mercredi 17 mars 2010

5ème DIMANCHE DU CARÊME

1ère lecture : Isaïe 43, 16 – 21

2ème lecture : Philippiens 3, 8 - 14

Evangile : Saint Jean 8, 1 – 11

L’Evangile de ce cinquième dimanche de Carême rapporte l’épisode de la femme surprise en flagrant délit d’adultère que Jésus sauve de la lapidation. Jésus n’entend pas dire par là que l’adultère n’est pas un péché ou qu’il ne s’agit pas de quelque chose de grave. Les paroles qu’il adresse à cette femme, à la fin, sont une condamnation, sans doute extrêmement délicate mais explicite de l’adultère : «va et ne pèche plus ». Si Jésus n’approuve pas la faute de la femme adultère ; il entend surtout condamner le comportement des pharisiens qui étaient toujours prêts à dénoncer les péchés des autres dont ils pouvaient être eux-mêmes coupables.
En partant de cet épisode, nous pouvons élargir notre horizon en examinant l’attitude de Jésus envers le mariage et la famille dans l’ensemble de l’Evangile. Certaines thèses étranges avancées ces dernières années prétendent que Jésus aurait inciter à répudier sa famille naturelle et tous les liens familiaux, au nom de l’appartenance à une communauté différente, dont le père est Dieu et les disciples frères et sœurs. Jésus aurait proposé aux siens une vie errante comme le faisaient à cette époque, en dehors d’Israël, des philosophes grecs.
Il existe effectivement dans les Evangiles des paroles du Christ sur les liens familiaux qui, à première vue, semblent déconcertantes. Jésus dit : « Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26). Ce sont des paroles dures, certes, mais saint Matthieu s’empresse d’expliquer le sens du mot « haïr » dans ce contexte : « Qui aime son père ou sa mère… son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi » (Mt 10, 37). Jésus ne demande donc pas de haïr ses parents ou ses enfants, mais de ne pas les aimer au point de renoncer à cause d’eux à le suivre. Il existe un autre épisode déconcertant. Un jour Jésus dit à quelqu’un : « ‘Suis-moi’. Celui-ci répndit : ‘Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père’. Mais Jésus réplique : ‘Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va annoncer le Royaume de Dieu’ » (Lc 9, 59 s.). Pour certains critiques qui feignent l’étonnement, il s’agit d’une demande scandaleuse, d’une désobéissance à Dieu qui ordonne de prendre soin des parents, et donc d’une violation des devoirs filiaux !
Le scandale de ces critiques est en fait une preuve de la divinité de Jésus. En effet, il est impossible d’expliquer certaines paroles du Christ si on le considère seulement comme un homme, fut-il exceptionnel. Seul Dieu peut demander qu’on l’aime davantage que son propre père et que, pour le suivre, on renonce par conséquent à assister à sa sépulture. D’ailleurs, dans une perspective de foi, qu’est-ce qui pourrait faire davantage plaisir au père défunt : que son fils soit à la maison pour son enterrement ou qu’il soit en train de suivre l’envoyé de Dieu auquel son âme devrait alors se présenter ?
Mais il existe une explication plus simple de ces paroles de Jésus. On sait que l’expression : « Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père » était parfois utilisée (comme elle l’est encore) pour dire : laisse-moi prendre soin de mon père tant qu’il est vivant ; lorsqu’il sera mort, je l’enterrerai puis je te suivrai ». Par conséquent Jésus demanderait seulement de ne pas renvoyer à un moment indéterminé la réponse à son appel. Combien de religieux, de prêtres et de religieuses ont dû faire ce choix, et souvent les plus heureux de cette obéissance ont été leurs parents.
Tous les doutes sur l’attitude de Jésus envers la famille et le mariage tombent si l’on tient compte de l’ensemble de l’Evangile et pas seulement des passages qui nous arrangent. Jésus est plus rigoureux que n’importe qui envers l’indissolubilité du mariage, il répète avec force le commandement d’honorer son père et sa mère jusqu’à condamner la pratique de se soustraire, avec des prétextes religieux, au devoir de les assister (cf. Mc 7, 11-13). Combien de miracles Jésus accomplit-il précisément pour répondre à la douleur des pères (Jaïre, le père de l’épileptique), et des mères (la Cananéenne, la veuve de Naïn). A plusieurs reprises il partage même la douleur des familles jusqu’à pleurer avec elles.
A un moment comme aujourd’hui où tout semble concourir à l’affaiblissement des liens et des valeurs de la famille, il ne manquerait plus que l’on ne lui oppose également Jésus et l’Evangile ! Mais il s’agit de l’une des nombreuses choses étranges sur Jésus que nous devons connaître pour ne pas nous laisser impressionner lorsque nous entendons parler de nouvelles découvertes sur les Evangiles. Jésus est venu ramener le mariage à sa beauté originelle (cf. Mt 19, 4-9), pour le renforcer et non pour l’affaiblir. Amen.

