeux, peu importe ; le premier son de la cloche marquait la place où sa prière devait monter vers la Reine des Vierges.







Chapitre 6

La fuite d’un saint Curé¹



Le jeudi 1er septembre 1853, M. Vianney dit à Catherine Lassagne, au moment où elle lui apportait dans sa chambre son petit repas de midi : « J'ai pensé que je dois partir cette fois. Mon beau-frère Melin, qui habite à la paroisse Saint-Irénée (de Lyon), m'attend. Je m'en irai lundi, dans la nuit. Vous garderez cela pour vous.

— Oh ! Monsieur le Curé, il ne faut pas vous en aller, répliqua la pauvre Catherine. Et elle lui rappela une histoire vieille de dix ans : son séjour à Dardilly, les foules à sa poursuite, son retour dans Ars... Rien n'y fit. Ce qui était décidé était décidé : « Monseigneur ne s'embarrasse pas de moi : il a assez de prêtres !... »

Le dimanche matin, M. Toccanier, son nouveau vicaire, officia et M. Raymond fit le discours prévu. L'après-dîner, M. le vicaire général Poncet s'éloigna vers Trévoux où il devait présider la clôture d'une retraite de religieuses... « Ce jour-là, écrit Catherine Lassagne en son Petit mémoire, tout le monde dans la paroisse était content de savoir qu'un missionnaire venait en aide à notre saint Curé ; mais moi, que j'étais triste !... »

Comme voilà dix ans, le secret pesait lourd à cette bonne fille. Aussi, vers huit heures le soir, demanda-t-elle à M. Vianney la permission de tout confier à la discrète Marie Filliat. « Comme vous voudrez, » répondit-il. Et bientôt il vit les deux compagnes lui arriver tout en larmes. « Ne partez pas, suppliaient-elles, ne partez pas ! » Il se contenta de répondre que sa décision était définitive, et il remit à Catherine une lettre à l'adresse de Mgr Chalandon. Même avec son nouvel évêque, le Curé d'Ars croyait devoir brusquer les choses. Ses premières illusions étaient tombées : oui, Mgr Chalandon serait aussi intransigeant que Mgr Dévie ; le jeune prélat n'avait-il pas répondu dernièrement à une requête du saint homme, qu'il était venu visiter : « Moi, vous laisser partir, Monsieur le Curé !... Mais ce serait un si grand péché, que personne ne voudrait m'en donner l'absolution ! »

A la suite de leur vaine démarche. Marie et Catherine étaient demeurées en colloque près du portail qui fermait le jardin de la cure… Vint à passer le sacristain, Frère Jérôme. Il parut étonné de rencontrer dehors Catherine et Marie... Une minute après, il savait tout. Il courut avertir le Frère Athanase, et tous deux allèrent frapper à la porte de M. Toccanier, logé dans une annexe de la Providence. Le jeune vicaire pensa qu'on l'appelait pour un malade en danger. Jugez de ma surprise, a-t-il raconté, en entendant le récit des bons Frères je ne pouvais me résoudre à les croire. « Montez la garde devant le presbytère, leur dis-je, et si réellement M. le Curé tente une fuite, vous m'appellerez. A minuit, trois coups pressés retentirent à ma porte. J'étais étendu sur mon lit, tout habillé. Me voilà sur la place, avec les deux Frères, épiant les mouvements de notre saint Curé, qu'on voyait dans sa chambre, grâce à la lueur de sa lampe, prendre son chapeau, son bréviaire et son parapluie. « Laissons-le descendre, dis-je aux Frères. » Il descend en effet, et se rend chez Marie Filliat et Catherine Lassagne, qui devaient l'accompagner. Nous tendons l'oreille. « Êtes-vous prêtes ? demande-t-il en entrant... Eh bien ! partons ! »

Il sort, suivi de Marie qui porte les provisions et de Catherine qui tient en main une lanterne. Soudain, nous nous plaçons devant lui. Sévèrement, il regarde Catherine, qui se met à fondre en larmes. « Vous m'avez vendu ! » lui dit-il. Le Frère Athanase prend aussitôt la parole : « Où allez-vous. Monsieur le Curé ?... Vous voulez nous quitter ! Eh bien, nous sonnerons le tocsin.

— Et, continue le Frère Jérôme, nous vous suivrons en procession.

