dimanche 29 août 2010

23ème Dimanche du Temps Ordinaire

1ère lecture : Sirac le Sage 9, 13 - 18
2ème lecture : Lettre à Philémon 9,... 17
Evangile : Saint Luc 14, 25 - 33

Jamais peut-être Jésus n’était accompagné par des foules si empressés extérieurement à l’écouter. Il est vrai que les foules ont toujours suivi Jésus. Mais au début de son ministère en Galilée, leur enthousiasme durait peu ; leur curiosité une fois satisfaite, les foules se dispersaient laissant Jésus seul avec les douze Apôtres. Maintenant elles cheminaient avec lui et lui faisaient un cortège habituel. C’est que, à mesure que le terme approchait, plusieurs s’attendaient à l’avènement prochain du Royaume de Dieu où ils voudraient bien, comme les deux frères Jacques et Jean, occuper une place honorable. Ce qui retenait ces gens auprès de Jésus, c’était moins l’attachement à sa personne et le dévouement à sa cause qu’un vague espoir d’intérêt et d’ambition. Il fallait détruire ces illusions et détromper ces calculs. C’est pourquoi Jésus, se tournant vers la foule qui suit obstinément ses pas, lui adresse ces paroles austères : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut être mon disciple. » Il est vrai que les simples chrétiens doivent être prêts à tout sacrifier, si le devoir l’exige, à rompre avec les affections les plus légitimes si elles sont incompatibles avec la loi de Dieu. Mais Jésus s’adresse d’abord aux disciples effectifs et à ceux qui aspirent à le devenir. Car il y a disciples et disciples. Jésus n’exigeait pas de tous les croyants la pratique de l’abnégation absolue, l’abandon total de leurs biens et de leur famille. Il avait à Béthanie, à Capharnaüm, à Jérusalem et ailleurs des fidèles qui n’avaient quitté ni leurs parents, ni leurs propriétés. Au jeune homme riche qui l’interroge sur la voie du salut, il n’impose d’autre obligation que la pratique des commandements, mais il ajoute : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu possèdes et donnes-en le produit aux pauvres; ensuite viens et suis-moi. » Il y a donc la voie du salut et celle de la perfection, le chemin des commandements et celui des conseils. Qui veut suivre Jésus comme les douze Apôtres, comme les 72 disciples, doit renoncer à ses biens, à sa famille, à sa patrie et jusqu’à sa propre personne. Plus de réserve, ni de répit. Jésus refuse à l’un la permission de prendre congé des siens, à un autre celle d’enterrer son père. A ces ambitieux qui aspirent à l’honneur d’être ses auxiliaires dans l’apostolat et ses collaborateurs dans l’œuvre de Dieu, il recommande de ne pas se décider à la légère ; il leur rappelle qu’il n’a pas une pierre où reposer la tête.
Frères et sœurs dans le Christ, les conseils évangéliques peuvent imposer aux disciples élus des sacrifices et des renoncements allant jusqu’à l’héroïsme, les exigences de l’Evangile demandent aussi à tous beaucoup d’effort pour demeurer fidèles à Dieu. Cependant, cela ne se fait pas sans récompense, car le courage et la fidélité procurent la paix du cœur et de la conscience comme l’a si bien dit un poète :
Le devoir dût-il vous déplaire
N’enfanta jamais le regret.
S’il coûte quelque peine à faire,
C’est un plaisir quand il est fait.
Que la grâce divine du Sacrifice de la Croix qui nous est donnée de commémorer à chaque Messe nous donner la force et l’amour du devoir bien fait à l’exemple de Celui qui l’a accompli jusqu’au sacrifice suprême de sa vie. Amen.

lundi 23 août 2010

22ème Dimanche du Temps Ordinaire

1ère lecture : Sirac le Sage 3, 17... 29
2ème lecture : Lettre aux Hébreux 12, 18... 24
Evangile : Saint Luc 14, 1... 14