lundi 8 mars 2010

4ème DIMANCHE DU CARÊME

1ère lecture : Josué 5, 10 – 12

2ème lecture : 2 Corinthiens 5, 17 - 21

Evangile : Saint Luc 15, 1 – 3.11 - 32

La bonté compatissante de Jésus pour les pauvres, les humbles et tous les déshérités de la vie scandalisait beaucoup de ses contemporains. Mais ce qui les irritait le plus, c’était l’intérêt qu’il semblait porter aux publicains, les collecteurs de l’impôts romain qui étaient tous plus ou moins voleurs, et l’indulgence qu’Il témoignait aux pécheurs publics dont la seule approche était considérée comme une souillure. Les publicains étaient attirés vers Jésus et ils allaient chercher près de lui des marques de sympathie que tout le monde leur refusait. Jésus ne repoussait pas leurs avances ; n’avait-il pas admis l’un des leurs, Matthieu, parmi ses apôtres ? Cette espèce de prédilection pour la misère physique et morale était le grief le plus souvent formulé contre lui, et en lui reprochant d’être l’ami des publicains et des gens de mauvaise vie, ses ennemis pensaient lui faire une injure mortelle. Pour leur révéler les merveilles de la miséricorde divine et leur apprendre en même temps le prix d’une âme au regard de Dieu, Jésus proposa à ses auditeurs 3 paraboles : La Brebis perdue, la pièce d’argent égarée, et l’Enfant prodigue. Les deux premières font appel à l’expérience commune et aux sentiments naturels, et servent d’introduction à la troisième, celle de l’Enfant prodigue, qu’on a justement nommée la perle des paraboles évangéliques. Même au simple point de vue littéraire, la parabole de l’enfant prodigue est une merveille de délicatesse et de pureté.

Trois personnages sont en présence : le père, le prodigue et son frère aîné, qui représentent respectivement Dieu, le pécheur et le juste, mais un pécheur qui revient à lui et un juste qui n’est pas exempt de toute imperfection. Le drame se déroule en 3 tableaux : les égarements du prodigue, l’accueil joyeux du père, les plaintes du frère aîné qui amènent la conclusion morale.

Plus que sa malice, le premier tableau offre à nos yeux la misère du prodigue dont l’histoire est celle de tous les prodigues, que ce soit une personne, une société ou une nation qui dilapiderait les dons de Dieu. Ce tableau nous donne à méditer plutôt la déchéance du prodigue que l’indignité de sa conduite. La jeunesse, l’âge de l’irréflexion et des coups de tête, sans excuser ses fautes, les atténue pourtant dans une certaine mesure. Sans doute ses intentions n’étaient pas pures : il voulait jouir de sa liberté, quitter un père dont la présence le gênait, fuir trop de visages connus qui lui imposaient la réserve. Mais aussi quelle infortune et quelle misère ! Lorsqu’une famine providentielle désole le pays, il est réduit à se faire gardien de porcs ! C’était chez les anciens et en particulier chez les juifs, le plus ignoble de tous les métiers ! Pressé par la faim et oublié de tous, le prodigue en arrive à envier la nourriture des animaux dont il a la garde. Mais ceux qui tiennent la clé des greniers ne lui en donnent pas et la seule pensée de la disputer aux pourceaux lui soulève le cœur. Pourquoi ne rompt-il pas sa chaîne et ne s’enfuit-il pas loin de ces lieux misérables ? Il est retenu par l’habitude, la honte et le respect humain. Pour retourner au foyer paternel, il devrait affronter le sourire et la compassion injurieuses de ses anciens serviteurs, essuyer peut-être les reproches et la froideur de son père. Il n’en a pas le courage, et c’est là le comble de la misère. Pourtant l’excès de sa misère finit par tirer le malheureux de sa torpeur.