— Faites, répond M. Vianney d'un ton bref et résolu, et laissez-moi passer ! »

« Retirons-nous pour le suivre, » souffle M. Toccanier à ses deux acolytes. Cependant le Frère Jérôme, a pris la lanterne des mains de Catherine et, feignant de guider M. Vianney dans les ténèbres, il l'emmène, non pas vers la passerelle du Fontblin, mais vers le chemin de Villeneuve. M. Toccanier avait escompté que le saint, faisant ainsi le tour du village, reviendrait à son point de départ. Malgré l'obscurité profonde, le Curé d'Ars s'aperçut vite qu'on le trompait. Sur ses pas à présent, il y avait tout un cortège... Au milieu d'un véritable tumulte, M. Toccanier essayait de raisonner le fugitif. Sur ses traces, on arriva au frêle pont de planches jeté sur le ruisseau. L'abbé Toccanier pensa que, le Fontblin une fois franchi, M. Vianney, se trouvant sur la route de Lyon, serait plus difficile à retenir. Résolument, le missionnaire se dressa devant lui, comme il allait toucher la passerelle. « Laissez-moi passer, laissez-moi passer ! » suppliait le saint, avec une angoisse dans la voix. Il tenait sous son bras son bréviaire. M. Toccanier, le lui arrachant d'un geste inattendu, le remit à la personne la plus proche, qui n'était autre que Mlle Lassagne. « Éloignez-vous et ne revenez pas, » lui dit à voix basse le missionnaire. « Rendez-moi mon bréviaire ! » s'était écrié le Curé d'Ars. Puis se ravisant, il fit signe d'avancer à Marie Filliat :

« Marchez toujours !... Je le dirai une fois à Lyon. »

— Eh ! quoi. Monsieur le Curé, vous passerez les heures du jour sans dire votre office ?... Bel exemple ! » Un scrupule avait germé dans l'âme du saint. Il y eut un moment de silence. « J'ai un autre bréviaire dans ma chambre, celui de Mgr Dévie, dit-il enfin.

— Allons le chercher, » suggéra l'abbé Toccanier, qui, sans s'en douter encore, venait de gagner la partie. M. Vianney se retourna et, suivi d'une foule de plus en plus compacte, reprit le chemin du presbytère.

Il n'avait pas parcouru trente mètres, qu'à l'église la cloche tinta. Le tocsin ! C'était lugubre dans la nuit... « Monsieur le Curé, déjà l'angélus ! » Et le pauvre saint, toujours ingénu et confiant, tomba à genoux et récita les Ave avec une ferveur angélique.





Conclusion

Prière de l’Angélus

L'Angélus se récite trois fois par jour, le matin, à midi et le soir. Il se récite, en principe, à genoux¹, sauf le samedi soir et le dimanche où on le récite debout. Il devrait être récité au son de la cloche, mais, lorsqu'on n'est pas à même de l'entendre, on gagne tout de même les Indulgences en le disant à un autre moment. Aujourd’hui, une coutume s’est introduite en ajoutant à la suite de l’oraison trois « Gloire au Père,... » et une invocation pour les âmes du Purgatoire².





¹ Il peut se réciter aussi à debout, ou même assis dans sa voiture...

² « Que par la miséricorde de Dieu, les âmes des fidèles défunts reposent en paix »







V/ L’Ange du Seigneur annonça à la Vierge Marie.

R/ Et Elle conçut par l’opération du Saint-Esprit. Je vous salue…



V/ Voici la servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole Je vous salue…



V/ Et le Verbe s’est fait chair.

R/ Et Il a habité parmi nous.

Je vous salue…



V/ Priez pour nous sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.



Prions

Seigneur, nous Vous supplions de répandre votre grâce dans nos âmes afin qu’ayant connu par la voix de l’Ange l’Incarnation de votre Fils Jésus-Christ, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen.





V/ Angelus Domini nuntiavit Mariae

R/ Et concepit de Spiritu Sancto

Ave, Maria…



V/ Ecce ancilla Domini

R/ Fiat mihi secundum verbum tuum Ave, Maria…



V/ Et Verbum caro factum est.

R/ Et habitavit in nobis.

Ave, Maria…



V/ Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix

R/ Ut digni efficiamur promissionibus Christi



Oremus

Gratiam tuam, quaesumus, Domine, mentibus nostris infunde : ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui incarnationem cognovimus, per passionem ejus et crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Transmis par Admin Actif Jeudi 14 Avril 2005 (2486 lectures)
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L'Angélus. Par Philippe Nahan | S'identifier ou créer un nouveau compte | 0 Commentaires
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