Malgré les récents démêlés de Jésus avec les pharisiens, un des leurs, sans doute mû par un sentiment de curiosité plus fort que tous les préjugés, le reçut à sa table un jour de sabbat. Le samedi était pour les juifs, le jour des longs festins. Tout travail étant interdit et les réunions à la synagogue laissant des loisirs, on en consacrait une large part aux 3 repas d’usage. Le repas auquel Jésus fut invité était probablement celui qui suivait immédiatement le service de la synagogue, vers l’heure de midi. L’accueil fut poli, mais peu cordial ; on sentait chez les convives un peu de malaise ; tous les regards étaient fixés sur Jésus dans l’attente de ce qu’il allait dire ou faire.
Le Sauveur avait remarqué en entrant avec quelle adresse, plusieurs d’entre les convives avaient manœuvré pour occuper les meilleures places. Dans les banquets de cérémonie, le maître de maison assignait à chacun des invités la place qu’il devait prendre; et l’histoire nous apprend combien cette opération était délicate quand on avait affaire à des gens pointilleux, susceptibles et vaniteux. Aussi dans les repas ordinaires, on s’en remettait en général au hasard des arrivées et à la discrétion des invités. C’est alors que les compétitions d’amour propre se donnaient libre cours. C’est pour reprendre ce travers qui existe aussi dans d’autres circonstances de la vie, que Jésus décrit un cas fictif dans l’évangile de ce dimanche.
Jésus n’entend pas enseigner les bonnes manières. Pas plus qu'il n’a l’intention d’encourager les calculs subtils de celui qui choisit la dernière place avec le secret espoir que le patron lui fasse signe de venir devant. Jésus veut dire que dans la vie il faut choisir la dernière place, chercher davantage à faire plaisir aux autres qu’à soi-même, être modeste dans la manière d’évaluer ses propres mérites, laisser les autres les reconnaître sans le faire nous-mêmes, et déjà dans cette vie Dieu nous élèvera. Il nous élèvera dans sa grâce, il nous fera monter très haut dans le classement de ses amis et des vrais disciples de son Fils, ce qui est la seule chose véritablement importante.
Mais il nous élèvera également dans l’estime des autres. Ceci est un fait surprenant mais réel. Car si Dieu « se penche vers la personne humble et tient l’orgueilleux à distance » (cf. Ps 107, 6), ceci vaut également pour les hommes, indépendamment du fait qu’ils soient croyants ou non. Lorsqu’elle est sincère et non affectée, la modestie conquiert les autres, fait aimer la personne, désirer sa compagnie, apprécier son opinion. La vraie gloire fuit celui qui la poursuit et poursuit celui qui la fuit.
Nous vivons dans une société qui a profondément besoin de réécouter ce message évangélique sur l’humilité. Se précipiter sur les premières places quitte à marcher, sans scrupule, sur les autres, l’arrivisme et la compétitivité à outrance sont des choses que tout le monde désapprouve mais auxquelles malheureusement tout le monde se prête plus ou moins. L’Evangile pourrait avoir un impact même dans le domaine social, lorsqu’il parle d’humilité et de modestie, si les hommes acceptaient d'en recevoir le message. Amen

lundi 16 août 2010

21ème Dimanche du Temps Ordinaire

1ère lecture : Isaïe 66, 18 - 21
2ème lecture : Lettre aux Hébreux 12, 5... 13
Evangile : Saint Luc 13, 22 - 30