Le second tableau, où le père entre en scène, est caractérisé par une extrême délicatesse. Si le père voit venir de loin son enfant, ce n’est pas l’effet du hasard ; c’est qu’il ne s’est jamais résigné à le perdre et qu’il conserve toujours l’espoir de le revoir. Le prodigue a préparé une confession, modèle de sincérité et d’humilité, mais il ne l’achève pas parce que son père lui coupe la parole, ne l’écoute plus, tout entier qu’il est à la joie de le revoir tel qu’il l’avait connu autrefois.

Le troisième tableau donne à la parabole sa signification. L’aîné qui boude et fait des reproches à son père, a tort assurément. Mais ce défaut ne l’empêche pas d’être un bon fils, laborieux et obéissant. Mais il appartient à une certaine catégorie de chrétiens, à la conduite exemplaire mais aux vues étroites et dures, qui arrivent difficilement à comprendre le mystère de la miséricorde divine.

Frères et Sœurs dans le Christ, on néglige d’ordinaire la dernière phrase de la parabole qui contient pourtant sa morale : « Mon fils, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi ; mais il fallait se réjouir et faire fête, car ton frère qui était mort est revenu à la vie. » Le pécheur pénitent, qui se repent de ses péchés, devient le favori de Dieu et l’objet de ses complaisances ! Mais quel bonheur pour le juste de s’entendre dire : « Mon fils, tu es toujours avec moi et tout ce que j’ai t’appartient. » Si l’on était libre de choisir, qui ne préfèrerait l’innocence conservée à l’innocence reconquise ? Nous admirons à juste titre sainte Marie Madeleine, saint Paul, saint Augustin et tous les grands convertis. Mais la liturgie a des accents encore plus émus pour chanter la gloire de ces âmes pures qui suivront l’Agneau sans tâche partout où il ira et formeront le cortège de la Vierge Immaculée devant le trône de Dieu. Amen.

dimanche 28 février 2010

3ème DIMANCHE DU CARÊME

1ère lecture : Exode 3, 1 – 8a...

