1ère lecture : Isaïe 43, 16 – 21
2ème lecture : Philippiens 3, 8 - 14
L’Evangile de ce cinquième dimanche de Carême rapporte l’épisode de la femme surprise en flagrant délit d’adultère que Jésus sauve de la lapidation. Jésus n’entend pas dire par là que l’adultère n’est pas un péché ou qu’il ne s’agit pas de quelque chose de grave. Les paroles qu’il adresse à cette femme, à la fin, sont une condamnation, sans doute extrêmement délicate mais explicite de l’adultère : «va et ne pèche plus ». Si Jésus n’approuve pas la faute de la femme adultère ; il entend surtout condamner le comportement des pharisiens qui étaient toujours prêts à dénoncer les péchés des autres dont ils pouvaient être eux-mêmes coupables.
En partant de cet épisode, nous pouvons élargir notre horizon en examinant l’attitude de Jésus envers le mariage et la famille dans l’ensemble de l’Evangile. Certaines thèses étranges avancées ces dernières années prétendent que Jésus aurait inciter à répudier sa famille naturelle et tous les liens familiaux, au nom de l’appartenance à une communauté différente, dont le père est Dieu et les disciples frères et sœurs. Jésus aurait proposé aux siens une vie errante comme le faisaient à cette époque, en dehors d’Israël, des philosophes grecs.
Il existe effectivement dans les Evangiles des paroles du Christ sur les liens familiaux qui, à première vue, semblent déconcertantes. Jésus dit : « Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26). Ce sont des paroles dures, certes, mais saint Matthieu s’empresse d’expliquer le sens du mot « haïr » dans ce contexte : « Qui aime son père ou sa mère… son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi » (Mt 10, 37). Jésus ne demande donc pas de haïr ses parents ou ses enfants, mais de ne pas les aimer au point de renoncer à cause d’eux à le suivre. Il existe un autre épisode déconcertant. Un jour Jésus dit à quelqu’un : « ‘Suis-moi’. Celui-ci répndit : ‘Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père’. Mais Jésus réplique : ‘Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va annoncer le Royaume de Dieu’ » (Lc 9, 59 s.). Pour certains critiques qui feignent l’étonnement, il s’agit d’une demande scandaleuse, d’une désobéissance à Dieu qui ordonne de prendre soin des parents, et donc d’une violation des devoirs filiaux !
Le scandale de ces critiques est en fait une preuve de la divinité de Jésus. En effet, il est impossible d’expliquer certaines paroles du Christ si on le considère seulement comme un homme, fut-il exceptionnel. Seul Dieu peut demander qu’on l’aime davantage que son propre père et que, pour le suivre, on renonce par conséquent à assister à sa sépulture. D’ailleurs, dans une perspective de foi, qu’est-ce qui pourrait faire davantage plaisir au père défunt : que son fils soit à la maison pour son enterrement ou qu’il soit en train de suivre l’envoyé de Dieu auquel son âme devrait alors se présenter ?
Mais il existe une explication plus simple de ces paroles de Jésus. On sait que l’expression : « Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père » était parfois utilisée (comme elle l’est encore) pour dire : laisse-moi prendre soin de mon père tant qu’il est vivant ; lorsqu’il sera mort, je l’enterrerai puis je te suivrai ». Par conséquent Jésus demanderait seulement de ne pas renvoyer à un moment indéterminé la réponse à son appel. Combien de religieux, de prêtres et de religieuses ont dû faire ce choix, et souvent les plus heureux de cette obéissance ont été leurs parents.
Tous les doutes sur l’attitude de Jésus envers la famille et le mariage tombent si l’on tient compte de l’ensemble de l’Evangile et pas seulement des passages qui nous arrangent. Jésus est plus rigoureux que n’importe qui envers l’indissolubilité du mariage, il répète avec force le commandement d’honorer son père et sa mère jusqu’à condamner la pratique de se soustraire, avec des prétextes religieux, au devoir de les assister (cf. Mc 7, 11-13). Combien de miracles Jésus accomplit-il précisément pour répondre à la douleur des pères (Jaïre, le père de l’épileptique), et des mères (la Cananéenne, la veuve de Naïn). A plusieurs reprises il partage même la douleur des familles jusqu’à pleurer avec elles.
A un moment comme aujourd’hui où tout semble concourir à l’affaiblissement des liens et des valeurs de la famille, il ne manquerait plus que l’on ne lui oppose également Jésus et l’Evangile ! Mais il s’agit de l’une des nombreuses choses étranges sur Jésus que nous devons connaître pour ne pas nous laisser impressionner lorsque nous entendons parler de nouvelles découvertes sur les Evangiles. Jésus est venu ramener le mariage à sa beauté originelle (cf. Mt 19, 4-9), pour le renforcer et non pour l’affaiblir. Amen.