Une question a toujours hanté les croyants : ceux qui seront sauvés seront-ils nombreux ou peu nombreux ? A certaines époques, ce problème est devenu tellement aigu, qu’il a provoqué des angoisses terribles chez certaines personnes. L’Evangile de ce dimanche nous apprend qu’un jour, cette question a été posée à Jésus : « Dans sa marche vers Jérusalem… quelqu'un lui demanda : Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » La question, comme on le voit, porte sur le nombre ; combien de personnes seront sauvées : un grand nombre ou un petit nombre ? Dans sa réponse, Jésus déplace le centre de l’attention du « combien » au « comment » l’on est sauvé, c’est-à-dire en entrant « par la porte étroite ».
On note la même attitude face au retour final du Christ. Les disciples demandent « quand » aura lieu le retour du Fils de l’homme et Jésus répond en indiquant « comment » se préparer à ce retour, ce qu’il faut faire dans l’attente (cf. Mt 24, 3-4). Cette manière de procéder de Jésus n’est ni étrange ni impolie. C’est tout simplement la façon de faire de quelqu’un qui veut enseigner aux disciples à passer de la curiosité à la vraie sagesse ; des questions futiles qui passionnent les gens, aux vrais problèmes importants de la vie.
Cela suffit à montrer l’absurdité de ceux qui, comme les Témoins de Jéhova, croient même connaître le nombre précis de ceux qui seront sauvés: 144.000. Ce nombre, que l’on trouve dans l’Apocalypse, a une valeur purement symbolique et il est expliqué immédiatement par l’expression qui suit : « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer » (Ap 7, 4.9).
S’il s’agissait vraiment du nombre des sauvés, nous n’aurions plus d’espoir car il doit y avoir depuis longtemps sur la porte du paradis un écriteau indiquant « complet », comme ceux que l’on voit à l’entrée de certains parkings.
Si par conséquent Jésus est plus soucieux de nous révéler « la manière d’être sauvé » que le « nombre des sauvés », voyons ce qu’il nous dit à ce sujet. Essentiellement deux choses : une chose négative et une positive ; tout d’abord ce qui ne sert pas puis ce qui sert pour être sauvé. Il ne sert à rien, ou en tout cas il ne suffit pas d’appartenir à un peuple déterminé, à une race, à une tradition ou une institution déterminée, même s’il s’agit du peuple élu d’où est issu le Sauveur. Ce n’est pas un titre de possession (« Nous avons mangé et bu en ta présence… ») qui met sur la voie du salut mais une décision personnelle, suivie d’une conduite de vie cohérente. Ceci est encore plus clair dans le texte de Matthieu qui oppose entre elles deux voies et deux portes, une étroite et une large (cf. Mt 7, 13-14).
Pourquoi ces deux voies sont-elles appelées respectivement la voie « large » et la voie « étroite » ? S’agit-il de la voie du mal toujours facile et agréable à parcourir et la voie du bien, toujours dure et fatigante ? Ici il faut faire attention à ne pas tomber dans l’idée très commune de croire que tout va merveilleusement bien ici-bas pour les méchants, et en revanche toujours de travers pour les bons. La voie des impies est large, effectivement, mais seulement au début ; plus on avance dans cette voie, plus elle devient étroite et amère. Elle devient en tout cas très étroite à la fin car elle se termine dans une impasse. La joie qu’elle procure a comme caractéristique de diminuer au fur et à mesure qu’on la goûte, jusqu’à provoquer la nausée et la tristesse. On le voit dans certains types d’ébriété comme avec la drogue, l’alcool ou le sexe. Il faut une dose ou une stimulation de plus en plus grande pour produire un plaisir de la même intensité, jusqu’à ce que l’organisme ne réponde plus et c’est l’effondrement et la déchéance, même physique. La voie des justes, en revanche, est étroite au début, lorsqu’on s’y engage, puis elle devient une voie spacieuse car on y trouve l’espérance, la joie et la paix du cœur. Amen.

dimanche 8 août 2010

SOLENNITE DE L’ASSOMPTION

1ère lecture : Apocalypse 11, 19a ; 12, 1 – 6a.10ab
2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 15, 20 – 27a
Evangile : Saint Luc 1, 39 - 56

“Au terme de sa vie terrestre, l’Immaculée Mère de Dieu a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du Ciel”. C’est par cette formule que le Pape Pie XII a défini le dogme de l’Assomption en 1950. Par ce dogme de l’Assomption de la Vierge Marie, nous fêtons son triomphe au Ciel, le couronnement de ses privilèges mais aussi le couronnement de ses mérites et de sa sainteté. Sans doute, il ne convenait pas que le Corps de celle qui avait porté le Fils de Dieu et qui lui avait donné le jour, fut atteint par la corruption du tombeau. Exemptée du péché originel, Marie devait aussi échapper aux malédictions d’Adam et en particulier aux conséquences de la mort. Cependant ce qui valut à Marie ce privilège d'avoir été glorifiée en ce jour, ce n’est pas tant son titre et sa qualité de Mère de Jésus que sa parfaite obéissance à la volonté de Dieu, suivant cette réponse que fit Jésus à cette femme qui déclarait bienheureuse sa mère pour l'avoir porté et nourri : " Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent". Et Jésus sous-entend en effet que Marie a été davantage sa mère pour s'être soumise à Dieu en toute chose : "Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique". En effet, avoir engendré selon la chair le Fils de Dieu, n’est pas pour Marie un mérite dont elle aurait pu prétendre une récompense, mais un honneur et un don de Dieu. Par contre, avoir accepté sa mission de Mère de Dieu et de Mère des hommes, avoir toujours accompli la volonté de Dieu et avoir persévéré dans la foi jusqu'au bout, méritaient d’être récompensés. Et cette vérité selon laquelle Marie a davantage mérité la gloire du Ciel à cause de ses vertus, doit être le fondement de notre propre espérance. Car pour nécessaire que soit le Baptême, nous ne parviendrons pas au Ciel si nous ne pratiquons pas aussi les vertus évangéliques dont nous avons un exemple dans la vie de la Ste Vierge, comme d'ailleurs nous en avertit Jésus : Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux Cieux.
Frères et Soeurs dans le Christ, la fête de l'Assomption nous rappelle que le but de notre vie n'est pas sur terre mais au ciel, et que nous marchons à grands pas vers l'éternité. Bien qu'au Ciel, la Vierge Marie est toujours attentive aux besoins et aux prières de ses enfants de la terre. Puisse celle qui est Mère de Dieu pour tout obtenir, et Mère des hommes pour tout accorder, nous obtenir la grâce d'accueillir comme elle la Parole de Dieu et de la mettre en pratique. Ainsi mériterons-nous de contempler au Ciel Celle dont la beauté avait déjà ravi de bonheur Ste Bernadette lorsqu'elle lui était apparue à Lourdes. Amen.