2ème lecture : 1 Corinthiens 10, 1 - 6.10 - 12

Evangile : Saint Luc 13, 1 - 9

L’Evangile de ce troisième dimanche de Carême nous offre un exemple typique de la manière dont Jésus prêchait. Il part de faits divers (l’assassinat des Galiléens sur l’ordre de Pilate, la chute d’une tour qui a fait dix-huit morts) pour parler de la nécessité de la vigilance et de la conversion. Conformément à son style, il renforce son enseignement par une parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne… ». Nous pouvons partir de ce passage pour étendre notre regard à toute la prédication de Jésus, en cherchant à comprendre ce qu’elle nous dit. Jésus commença à prêcher par une déclaration solennelle : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Nous nous sommes habitués à ces paroles et nous n’en percevons plus le caractère nouveau et révolutionnaire. Par ces paroles Jésus signifiait : le temps de l’attente est terminé ; l’heure de l’intervention décisive de Dieu dans l’histoire humaine, annoncée par les prophètes, a sonné ; cette heure, c’est maintenant ! Tout se décide maintenant et tout se décide en fonction du comportement que chacun adoptera face à mes paroles.
Cette notion d’accomplissement, d’objectif finalement atteint, paraît dans plusieurs autres paroles de Jésus. Comme ce jour, s’adressant aux disciples qu’il avait pris à part, il leur dit : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu » (Lc 10, 23-24).
La comparaison avec Jean-Baptiste illustre très clairement la nouveauté de la prédication de Jésus. Jean parlait toujours d’un événement futur, d’un jugement sur le point de se produire ; Jésus parle du présent, d’un règne qui est arrivé, d’un royaume qui est là. Jean est l’homme du « pas encore », Jésus est l’homme du « déjà là».
Ceci montre clairement qu’il est impossible de soutenir sur le plan historique, la thèse de ceux qui voudraient enfermer Jésus à l’intérieur du monde juif contemporain, en faisant de lui un juif comme les autres, qui n’a jamais eu l’intention de réaliser une rupture avec le passé, ou d’apporter une nouveauté substantielle. L’évangile annoncée par Jésus est vraiment une nouvelle alliance voulue par Dieu pour sauver l’humanité.
Mais revenons à notre Evangile, pour en tirer quelques enseignements pratiques. Jésus commente la nouvelle du massacre perpétré par Pilate et de l’écroulement de la tour de Siloé en disant : « Pensez-vous que les victimes étaient plus coupables que les autres galiléens et tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière ». Nous en tirons cet enseignement très important : les malheurs ne sont pas toujours, contrairement à ceux que pensent certains, un signe de châtiment divin à l’égard des victimes particulièrement coupables ; ils sont davantage un avertissement pour ceux qui restent.
Ceci est une clé de lecture indispensable pour ne pas perdre la foi devant les catastrophes terribles qui se produisent chaque jour dans le monde, souvent parmi les populations les plus pauvres et sans défense. Jésus nous fait comprendre comment nous devrions réagir lorsque le soir la télévision nous rapporte des nouvelles de tremblements de terre, d’inondations, ou de massacres comme celui de Pilate. Non pas par de stériles « les pauvres ! », mais en en faisant la base d’une réflexion sur la précarité de la vie, sur la nécessité d’être prêts et de ne pas s’attacher de manière exagérée à ce qui d’un jour à l’autre peut disparaître.
Frères et sœurs dans le Christ, nous voici fermement invités à nous décider pour le Christ, à vivre radicalement de son évangile. Il n’est pas possible de remettre à demain notre conversion, ni de reporter notre rapprochement du Seigneur à des temps futurs et hypothétiques où nous en ressentirions davantage le besoin. Tous les hommes sont pécheurs et tous nous avons à nous convertir avant l’heure du jugement. Il faut faire pénitence quand la vie semble sereine, après, il est trop tard. Pour nous engager sur cette route exigeante, contemplons avec amour l’indulgence du vigneron divin. Dieu est fidèle il ne manquera pas de nous donner sa grâce, car s’il est impossible à l’homme de se sauver, à Dieu rien n’est impossible. Amen.

dimanche 21 février 2010

2ème DIMANCHE DU CARÊME

1ère lecture : Genèse 15, 5 – 12.17 - 18

2ème lecture : Lettre aux Philippiens 3, 17 – 4, 1

Evangile : Saint Luc 9, 28b – 36

La scène de la Transfiguration de Jésus que nous venons de lire, eut lieu 8 jours après l’annonce de sa passion et de sa mort à ses apôtres qui en furent tout bouleversés. Eux qui attendaient à brève échéance l’éclatante manifestation du règne de Dieu et qui déjà escomptaient les places d’honneur qu’ils y occuperaient, voyaient maintenant s’effondrer tous leurs rêves. Jésus ne leur parlait que d’abnégation, de renoncement, de croix à porter, de mort à subir pour conquérir la vie véritable : ces austères enseignements avaient mis le comble à leur désarroi.

C’est pourquoi Jésus sentit le besoin de relever le courage de se apôtres en offrant à quelques uns d’entre eux, une vision de sa gloire. Ceux qu’Il choisit devaient être ceux-là même qui devaient être un jour témoins de son agonie. Ainsi ceux qui bénéficient des plus grandes grâces sont aussi ceux qui ont une plus grande part à la Passion de Jésus.