dimanche 1 août 2010

19ème Dimanche du Temps Ordinaire

1ère lecture : Sagesse 18, 6 - 9
2ème lecture : Lettre aux Hébreux 11, 1 - 2.8 - 19
Evangile : Saint Luc 12, 32 - 48




Quand un jeune homme riche avait renoncé de suivre Jésus pour devenir parfait et avoir en partage la vie éternelle à cause de ses grands biens, Jésus avait dit qu’il serait difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume des Cieux. Et, devant l’étonnement des Apôtres, Il avait même ajouté que pour les hommes, cela était impossible. Mais si c’est impossible aux hommes, cela ne l’est pas pour Dieu à qui Il a plu de nous donner le Royaume, comme nous dit l’évangile de ce dimanche. Il ne nous est pas possible de l’acquérir par nous-mêmes, d’une part parce que nous sommes des hommes pauvres et faibles, incapables de bien agir sans le secours de Dieu, et d’autre part parce que le Royaume de Dieu est un bien si grand, dépassant toute chose, que rien de créé ne pourrait l’acheter. C’est pourquoi il nous est offert comme un don que Dieu nous fait par pure bonté, par amour, grâce à la mort de Jésus en qui Il nous a tout donné. Pourtant en nous donnant son Fils, Dieu ne s’est pas obligé de nous donner le royaume sans condition. Du reste cette condition n’enlève rien à la gratuité du don de Dieu, car Dieu lui-même nous donne le moyen de remplir cette condition. De plus, la récompense que Dieu promet est incomparablement plus grande que tout ce que nous devons faire ou pourrions faire pour Lui. Aujourd’hui nombreux sont ceux qui jouent au loto pour devenir riche : ils dépensent peu pour avoir beaucoup ; du moins ils espèrent avoir beaucoup, car le loto est un jeu de hasard où l’on perd plus que l’on ne gagne. Au contraire avec Dieu on gagne toujours pourvu qu’on fasse le minimum de ce qu’il nous demande. Ce que Dieu nous demande pour nous donner son royaume, c’est de ne pas rester les bras croisés et attendre que tout nous tombe du ciel. Nous devons travailler à notre sanctification. Si nous voulons des enfants de Dieu, nous devons accomplir sa volonté qui nous est manifestée par ses commandements, l’enseignement de l’Eglise et la voix de notre conscience. Alors Il pourra faire de nos ses héritiers avec Jésus-Christ. Car la confiance serait de la présomption si elle ne s’alliait pas à la vigilance, et il n’y a pas de plus grande témérité que celle de vivre dans l’indifférence religieuse, comme si nous ne devions jamais mourir. On a raison de faire confiance en la miséricorde de Dieu, mais on aurait tort de compter sur elle pour espérer l’impunité de ses fautes et croire que nous irons tous au paradis. Comme nous le rappelle l’Evangile, nous ne savons pas l’heure de notre mort qui peut survenir à l’improviste : le moyen d’être sûr de pouvoir paraître devant Dieu avec assurance, c’est d’être prêt en tout temps, de rester en communion avec Dieu par la prière et la réception des sacrements. St Alphonse assurait que celui qui prierait se sauverait sûrement, tandis que celui qui ne prierait pas se damnerait sûrement.
Frères et sœurs dans le Christ, « toutes les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, dit saint Augustin, nous invitent à tendre vers un seul but quand nous peinons dans les multiples travaux de cette vie. Nous y tendons, (vers ce but qui est la vie éternelle), alors que nous sommes toujours en chemin, pas encore arrivés ; toujours sur la route, pas encore dans la patrie ; toujours désirant, pas encore possédant. Cependant nous devons y tendre, et y tendre sans paresse et sans relâche, afin de pouvoir y parvenir un jour. » Amen

vendredi 30 juillet 2010

18ème Dimanche du Temps Ordinaire

1ère lecture : Ecclésiaste 1, 2 ;2, 21 - 23
2ème lecture : Lettre aux Colossiens 3, 1 - 5.9 - 11
Evangile : Saint Luc 12, 13 - 21