Jésus conduisit ses privilégiés à l’écart, sur une haute montagne, où il avait résolu de passer la nuit en prières. Cette montagne, l’évangile ne la nomme pas ; mais une tradition très ferme a toujours désigné le Thabor. Sans doute, pour l’altitude, le Thabor ne peut pas rivaliser avec l’Hermon d’où le regard s’étend sur toute la Palestine. Mais tout est relatif. Le Thabor est en effet le point culminant de la Basse Galilée. Vu du fond de la vallée du Jourdain, il paraît plus haut que nature. De plus son isolement, bien marqué par les évangélistes, le fait distinguer des sommets voisins.

Le jour expirait quand le Sauveur parvint à son sommet avec ses trois disciples. Ceux-ci fatigués par la marche ne tardèrent pas à s’assoupir, tandis que Jésus prolongeait sa prière. Leur sommeil avait une excuse car nous ne voyons pas Jésus le leur reprocher, comme, par contre, il le leur reprochera au jardin de Gethsémani. A leur réveil, Jésus leur apparut enveloppé d’une lumière éblouissante. Près de Lui, les 2 plus grandes figures d’Israël, les deux illustres représentants de la Loi et des prophètes, Moïse et Elie, qui s’entretenaient avec Jésus de sa Passion. Et, une seconde fois, la voix du Père se fit entendre pour rendre au Fils bien-aimé un témoignage solennel. Trois fois seulement, elle s’est faite entendre : ce fut d’abord au Baptême, et la 3° fois ce sera au moment de la Passion.

La Transfiguration a produit sur les apôtres une impression ineffaçable et saint Pierre en a gardé le souvenir jusqu’au terme de sa vie, comme il en a témoigné dans sa deuxième lettre (cf 2 P. 1, 16-18).

Jésus a rarement montré sur la terre Sa majesté transfigurée : sur le Thabor, à sa résurrection, à l’Ascension. Et cependant cet état de glorification était son état normal, c’est-à-dire, l’état qui lui revenait de droit et par nature, puisqu’Il était le Fils de Dieu et Dieu Lui-même. Mais aux autres heures de son existence terrestre, Il circulait sous le voile de sa nature humaine, parce que cette réalité correspondait au but de sa venue en ce monde. Il s’était revêtu de la chair et du sang des enfants des hommes, Il était connu sous le nom de fils du charpentier ; et il avait choisi pour patrie Nazareth. Il s’était dépouillé Lui-même, nous dit St Paul, pour devenir en tout semblable à nous, sauf le péché, bien entendu. Mais de temps en temps, la majesté céleste passait comme un éclair. Et ceux qui la voyaient étaient frappés d’étonnement, et tombaient à genoux en disant : « Maître ! Il est heureux que nous soyons ici ! »

Frères et Sœurs dans le Christ, il n’est pas défendu de penser que nous serons frappés, nous aussi, mais d’un étonnement sans fin, lorsque nous le verrons tel qu’Il est au terme de notre pèlerinage terrestre. Alors les heures difficiles qu’il nous arrivent de traverser et qui ressemblent parfois aux heures douloureuses de l’Agonie, pensons à les éclairer en regardant vers l’éternité bienheureuse promise aux fidèles serviteurs. Plus notre existence est traversée de difficultés, agitée de diverses façons, alourdie par des épreuves physiques et morales, plus nous devons chercher réconfort, surtout en ce temps privilégié de Carême, auprès de Celui qui recherche notre intimité. Et conservons dans notre cœur, l’espérance qu’un jour, à notre tour, nous connaîtrons la joie et la gloire de notre propre glorification. Il y en a tant là-haut de nos frères et de nos sœurs qui depuis longtemps et pour toujours, peuvent s’écrier en toute vérité : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! » Car ils Le contemplent éternellement dans la joie. Amen