Tandis que Jésus prêchait aux disciples l’abandon à Dieu qui veille avec tant de sollicitude sur les moindres créatures sorties de ses mains, un jeune homme, du milieu de la foule l’interpella vivement pour réclamer son intervention dans une affaire d’héritage. La requête pouvait paraître justifiée. Apparemment, le frère aîné détenteur de tout le patrimoine, refusait de rendre au cadet sa part légale d’héritage. En pareil cas, au lieu de recourir aux tribunaux, on prenait souvent pour arbitre un rabbin illustre. Mais le jeune homme se trompait d’adresse. Si Jésus a été charpentier, il n’a jamais été notaire. Le Fils de Dieu n’est pas descendu du ciel pour trancher des litiges entre héritiers et c’était profondément méconnaître son rôle de Messie que de lui soumettre un tel différend. Jésus le fit comprendre au jeune homme par une réponse un peu sèche qui signifiait un refus catégorique de se constituer juge en pareille matière. Cela dit, Il profita de ce petit incident pour en tirer la morale en invitant ses auditeurs à ne pas s’attacher aux biens de la terre et aux richesses matérielles. Il est évident que la richesse ne donne pas à la vie son sens et sa valeur. L’opulence ne doit pas être la fin de notre vie, pas plus qu’elle n’en fait sa beauté et sa gloire. La valeur de la vie comme sa fin est d’ordre moral et surnaturel. Et le but de la parabole du riche insensé est de mettre en pleine lumière cet enseignement de la vanité des richesses. Toute la parabole converge en effet vers cette conclusion : « Tel est le sort de l’homme qui s’enrichit pour lui-même au lieu d’être riche selon Dieu. » S’enrichir pour soi-même, c’est n’écouter que l’appétit de l’égoïsme ; être riche selon Dieu, c’est faire de la richesse l’usage que Dieu se propose en nous la donnant. Il ne faudrait pas faire de Jésus un révolutionnaire ou un communiste. Car Jésus n’est pas contre la richesse en elle-même, il ne condamne pas les riches parce qu’ils sont riches ; son ami Lazare était riche et il a béni la maison de Zachée dont les biens étaient immenses. Ce que Jésus réprouve, c’est l’égoïsme, l’avarice et l’endurcissement du coeur auxquels les richesses peuvent conduire et contre lesquels Jésus veut mettre en garde les riches ; la richesse n’est donc pas un mal, mais un danger, d’autant plus que la consolation passagère qu’elle apporte risque de faire perdre le désir des vrais biens, des biens éternels pour lesquels nous sommes créés. Ce que Dieu attend de nous, c’est donc que nous fassions de nos biens un bon usage, un usage qui ne profite pas seulement à nous-mêmes mais aussi aux plus démunis. Qui est riche ainsi, est riche selon Dieu, et il échappe à la malédiction fulminée contre la richesse et peut participer à la béatitude promise aux pauvres en esprit qui ne mettent pas tout leur bonheur dans les biens passagers de cette vie mais tournent aussi leur regard vers les biens qui demeurent pour la vie éternelle.
Frères et sœurs dans le Christ, tout est vanité, comme dit l’Ecclésiaste... sauf aimer Dieu et le servir, quelque soit notre état de vie, car dans le mariage on peut et on doit aimer Dieu et le servir ; et c’est cela précisément qui en fait toute sa beauté et sa grandeur. Notre vraie patrie est le ciel, et comme nous le rappelle saint Paul, « le but de notre vie est en haut, et non sur la terre ; c’est pourquoi nous devons tendre vers les réalités d’En-Haut ». Certes, il faut travailler et gagner ce qui est nécessaire à la vie, mais en même temps savoir faire de notre travail et de notre gain, un moyen et un exercice de charité en ouvrant notre cœur aux détresses. « Ainsi nous nous amasserons des trésors pour le Ciel. » Amen.

dimanche 18 juillet 2010

17ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Genèse 18, 20 - 32
2ème lecture : Lettre aux Colossiens 2, 12 - 14
Evangile : Saint Luc 11, 1 - 13

Quand Jésus était en prières, il devait être dans une attitude de profonde contemplation. Habitués à le voir prier ainsi, les Apôtres respectaient son recueillement. C’est seulement quand il eut achevé de prier que l’un d’eux lui demanda de leur apprendre à prier. Et Jésus leur enseigna le Notre Père. Que cette prière fut donnée par Notre Seigneur Lui-même ne signifie pas que ce soit la seule et obligatoire prière que nous devons toujours adresser à Dieu. Il y a de nombreuses autres prières; mais le Notre Père est la prière idéale sur laquelle toutes les autres doivent se modeler pour être efficaces et être exaucées. Au reste, suivant une pensée de saint Augustin, en nous enseignant le Notre Père, Jésus ne cherche pas à faire connaître à Dieu nos demandes, mais à nous apprendre ce que nous devons demander. Or il arrive que nous nous plaignons de ce que nos prières sont inutiles et sans résultat. Ne serait-ce pas parce que nous ne savons pas prier comme il faut? Nous demandons mal ou nous demandons des choses mauvaises parce que nuisible à notre véritable bien.
Nos prières seront efficaces si elles se modèlent sur la prière du Notre Père. Le Pater est avant tout une prière sociale ; quand nous le récitons, même en particulier, nous ne disons pas Mon Père, mais Notre Père. En le récitant nous prions au nom de toute l’Eglise. Ainsi cette dimension sociale ne doit pas manquer à nos prières qui sont peut-être trop souvent égoïstes : nous sommes prisonniers de nos intérêts personnels, préoccupés de notre bien-être particulier alors que nous devrions aussi nous soucier du bien du prochain. Nous ne devons pas seulement prier pour nous, mais aussi pour tous.
Notons ensuite que la première partie du Pater se rapportent à l’honneur et à la gloire de Dieu. Alors que nous sommes portés à chercher d’abord notre satisfaction personnelle, Jésus nous apprend que, dans nos prières, nous ne devons rien demander avant la gloire de Dieu, que nous ne devons pas nous arrêter aux seules choses de la vie présente, mais aspirer après les biens futurs et marcher résolument vers ce but. Nous pouvons bien prier pour demander des biens matériels et temporels, la santé, la réussite dans nos entreprises, etc... mais cela ne doit pas nuire à la gloire de Dieu et à notre bien spirituel que nous devons préférer à tout le reste. Remarquons, du reste, qu’en demandant notre pain quotidien, ce n’est pas pour les richesses, le luxe, les plaisirs de ce monde que Jésus nous demande de prier, mais pour le nécessaire afin de dégager notre âme de toute sollicitude pour le lendemain. Le souvenir de nos fautes doit nous porter à la modestie et à l’humilité. Quand nous nous adressons à Dieu nous devons prier et non exiger. Car sa miséricorde sera d’autant plus grande que nous serons plus humbles. Et par l’engagement qu’Il nous fait contracter de pardonner aux autres pour recevoir nous-mêmes le pardon de Dieu, il forme notre cœur à l’oubli des injures, à l’indulgence et à la miséricorde. Comment pourrions-nous espérer d’être exaucés si nous sommes sans pitié pour notre prochain ? Enfin Jésus veut aussi nous faire prendre conscience de notre faiblesse et de la nécessité du secours divin dans notre combat contre le péché et le démon. Dieu seul peut nous donner la victoire. Frères et sœurs dans le Christ, toute prière qui comporte ces éléments du Pater, gloire de Dieu, vie éternelle, humilité, charité et fuite du péché, est une vraie prière digne d’être toujours exaucée et qui est toujours exaucée. En effet nous ne devons rien demander qui ne puisse favoriser notre amour de notre Père des Cieux. Si, lorsque nous demandons des biens temporels, santé, succès d’une affaire etc… nous ne sommes pas toujours exaucés, c’est que parfois ces biens peuvent être nuisibles à notre âme et un obstacle à notre amour de Dieu. Autrement Dieu nous les accorderait toujours si nous les demandons avec humilité et persévérance. Quant à prier pour le prochain, cela nous est aussi un devoir, et Dieu nous exauce presque toujours. S’il ne le fait pas toujours, c’est d’abord parce qu’il ne s’y est pas engagé afin que personne ne puisse compter d’une manière certaine sur les prières de son prochain sans avoir lui-même à prier. Car Dieu veut que tous prient pour être sauvés. Cette réserve faite, il est vrai de dire que celui qui prie, fut-il pécheur, qu’il prie pour lui-même ou pour son prochain, est toujours exaucé suivant cette promesse du Seigneur. « En vérité, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, vous sera donné. » Amen.