dimanche 14 février 2010

1er DIMANCHE DU CARÊME

1ère lecture : Deutéronome 26, 4 – 10

2ème lecture : Lettre aux Romains 10, 8 - 13

Evangile : Saint Luc 4, 1 – 13

L’évangile de ce premier dimanche de Carême est celui des tentations de Jésus dans le désert. A partir de cet évangile nous pouvons élargir notre réflexion à la question plus générale de l’attitude de Jésus envers les puissances diaboliques et les personnes possédées par le démon.
C’est un fait indéniable et des plus historiques, que Jésus a libéré de nombreuses personnes du pouvoir maléfique de Satan. A ce propos il nous suffit de souligner deux choses : tout d’abord l’explication que Jésus donnait de son pouvoir sur le démon ; deuxièmement, ce que ce pouvoir nous dit de lui et de sa personne.
Devant la libération éblouissante d’une personne possédée, opérée par Jésus, ne pouvant nier le fait, ses ennemis déclarent : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons ». Jésus montre combien cette explication est absurde (si Satan était divisé en lui-même, son règne serait fini depuis longtemps. Or non seulement il ne décline pas, mais il prospère comme jamais). L’explication est donc autre : Jésus expulse les démons par la main de Dieu, et ceci montre que le royaume de Dieu est arrivé sur la terre.
Satan était « cet homme fort » qui tenait l’humanité en son pouvoir, mais quelqu’un de « plus fort que lui » (Jésus) est arrivé et Il est en train de le dépouiller de son pouvoir. Avec la venue du Christ, une nouvelle ère a commencé pour l’humanité, un changement de régime. Une telle chose ne peut être l’oeuvre d’un simple homme, ni même d’un grand prophète. Il est en effet important de remarquer comment Jésus chasse les démons. La formule habituelle avec laquelle un exorciste s’adresse au démon est : « Je te conjure par… » ou « au nom de… je t’ordonne de sortir de cette personne ». C’est-à-dire que l’exorciste fait appel à une autorité supérieure qui est en général celle de Dieu. Jésus n’agit pas ainsi : il dit au démon « je t’ordonne ». Jésus n’a pas besoin de faire appel à une autorité supérieure ; c’est lui l’autorité supérieure.
Le message réconfortant qui découle des réflexions que nous venons de faire est qu’au milieu de nous il y a quelqu’un qui est « plus fort » que le mal. La foi ne nous met pas à l’abri du mal et de la souffrance mais elle nous assure qu’avec le Christ nous pouvons transformer même le mal en bien, le rendre utile pour notre rédemption et celle du monde.
L’évangile de ce dimanche nous suggère un moyen pour mener ce combat contre les forces du mal, particulièrement important à mettre en œuvre en ce temps de Carême. Jésus n’est pas allé au désert pour être tenté ; son intention était de se retirer dans le désert pour prier et écouter la voix de son Père.
Tout au long de l’histoire, une foule d’hommes et de femmes ont choisi d’imiter Jésus en se retirant au désert. Mais l’invitation à suivre Jésus dans le désert ne s’adresse pas seulement aux moines et aux ermites. De manière différente, elle s’adresse à tous. Les moines et les ermites ont choisi un espace de désert, nous nous devons au moins choisir un temps de désert. Passer un temps de désert signifie faire un peu de vide et de silence autour de nous, retrouver le chemin de notre cœur, se soustraire au vacarme et aux sollicitations qui nous entourent, pour entrer en contact avec les sources les plus profondes de notre être et de notre foi dans un cœur à cœur avec notre Père des Cieux. Amen.

dimanche 7 février 2010

6ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Jérémie 6, 1 – 2a.3 - 8

2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 15, 12.16 – 20

Evangile : Saint Luc 6, 17.20 - 26

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus délivre au monde son message de bonheur pour tous. Saint Luc exprime les béatitudes d’une manière différente à celle de saint Matthieu. Alors que saint Matthieu rapporte 8 béatitudes, saint Luc en signale 4 auxquelles correspondent 4 malédictions dont il est facile de saisir les rapprochements :

· Heureux les pauvres ; malheureux, vous les riches.

· Heureux vous qui avez faim ; malheureux vous qui êtes repus.

· Heureux vous qui pleurez ; malheureux vous qui riez.

· Heureux lorsque les hommes vous haïssent ; malheureux lorsque tous les hommes disent du bien de vous.

On remarque que saint Luc rapporte les béatitudes comme la reconnaissance d’une situation de bonheur ou de malheur, tandis que chez saint Matthieu, elles apparaissent plutôt comme une exhortation morale, un programme de vie : « vous serez heureux, si vous avez un cœur de pauvre, si vous savez purifier votre cœur, etc. etc… » Saint Luc insiste sur la différence entre ceux qui sont ouverts ou fermés au bonheur que Dieu leur apporte. Les pauvres sont ceux qui sont prêts à accueillir la parole de Dieu ; ils ne font pas barrage au Seigneur par leurs richesses, leur suffisance. Car le Seigneur a toujours l’initiative et veut agir gratuitement dans le cœur de ses auditeurs. Ils sont heureux ceux qui s’ouvrent ainsi à la grâce qui leur est offerte.

Il en va de même de tous ceux qui demeurent insatisfaits ici-bas, parce qu’ils ne se trouvent nullement rassasiés par les nourritures terrestres, et pas davantage comblés par les joies passagères et souvent trompeuses de ce monde. Ceux-là demeurent en effet ouverts au vrai bonheur, celui que Dieu seul peut leur apporter. Pareillement, tous ceux qui se trouvent rejetés par les hommes, les exclus de toutes catégories - et combien sont-ils dans ce cas aujourd’hui -, ceux-là sont en fait les prioritaires aux yeux de Dieu, et comme Ses privilégiés. Et Jésus, tout au long de l’évangile, ne cessera de manifester cette préférence.

Précisons qu’ils ne sont pas les privilégiés du Royaume parce que leur situation serait bonne en soi. Toute l’Ecriture Sainte s’inscrit en faux contre une apologie de la pauvreté. Si Dieu les préfère, c’est parce qu’Il les juge plus ouverts à Sa parole, tout comme, pour la même raison, Il porte aussi ses préférences vers les enfants et les pécheurs : « Je Te loue, Père, Seigneur du Ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents, et de l’avoir révélé aux tout-petits. C’est ainsi que Tu en as disposé dans Ta bienveillance. » Somme toute, nous voici renseignés, moins sur les pauvres que sur Dieu. Ce sont les mœurs divines qui nous sont décrites.

Par les Béatitudes qu’Il proclame, le Seigneur nous invite donc à ouvrir nos cœurs pour accueillir l’évangile du bonheur. Nous sommes toujours tentés de nous fermer à ce bonheur, parce que nous nous laissons prendre trop facilement par ces joies éphémères du monde qui nous attirent, parce que nous sommes toujours tentés d’assouvir notre faim en nous satisfaisant des nourritures terrestres. Nos joies terrestres sont souvent passagères, parce que nous confondons jouissance et bonheur, alors que le Seigneur est venu nous apporter une joie que rien, ni personne ne peut nous enlever. Le vrai trésor, la valeur essentielle pour notre vie, c’est de savoir, d’avoir la certitude que Dieu nous aime personnellement. Le bonheur éternel ne sera-t-il pas de vivre pour toujours de l’amour de Dieu.

Bien sûr, si nous nous efforçons d’être fidèles au Seigneur, nous risquons de rencontrer de l’incompréhension, voire de l’opposition. Ce n’est certes pas facile d’accepter une telle lutte. Mais pourquoi nous en étonner ? Jésus Lui-même a lutté dans sa Passion jusqu’à en mourir sur la croix pour entrer dans Sa gloire. Pour parvenir au même but, il nous faut suivre un chemin semblable. Le bonheur éternel sera le repos définitif de ceux qui auront accepté ce combat, cette lutte durant la vie présente.

Frères et Sœurs dans le Christ, Pour nous aider à y parvenir, Jésus nous donne Son propre Corps comme viatique, provision de route. Sachons L’accueillir avec reconnaissance. Il est le Pain qui nous rend forts et qui nous conduit à la victoire, c. à d., notre entrée dans le Royaume de l’éternelle Béatitude. Amen.

dimanche 31 janvier 2010

5ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

1ère lecture : Isaïe 6, 1 – 2a.3 - 8

2ème lecture : 1ère Lettre aux Corinthiens 15, 1 – 11

Evangile : Saint Luc 5, 1 - 11

De tout temps la population riveraine du lac de Génésareth vivait surtout de la pêche. Souvent plusieurs familles s’y livraient en commun car la manœuvre des engins de grandes dimensions dont on faisait alors usage exigeait un grand nombre de bras. C’est ainsi qu’un couple de frères—Pierre et André, Jacques et Jean—étaient associés quand ils entendirent l’appel du Seigneur. Quand donc Jésus eut terminé sa prédication, il demanda à Pierre de repartir à la pêche ; ce n’était pas une petite affaire, car comme nous l’avons déjà dit, l’important matériel employé supposait un rude travail à ces hommes déjà fatigués par une nuit de pêche infructueuse. De plus, ils se croyaient bien certains, par expérience, qu’un nouvel essai ne donnerait rien. Humainement parlant, c’était un surcroît de fatigue inutile. Aussi l’acte de foi méritoire de saint Pierre fut-il récompensé par un prompt succès : la charge des poissons capturés menaçaient de rompre les filets ! Un pareil résultat, obtenu à point nommé, dans un endroit vainement exploré quelques heures plus tôt, tenait évidemment du prodige. Saint Pierre fut le premier à s’en rendre compte. Il avait déjà vu d’autres miracles du Seigneur—tout au moins celui de Cana—mais ces miracles l’avaient moins frappé parce qu’ils ne le touchaient pas personnellement. C’est pourquoi à la vue d’une si merveilleuse capture, il fut sans doute saisi d’un effroi religieux comme on l’éprouve devant une manifestation surnaturelle, mais surtout du sentiment de son indignité pour avoir bénéficié d’une si grande faveur. Car saint Pierre était un homme si humble qu’il ne pouvait pas s’imaginer pouvoir devenir le bénéficiaire d’un miracle et se croire ainsi l’objet d’une faveur divine exceptionnelle.

Ce récit du miracle de la pêche miraculeuse par saint Luc éclaire les circonstances de l’appel des premiers disciples et la promptitude de leur réponse. Saint Luc qui écrit en historien, explique l’empressement des disciples à suivre l’appel du Seigneur par l’enchaînement des causes et des effets. Parce qu’ils avaient contemplé auparavant ses miracles et même déjà vécu dans son intimité comme l’a rappelé de son côté, saint Jean, les premiers apôtres quittèrent tout pour suivre Jésus ; dès lors leur promptitude à suivre son appel n’a plus rien de contraire aux lois de la psychologie. Mais alors comment expliquer que Jésus invite maintenant à le suivre ceux qui le suivaient déjà depuis si longtemps, depuis son baptême par Jean-Baptiste au Jourdain ? Il est vrai que les 6 premiers apôtres rencontrés par Jésus sur les bords du Jourdain, l’avaient accompagnés partout depuis ce moment. Mais ce n’était pas encore un appel à l’apostolat ; c’était plutôt une sorte de noviciat et de probation, de stage préliminaire. Après l’arrestation de Jean-Baptiste, nous voyons

Jésus revenir en Galilée prêcher dans les synagogues ; mais il est seul ; c’est sans ses apôtres qu’il vint à Nazareth rendre visite à ses concitoyens. C’est alors que les apôtres qui l’avaient déjà suivi, étaient retournés à leurs barques d’où le Seigneur les retira pour en faire désormais des pêcheurs d’hommes.

« Vous serez pêcheurs d’hommes ! » Combien de fois, au cours des siècles, le même appel a-t-il retenti au cœur d’autres disciples qui, sans hésiter, ont tout quitté, amis, parents, patrie, pour suivre le Seigneur et lui donner leur vie pour la diffusion de l’Evangile. On pense naturellement aux missionnaires et aux prêtres, mais ce sont aussi les religieux et les religieuses, actifs ou contemplatifs, et même, tout fidèle qui accomplit son devoir d’état jusqu’au sacrifice par amour de Jésus ? C’est pour tous l’amour, l’abandon, l’élan du cœur, le don total de tout soi-même. Ainsi, après avoir tout sacrifié au service du Maître, joies du présent et rêves de l’avenir, tous pourront s’éteindre dans la paix et le bonheur à la pensée que le sacrifice de leur vie aura été le plus fécond des apostolats et aura contribué au salut de beaucoup d’âmes. Amen.